Ci-dessus, p
cuter; mais l'amiral Shovell, s'en étant aperçu, retint aussi le vent; et l'amiral Rooke, qui avoit le vent et en prévit la conséquence, fit le signal du combat.
Les deux avant-gardes le commencèrent sur les dix heures du matin, et l'on fit feu généralement par toutes les lignes. Ce combat fut fort vif jusques sur les trois heures, et se continua en se ralentissant jusques vers les sept heures du soir, que les ennemis commencèrent la retraite. On n'en vint point à l'abordage de part ni d'autre; il n'y eut aucun vaisseau de pris ; mais seulement plusieurs furent embrasés par le feu des bombes et obligés de se retirer du combat pour tâcher de l'éteindre. D'autres furent démâtés et fort maltraités du canon; car la canonnade fut très vive, et le seul avantage visible qu'eut le comte de Toulouse fut que les ennemis se retirèrent devant lui, à la portée du canon, seulement avec les fanaux allumés aux amiraux, et que ce prince, qui avoit le vent contraire, fit tenir les siens allumés à tous ses vaisseaux*.
Les deux armées se tinrent en cette situation pendant la nuit, à une lieue environ l'une de l'autre; et, le lendemain matin, les vents ayant changé, elles reformèrent leurs lignes, que les courants, le calme et la nuit avoient dérangées. Dans cette situation, on cou-
1. Sur ce combat, on peut voir la Gazette, p. 437-461 /»assim, le Mercure de septembre et d'octobre, la Gazette d'Amsterdam, n"^ Lxxiv-Lxxxi, etc., et les relations officielles du volume B^ 27 des archives de la Marine ; les Mémoires de Sourches, t. IX, p. IQ-lk, donnent le récit d'un témoin oculaire.
rut à la côte d'Espagne de part et d'autre, chacun ayant besoin de se remettre. Ce fut là l'occupation de cette journée, et les ennemis s'éloignèrent insensiblement, et se trouvèrent à trois lieues. Alors ils mirent le cap à la côte de Barbarie, et l'armée de France continua la bordée à celle d'Espagne, jusques à minuit qu'elle revira à celle de Barbarie, pour rejoindre les vaisseaux désemparés qui n'avoient pu la sui\Te, et se maintenir au vent de l'armée ennemie, tellement que les armées se trouvèrent le lendemain assez près l'une de l'autre. Le vent étant venu à l'est, les ennemis se trouvèrent environ à quatre lieues au vent de celle de France, et eurent une belle occasion de recommencer le combat, s'ils en avoient eu envie ; mais ils se contentèrent de la côtoyer de loin tout le jour, en profitant du vent pour s'en éloigner davantage; ce qui donna à juger qu'ils avoient beaucoup souffert au combat précédent. La nuit suivante, les vents étant toujours à l'est, le comte de Toulouse continua sa bordée, tirant à la côte d'Espagne où il vouloit mener les galères qui étoient dans un parage très dangereux pour elles, et il s'éleva de la côte de Barbarie, dont il s'étoit trouvé trop près, entraîné par les courants qui portoient à terre. Les ennemis en profitèrent pour gagner le détroit, et il n'en eut plus aucune nouvelle ni connoissance depuis ce temps. Ainsi il demeura maître du champ de bataille ; et c'est à quoi se réduisit tout l'avantage du combat. Il ordonna qu'on fît proue pour revenir à Malaga, où la flotte arriva le 2l7 au matin, et où l'on fît aiguade en attendant des nouvelles des ennemis. En ce combat,
la perte des hommes fut à peu près égale ; mais il en coûta à la France le bailli de Lorraine' et le comte de Relingue ^, lieutenants généraux, et plusieurs autres braves et excellents officiers^. J'avouerai que, n'étant pas homme de mer, j'ai été obhgé de copier, presque mot à mot, la relation de ce combat qui m'est tombée entre les mains ^, afin de ne pas défigurer mon récit par des termes impropres qui m'auroient fait mal expliquer.
Cette action finie, l'amiral Rooke jeta encore quelques troupes de marine et autres secours qu'il estima nécessaires dans Gibraltar; puis, voyant que la saison étoit fort avancée, et que ses vivres étoient presque tous consommés, il ramena son armée dans les ports de Portugal .
Continuation du siège de Gibralta7\ — Le comte de Toulouse, ayant appris que le roi d'Espagne persistoit toujours dans le dessein de faire assiéger Gibraltar et qu'il avoit déjà une petite armée devant cette place, fit un détachement de dix vaisseaux de ligne et de neuf frégates bien pourvues de vivres et chargées de six bataillons de marine, d'artillerie et de munitions de guerre et de bouche, avec des officiers d'ar-
1. Louis-Alphonse-Ignace de Lorraine-Armagnac, fils du grand écuyer, avait le grade de chef d'escadre et était commandeur de Piéton; il commandait le vaisseau le Vainqueur.
2. Ferdinand, comte de Relingue, était lieutenant général des armées navales depuis 1697 ; il ne mourut que le 6 septembre, des suites de ses blessures.
3. Notamment Gabaret, Belle-Isle-Érard, un fils et un neveu du maréchal de Châteaurenault.
4. Il semble que Saint-Hilaire se soit servi de la relation du Mercure de septembre, p. 300-375.
tillerie et des ingénieurs qu'il débarqua pour être employés à ce siège. Ainsi Gibraltar fut bloqué par mer, en même temps qu'il fut investi par terre. Quelques jours après, Pointis*, lieutenant général de marine, qui commandoit l'escadre françoise, la mena dans le port de Cadix pour faire rafraîchir les équipages, n'ayant laissé que cinq frégates dans la baie de Gibraltar, et revint au siège, où la tranchée avoit été ouverte le 22^. Les batteries qui avoient été établies tiroient avec succès et firent des brèches considérables au corps de la place, dont on s'étoit fort approché, si bien qu'on a prétendu qu'on auroit pu y donner un assaut et l'emporter, si on avoit pris des mesures plus justes; car le marquis de Villadarias, avec Pointis, ayant remarqué hors des attaques un sentier très difficile pour monter de l'autre côté sur le rocher où le château est situé, y fit grimper de nuit cinq cents hommes choisis, commandés par Bucaro, colonel espagnol, soutenus de trois mille hommes, à dessein de surprendre les ennemis au point du jour. Ils l'exécutèrent effectivement, et leur faisoient quitter le terrain, lorsque la poudre \int à leur manquer, faute de s'être assez précautionnés. Ils s'en demandoient de main en main avec de grandes clameurs ; ce qui étant entendu par les Anglois, ceux-ci reprirent courage et revinrent beaucoup plus nombreux à la charge sur les Espagnols, dont ils firent un grand carnage et qu'ils chassèrent totalement du plateau. Tout le monde crut que, si M. de Villadarias avoit fait monter à l'assaut