‹ Mémoires de S. GirardinChapitre 53 sur 64 · I/» AVRIL · texte numérisé non relu

I/» AVRIL

Je suis allé chez mon père qui demeure à Vernouillet. Je me suis arrêté en passant à Saint-Germain pour y voir madame de Staël qui s'y était rendue exprès pour me rencontrer1. Elle avait reçu, depuis deux jours, Tordre de se rendre à Copet avec défense d'en sortir. « Cette persécution, me dit-elle , « me donne un certain air d'importance qui me fait « plaisir, et m'impose un exil qui me met au dé- « sespoir. Ma vanité m'aide à soutenir mon courage , « mais mon cœur est affligé. Je sens que je suis « femme lorsqu'il faut m'éloigner de mes amis. J'a- « voue que Paris est le seul lieu où je puisse vivre « toute entière. Ici je suis entendue; en province « ils sont obligés de se cotiser pour me compren- « dre ; niais , si l'oif m'y force , j'irai à Londres , et on « s'nppercevra que mon talent n'est pas seulement « ossianique , comme on se plait à le dire. Je dois « faire paraître sous peu un ouvrage sur l'Italie.... « Si j'avais voulu consentir à y faire l'éloge dont on « m'avait donné l'ordre, je ne serais pas aujour- « d'hui en butte à la persécution. »

Je ne crois pas que l'empereur descende Jui-

DE STANISLAS GIKARD1N. J(p

même à persécuter une femme ; mais je ne réponds pas de ses flatteurs, et je ne suis pas sûr non plus que madame de Staël , comme toutes les personnes à exaltation , ne mette quelque orgueil à se parer en pul^c des palmes du martyre.

DIMANCHE, 19 AVBIL 1807.

Le roi de Naples m'a écrit : « L'empereur ne « voit point de difficulté à ce que le général Mac- « donald entre à mon service avec la qualité de «général français; mais j'ai été forcé d'éloigner de « l'armée française de Naples ( ajoute M. Joseph ) « Masséna, Saint-Cyr, Verdier, Frégeville, Dulau- « lois, Mermet, etc., etc., parce que je n'ai pas de « troupes à donner à ces généraux; si le général « Macdonald vient, il doit sentir que ne je pourrai « lui donner que bien peu de monde. Jourdan , « Régnier en ont; je ne pourrai jamais lui donner « à commander ce que commandait Saint-Cyr qui « n'était pas content. Je veux conserverie comman- « dément actif du peu de foi-ces mobiles dont ma « garde est le principal ; ce qui m'oblige à donner « toujours ce commandement à un général coince mandant ma garde ; c'est ce qui m'avait fait dési- « rer d'avoir le général Macdonald à mon service. « Ne lui taisez pas la vérité, parce qu'il serait péni- « ble pour moi de ne pas le voir content. Il ne faut « abuser personne et encore moins ses amis. »

D'après cette lettre j'ai vu Macdonald qui s'est

borné à me prier d'assurer le roi qu'il ne partirai t qu'après avoir reçu des lettres de service. 1

du aa au a8 avril. a

La reine m'a envoyé chercher à six heures du soir pour me dire que le roi de Hollande lui avait écrit de m engager à me rendre à la Haye parce qu'il espérait me procurer l'argent dont son frère , le roi de Naples', avait besoin. J'ai écrit au roi de Naples, que d'après l'invitation de son frère, je me rendrais à la Haye ; que M. de Fréville voulait bien y venir avec moi , que ses lumières me seraient fort utiles ; que même il consentait à rester en Hollande, s'il en était besoin , pour y suivre les détails relatifs à l'emprunt.

Je suis allé à Vernouillet dire adieu à mes parens , et tout chargé de lettres de l'impératrice, de madame y de la reine de Naples, pour le roi de Hollande et la reine Hortense, j'ai fait mes préparatifs de départ.

1 Dans une autre lettre à S. Girardin, en date du 1" mai 1807 , le roi Joseph s'exprima ainsi : « Pendant mon voyage de « la Pouillc, nous avons eu deux courriers interceptés par les « brigands : il est possible que la lettre de service du général « Macdonald ait été prise avec mes autres paquets ; mais j'ai la <• lettre que le ministre m'adressait, je vous l'envoie, elle rem- « plit le même but. Je recevrai Macdonald avec plaisir ; je n'é- « prouverai qu'un regret, c'est de ne pouvoir pas faire pour lui • tout ce que j'aurais désiré. »

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