‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 2)Chapitre 100 sur 128 · Tome II, p · texte numérisé non relu

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revenir en France. Le maréchal de Tessc passa à sa place en Espagne, où le roi Catholique le fit grand et le déclara vicaire général de toutes ses troupes* ; [ainsi les ofBciers généraux espagnols n'eurent plus rien à dire ni à proposer.]

Siège de Gibraltar par les Espagnols. — J'ai rapporté ci-devant la manière dont les ennemis se rendirent les maîtres de Gibraltar. Cette place étant de la dernière importance, le roi d'Espagne se résolut à la faire assiéger pour en dénicher les Anglois, [qui par là avoient une entrée favorable dans son royaume, pour y faire des courses perpétuelles, en tirer des contributions et faire soulever les peuples.] Il donna cette pénible commission au marquis de Villadarias, qui y mai^ha avec douze à quinze mille hommes et l'attirail nécessaire. Cette place est située à l'entrée du détroit, sur un rocher escarpé qui s'avance à une demi-heue dans la mer. Le prince de Darmstadt y étoit avec deux mille Anglois, et il ne lui manquoit rien de toutes les choses nécessaires à une bonne défense, joint à cela que, depuis qu'il avoit pris cette place, il avoit fait tirer un fossé profond dans la langue de terre qui y conduit, et élever plusieurs redoutes bien garnies de canon. Pour parvenir à cette langue de terre, on ne pouvoit monter que par une espèce de sentier très roide et très difficile, et, à moins d'avoir une armée navale très supérieure, on ne4)ouvoit l'attaquer du côté de la mer, qui étoit plus accessible, ni empêcher qu'on n'y jetât tous les secours

1. Tessé partit au commencement d'octobre 1704; arrivé à Madrid dans les premiers jours de novembre, il reçut les patentes de grandesse le 12 et fit sa couverture le 17.

nécessaires. Ces difficultés bien considérées, on jugea qu'elles ne pouvoient se lever totalement qu'en battant l'armée navale des ennemis.

Combat naval entre l'armée de France et celle des Alliés, 24 septetnbre 1704^. — M. le comte de Toulouse s'étoit mis en mer dès le 1 6 mai, avec vingt-trois vaisseaux de guerre qu'il avoit pris à Brest, et avoit heureusement passé le détroit pour se joindre à ceux qu'on avoit armés à Toulon, [quoique les ennemis eussent pu l'en empêcher s'ils avoient été plus alertes et si partie d'iceux ne s'étoient pas tenus pour lors vers les côtes de Catalogne, où ils espéroient toujours exciter quelque révolte, ces peuples y étant naturellement enclins et amateurs de nouveautés.]

Le comte de Toulouse, poursuivant sa navigation, fut averti, à la hauteur de Minorque, qu'on voyoit fort au loin quatre vaisseaux; et, le lendemain, à la pointe du jour, on aperçut l'armée ennemie environ à trois lieues de celle de France, et sous le vent, qui faisoit les manœuvres nécessaires pour approcher. Quoiqu'elle fût bien plus nombreuse que la nôtre, on ne laissa pas de se disposer au combat. Mais le comte de Toulouse ordonna qu'on se servît du peu de vent qui s'élevoit de temps en temps, pour faire route sur

1. La bataille de Velez-Malaga eut lieu, non pas le 24 septembre, mais le 24 août; il est curieux que Sainl-Hilaire ait commis à ce sujet la même erreur que Saint-Simon, qui, lui aussi, dit le 24 septembre [Mémoires, t. XII, p. 216). Pour Saint-Simon, l'erreur est explicable, parce qu'il prend la mention de la bataille dans le Journal de Dangenu, et qu'elle ne fut connue à Versailles que dans le courant de septembre. Elle est moins compréhensible pour Saint-Hilaire, qui d'ailleurs plus loin va bien dire août.

Toulon, afin de profiter, en cas de combat, de l'avantagée qu'il y auroit de le donner sur les côtes de France. Les ennemis le suivirent quelques jours en cet état, et on commença à les perdre de vue le 1 0 juin. On poursuivit la route sur Toulon, où l'on arriva et où l'on joignit les vaisseaux et les galères qu'on y avoit armés.

Le prince remit à la voile avec toute l'armée, et, arrivant devant Barcelone le 1®' août, il rassura toute la Catalogne. Ce fut là qu'il apprit que l'amiral Shovell* étoit entré dans la Méditerranée avec l'escadre qui avoit servi à la prise de Gibraltar, et avoit joint l'armée principale, qui se tenoit à la hauteur de Velez- Malaga. L'ordre fut aussitôt donné d'appareiller; on vogua sur les ennemis, et on arriva le %% août devant Velez-Malaga, d'où le prince envoya quelques frégates à la découverte. Elles rapportèrent que les ennemis se mettoient en bataille. Le comte de Toulouse se mit aussi en ligne, et s'avança sur eux; [il fit gouverner sur la perpendiculaire du vent, les deux huniers sur le toit. Cette manœuvre déplut à quelques-uns, qui l'attribuèrent à certains mauvais conseillers. Cela fut bientôt réparé,] et, l'amiral Shovell s'étant peut-être un peu trop avancé avec l'avant-garde, en laissant un espace considérable entre lui et son corps de bataille, le comte de Toulouse prit le parti de retenir le vent en forçant de voiles avec son corps de bataille, pour couper cette avant-garde, espérant que, si le calme venoit, il se feroit remorquer par ses galères. Il y a apparence que cette entreprise auroit réussi, si elle eût pu s'exé-

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