‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 2)Chapitre 102 sur 128 · Le 22 octobre · texte numérisé non relu

Le 22 octobre

en même temps du côté de son attaque, où les brèches étoient accessibles et très praticables, il auroit emporté la place de part et d'autre, au moyen de la grande diversion que les Anglois auroient été obligés de faire; car la garnison n'étoit plus forte, se trouvant considérablement diminuée depuis le commencement du siège par la quantité de gens qui avoient été tués ou blessés et ceux qui étoient tombés malades*. On peut bien croire que le prince de Darmstadt n'avoit pas manqué d'informer la cour de Portugal de toutes ces choses; aussi le chevalier Leake fut commandé pour mettre à la voile avec douze gros vaisseaux anglois et quatre portugais. Il arriva le 9 novembre dans la baie de Gibraltar, où j'ai dit que Pointis tenoit seulement cinq frégates, après avoir envoyé ses vaisseaux à Cadix, où l'on craignoit même que les ennemis n'eussent quelques intelHgences.

Pointis perd cinq frégates françaises devant Gibraltar. — Aussitôt que les cinq frégates aperçurent l'escadre ennemie, elles voulurent appareiller pour se sauver dans la Méditerranée; mais, les vents étant formés au sud-ouest, elles ne purent doubler le cap de Notre-Dame d'Europe; il n'y eut qu'une de ces frégates qui le doubla. Elle fut aussitôt jointe par un gros vaisseau ennemi, contre lequel cette frégate combattit pendant du temps avec beaucoup de valeur, malgré l'inégalité; mais à la fin elle fut prise. Les autres frégates, avec Pointis qui était monté sur une, voyant

1. Cette attaque manquée fut faite le 11 novembre : Histoire militaire, t. IV, p. 445.

qu'elles ne pouvoient échapper, prirent le parti de venir s'échouer à terre, où elles se brûlèrent, après avoir sauvé les équipages*.

Le vice-amiral Leake, n'ayant plus d'opposition, s'approcha de Gibraltar et fit entrer dans la place ({uelques munitions de guerre et de bouche, des ingénieurs et quelques soldats de marine; après cela, il forma une ligne de ses vaisseaux et fit canonner rudement le camp des Espagnols; ce qui obligea M. de Villadarias de lui faire faire un petit mouvement, ce qui le mit plus à couvert. Puis, ayant établi des batteries de canon et de mortiers qui voyoient la baie, il fit tant de feu qu'il contraignit Leake de séparer ses vaisseaux et de les mettre hors de portée.

Cependant, le siège continuoit avec beaucoup de vigueur de part et d'autre, et les succès étoient alternatifs. Pointis envoya à Cadix pour faire préparer son escadre à se remettre en mer, et il y arriva lui-même le 26 novembre, accompagné du comte de Villars, chef d'escadre-, dans le dessein d'aller chasser l'escadre angloise de devant Gibraltar. Il partit de Cadix avec une flotte de treize vaisseaux^, depuis cinquante canons jusqu'à quatre-vingt-quatorze, quatre galions, depuis cinquante-deux jusqu'à soixante canons, deux frégates et quatre brûlots, et alla mouiller, le 9 dé-

1. Ce récit est presque la reproduction abrégée de celui de V Histoire militaire, p. 444.

2. Armand, comte de Villars, frère du maréchal, n'était que capitaine de vaisseau et ne devint chef d'escadre qu'en 1705; il fut tué en 1712 au siège de Douay, étant alors lieutenant général des armées de terre.

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