Vol. Guerre 954, dernière partie, n
que j'aurois l'avantage d'y commander toute l'artillerie, puisque j'ai été assujetti, dans la première jonction, aux ordres de feu M. du Metz, comme plus ancien lieutenant. Mais, comme M. de Luxembourg m'a fait l'honneur de me dire que votre intention étoit que les deux équipages demeurent sous des commandements séparés, c'est à moi d obéir aveuglément et de continuer à faire mon devoir. Je ne suis point né insensible; mais, Monseigneur, ma plus vive douleur est de n'avoir pas pu vous être agréable autant qu'un autre, puisque je n'ai pas moins de respect et d'attachement pour votre personne. Si je n'ai pas été assez heureux pour vous en pouvoir donner des preuves, ce n'est point ma faute; mais je puis avoir l'honneur de vous assurer avec vérité que, si j'en trouvois jamais les occasions, je les mettrois au-dessus de toutes celles de ma vie. A quoi j'ajouterai, s'il vous plait, que la disgrâce que je viens déprouver par la préférence de M. de Vigny ne m'empêche pas d'espérer de votre bonté et de votre équité que, dans quelque autre conjoncture, vous porterez Sa Majesté à récompenser mes services, qui ne m'ont procuré jusqu'à présent d'autre satisfaction que celle de m'être acquis quelque estime et d'avoir fait mon devoir, duquel je continuerai toujours de m'acquitter, et j'espère par là me rendre digne de l'honneur de votre protection, que vous m'accorderez quand vous le jugerez à propos.
Oserois-je encore vous représenter. Monseigneur, que j'ai commandé l'équipage d'artillerie de l'armée de Flandre du 1" juillet, jour de la bataille, jusques au 17, qui a été le temps où il y a eu le plus d'affaires. Cependant, si vous voulez encore que M. de Vigny touche les appointements de commandant dudit équipage et les petits revenant-bons, pendant ce demi-mois qu'il n'y a point servi, j'y consens de bon cœur, et je vous supplie, Monseigneur, que, quelque malheureux et quelque indigent que je puisse être, j'aurai
toute ma vie moins d'attachement pour mes petits intérêts
que pour tâcher de vous plaire en toutes choses.
J'ai l'honneur d'être, etc.
Sainct-Hilaire.
[Le ministre répondit : « J'ai reçu votre lettre du 13... A l'égard des appointements de commandant d'artillerie de l'armée depuis la mort de M. du Metz jusques au jour que vous vous en êtes séparé, je ne suis pas persuadé que M. de Vigny vous les conteste. »]
Saint-Hilaire à M. de Louvois^.
Au camp d'Aresdorf, le 13 octobre 1690.
J'ai cru qu'il étoit de mon devoir, à cette fin de campagne, de me donner l'honneur de vous informer où se trouve l'équipage d'artillerie que je commande, afin que l'on puisse prendre, quand vous le jugerez à propos, des mesures plus justes pour la prochaine.
On ne doit point du tout compter sur les charrettes qui ont porté les munitions de cette armée ; car, sans la précaution que j'ai apportée, en y faisant faire des réparations à tous moments, elles n'auroient pas pu l'achever; et même, si vous me permettez de dire mon sentiment, je trouve que les charrettes sont plus difficiles h conduire en ce pays que des charriots; car, comme elles ont plus d'ébranlement dans les perpétuelles montées et descentes, dont le fond est du rocher, les roues pâtissent beaucoup davantage et ne peuvent résister à la continue, quelque bonnes qu'elle puissent être. Et, puisque je crois que l'on sera nécessité de faire des voitures neuves, il me paroît qu'il vaudroit mieux que ce fût des charriots, et, s'ils coûtent un peu plus, j'ose assurer qu'ils dureront beau-