‹ Mémoires de S. GirardinChapitre 38 sur 64 · MORT DE PICHEGRU · texte numérisé non relu

MORT DE PICHEGRU

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Pichegru s'est étranglé dans la prison , dans la nuit du 1 5 au 16 germinal an xu. Voici comment les détails de cet événement m'ont été contés par un homme qui était chez le premier consul lorsque Savary vint lui en faire le rapport.

Pichegru avait une cravate de soie noire; il trouva dans sa chambre un petit bâton , il s'en servit pour serrer son mouchoir autour de son col jusqu'à ce qu'il se fût étranglé. Le gendarme qui était en faction à la porte de sa prison a déclaré l'avoir entendu tousser à trois heures du matin; à six l'on entra chez lui, il était étendu sur le carreau. Savary a ajouté que sa figure était tellement gonflée que ses traits, méconnaissables par l'effet de ce gonflement, laissaient du doute dans l'esprit même de ceux qui l'avaient beaucoup connu ; que lui était du nombre , et que ce n'était qu'après l'avoir fait mettre sur son séant qu'il avait pu s'assurer que c'était effectivement Pichegru. Il a terminé en disant que l'on avait ordonné d'exposer publiquement son corps dans la chambre de justice : c'est une des salles du Temple destinée à interroger les accusés. La mort de Pichegru a vi-

DE STANISLAS GIRAKDIN. \:\ i

vement affecté les hommes attachés au gouvernement; Ton a répandu que c'était lui qui l'avait fait étrangler. La meilleure de toutes les réponses est que cela n'était nullement dans ses intérêts. Mais ceux.de plusieurs personnes, qui pouvaient être compromises dans le cours des débats, étaient sans doute différens : aussi le soupçon plane sans s'arrêter, et cette mort, qui peut être arrivée comme on l'a dit, sera toujours la source de beaucoup de conjectures. Pichegru avait, dit-on, emprunté a Béai, la veille de sa mort, les œuvres deSénèque: le volume dans lequel il conseille aux conspirateurs arrêtés de s'ôter la vie était auprès de lui. Réal, convaincu, dit-on, que Pichegru voulait se tuer, avait placé deux gendarmes dans sa chambre; ils furent retirés Favant-veille par ordre du générai Moncejy qui s'était plaint au Consul de ce que la police donnait des ordres à la gendarmerie d'élite, sans en avoir le droit.

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