FEVRIER
Le mauvais état des finances tourmentait toujours le roi. Je lui offris de me charger daller en Hollande lui négocier un emprunt dont je lui avais déjà parlé. Il y a consenti, sans beaucoup d'espérance de succès. Je suis parti de Naples le 20 février, à minuit; vingt-six heures après j'étais à Rome. Je m'y suis arrêté pour remplir cette instruction de la main du roi :
Naplos, le 20 février 1807.
« Je désire , monsieur , qu'à votre passage à Rome vous voyez M. le cardinal, secrétaire-d'état, et que vous demandiez même, si vous jugez la circonstance favorable, à être présenté à notre saint père le pape. Je désire que vous lui exposiez la situation du clergé de ce royaume et le désir que j'ai de conclure un concordai sur les bases de celui du* royaume d'Italie, afin de régler, d'une manière invariable nos rapports et assurer l'existence du clergé dans ce pays. Si les dispositions du Saint- Père sont conformes aux miennes, je lui enverrai
un chargé de pouvoirs pour entamer et mener à son terme cette importante opération. J'ai beaucoup de respect et d'attachement pour le Saint- Père , et je serai heureux de trouver dans sa Sainteté les sentimens que j'ai droit d'en attendre. Tout ceci ne pourra que tourner à l'avantage de notre religion et des deux pays. *
Votre affectionné ,
Joseph.
L'occasion de> m'entretenir avec le Saint-Père était trop belle, pour la laisser échapper. Je lui fis donc demander une audience, mais l'issue n'en a pas été favorable aux intérêts que j'étais chargé de représenter.
Admis devant Pie VII, je crus devoir me servir de la formule d'usage : le roi mon maitre. — Oui, me dit-il, le frère de Napoléon.— Le roi de Naples... — Le frère de Napoléon, car 'je ne puis le reconnaître pour roi de Naples, tant que Ferdinand existe. — Joseph est roi et frère du plus puissant monarque de l'Europe^ — Je sais qu'ils peuvent me faire mettre entre quatre murailles ; je m'y rendrai dans mes habits pontificaux ; mais fléchir devant ma conscience , jamais. »
Si j'obtiens aussi un jamais pour réponse dans ma négociation de l'emprunt, je conseille bien à messieurs les rois de ne jamais me choisir pour leur ambassadeur.