Vol. Guerre 954, dernière partie, n
assuré que je prends toutes les mesures imaginables pour les rétablir. Pour cet effet, j'ai fait acheter à Philippeville trois cents sacs d'avoine, dont la meilleure partie sera ici demain avec le convoi, et du reste je n'épargnerai ni soin ni diligence, afin que le Roi soit bien servi et que vous soyez content de ma conduite i.
Je crois être aussi obligé de vous informer. Monseigneur, de la manière dont les chevaux d'artillerie ont été pris par les ennemis. A la gauche, près de Fleurus, ils percèrent à travers nos batteries, aussi bien qu'à la droite. Ils tuèrent un commissaire d'artillerie, en blessèrent un autre et tuèrent dix ou douze canonniers et plusieurs chevaux, et ils eurent assez de temps pour emmener la plus grande partie des attelages qui s'y trouvèrent; et, dans le centre, où étoit l'infanterie et où le feu fut le plus grand, nous y eûmes encore plusieurs chevaux tués ou blessés, aussi bien que des officiers et des soldats canonniers de tous les régiments; car les fusiliers et les bombardiers ne nous ont guère aidés. J'avois pris, dès le commencement de la campagne, par l'ordre de M. de Boufïlers, soixante canonniersbombardiers; on en rappela, la veille du combat, quarante au régiment, que je n'ai point pu retirer avant qu'il commençât, quelques efforts que j'en aie fait. Ces messieurs combattent h la ligne et veulent être les plus forts qu'ils peuvent à cause de cela, et ils ont raison. Mais, d'un autre côté, le service de l'artillerie ne se fait pas si bien qu'il se feroit sans cet inconvénient. H y a longtemps que je ne me suis trouvé servant avec ces régiments; ainsi ils ne sauroient se plaindre de moi. L'antipathie qu'ils ont avec l'artillerie ne me regarde donc pas, et je serois ravi, s'ils continuent à servir avec nous, qu'il y eût une réunion
1. En apostille, en face de ce qui regarde les chevaux de l'armée de Flandre : « Un extrait de cela à M. de Beaulieu, afin qu'il voie conime le Roi est servi dans les choses dont il a soin. »
d'esprits pour le bien du service, qu ils fussent plus e.xorables quand on leur demande quelque chose, et que leurs soldats canonniers reçussent ordre de toujours camper à l'artillerie auprès des pièces, sans s'en détacher pour quelque raison que ce puisse être : on les auroit toujours h la main, et ils s'accoulumeroient aux commissaires sous lesquels ils doivent servir.
Pardonnez-moi, s'il vous plaît, Monseigneur, celte digression, parce que je la crois utile et nécessaire pour le bien du service et que personne n'en peut mieux juger (jue ceux qui y sont. Mais, pour revenir à l'occasion de la perte de nos chevaux d'artillerie, la plus grande s'en est faite du côté des parcs où étoient nos munitions. Les ennemis s'enfuirent à travers et eflfarouchèrent les charretiers, que l'on ne put plus retenir. Et ce qui acheva de les mettre en désordre fut un parti de la garnison de Namur, commandé par le sieur de Bav, qui avoient mis du papier blanc h leurs chapeaux et qui tombèrent sur eux et prirent tous les chevaux qu'ils purent, avec le garde de l'artillerie et le maréchal des logis de l'équipage de la Moselle, qu'ils ont conduits prisonniers à Namur, où je les ai envoyé répéter. Si vous aviez la bonté, Monseigneur, de les faire échanger contre quelques prisonniers, ce seroit une bonne chose : car le premier est chargé des munitions de cet équipage et v est bien nécessaire.
En attendant vos ordres, je fais parquer les deux équipages séparément, afin que vous en puissiez mieux disposer selon votre bon plaisir. Trouvez aussi bon. Monseigneur, s'il vous plaît, que je vous réitère ici mes très humbles prières, que j'ai pris la liberté de vous faire dans ma précédente pour mon avancement. Si vous considérez qu'il y a vingt-trois ans que j'ai l'honneur de servir, et que celle-ci est la cinquième bataille où j'ai fait mon devoir, j'aurai lieu d'attendre bien des choses de votre justice et de votre bonté. M. de Luxembourg m'a dit qu'il rendroit
bon témoignage de nous et qu'il en étoit très content; mais, comme il a la mémoire chargée de quantité de belles et grandes choses, et que le sort ordinaire et malheureux de l'artillerie est que l'on ne se souvienne plus d'elle, quand on en a tiré ce que l'on veut, agréez que nous nous prônions nous-mêmes, et que j'aie l'honneur, etc.
Sainct-Hilaire.
[A cette lettre sont joints :
1° « État des pièces de canon et munitions de guerre prises sur les ennemis à la bataille de Fleurus. »
2° « Projet pour remettre sur pied l'équipage d'artillerie de l'armée de la Moselle. »
3° « Projet pour remettre sur pied l'équipage d'artillerie de l'armée de Flandre. » '
4" « État de la revue des chevaux d'artillerie de l'équipage de l'armée de Flandre, où sont marqués les effectifs, ceux qui ont été tués ou pris à la bataille de Fleurus, le l'^'' juillet, et ceux qui ont été remplacés, faite par M. de Saint-Hilaire, lieutenant de l'artillerie, commandant présentement ledit équipage, en présence du sieur Hervy, contrôleur de l'artillerie en icelui, le 5*^ dudit mois de juillet 1690. »
5° « État des chevaux qui ont été gagnés à la bataille de Fleurus, et de ceux qui ont été achetés depuis ce temps-là et remplacés dans les compagnies. »]
Saint-Hilaire à M. de Louvois^.
Au camp de Hansies, le 13 août 1690.
Monseigneur, Pour continuer à obéir à vos ordres, j'ai l'honneur de vous envoyer avec celle-ci la revue des chevaux d'artillerie, pour ce mois, de l'équipage que je commande. Je m'étois flatté, en rejoignant l'armée de M. de Luxembourg,