‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 2)Chapitre 46 sur 128 · Histoire militaire, p · texte numérisé non relu

Histoire militaire, p

i38 MÉMOIRES DE SAINT-HILAIRE. [1702

près de la redoute qui couvroit le pont, qu'il étoit impossible à une armée qui voudroit entreprendre d'y passer ou de déboucher devant lui sans être battue.]

Quand on sut cette disposition à la cour de France, on jugea qu'on ne pouvoit pas faire passer des troupes en Bavière pour y soutenir l'Électeur, sans donner un combat fort hasardeux; mais, comme la chose étoit de la dernière importance, il fut résolu de passer outre. On envoya les ordres au maréchal de Catinat, qui étoit alors campé contre Strasbourg. Ce général, qui s'étoit acquis jusques-là beaucoup de réputation et qui ne voyoit aucune apparence d'un bon succès, crut ne la devoir pas risquer en cette entreprise et s'en excusai On lui en sut si mauvais gré à la cour, qu'il en fut disgracié, de façon qu'il n'en est jamais revenu et n'a plus servi depuis. Il envoya seulement le marquis de Villars, qui servoit sous lui de lieutenant général, avec un corps de dix à douze mille hommes, se camper sous Huningue, en deçà du Rhin, d'où M. de Villars manda à la cour qu'à la vérité il n'étoit pas possible de faire passer les troupes sur le pont d'Huningue, ni de le déboucher, dans la situation où étoit le prince Louis, mais que, si on vouloit lui envoyer suffisamment de troupes, il ne désespéroit pas de trouver des moyens de lui faire quitter son poste; qu'alors il passeroit le Rhin et tàcheroit de l'atteindre dans sa marche. On lui accorda tout ce qu'il demanda,

1. Saint-Simon (t. X, p. 293) dit que Catinat, s'élant attiré l'inimitié de M"^^ de Maintenon et de Chamillart, fut laissé toute la campagne sans aucun moyen de rien entreprendre et fut dégoûté par là de servir à l'avenir.

c'est-à-dire presque toute l'armée du mai^échal de Catiiiat, qui se logea dans Strasbourg avec l'état-major de son armée. Les vues du marquis de Villars réussirent, et il sut admirablement se prévaloir d'une faute notable du prince Louis de Bade.

Il y a une petite ville, sans aucune fortification, au delà du Rhin, entourée de murailles mal entretenues, avec quelques petites portes percées pour la commodité paiiiculière des habitants. Elle s'appelle Neubourg et est située entre Brisach et Huningue. Le prince Louis y mit en passant une petite garnison seulement de deux cent cinquante hommes, ce qui étoit trop peu pour tenir en sûreté un poste qu'il lui étoit de la dernière importance de conserver, pour ôter aux François la faculté de jeter des ponts sur le Rhin et de passer ce fleuve à l'appui de ce poste, [et de se venir camper avec toute leur armée entre la sienne et Fribourg, d'où il tiroit sa subsistance et sa communication, de manière qu'il se trouveroit enfermé dans un coin du territoire des Suisses, et laisseroit le passage aux François pour se joindre aux Bavarois, qui se mettoient en mouvement par le Val-Saint-Pierre et la Forêt-Noire.] On ne peut guère excuser ce prince en cela, sinon que son armée étoit trop foible pour en faire un plus gros détachement, qu'il ne comptoit pas que ce poste seroit surpris, et qu'il prétendoit, s'il étoit attaqué de vive force, le soutenir de son armée, qui, [étant campée au débouché du pont d'Huningue, ôtoit aux François la faculté de surprendre aux Suisses un passage plus aisé pour pénétrer jusques en Bavière à travers le territoire de leur dépendance.]

Quoi qu'il en soit, il se trouva que ce prince n'avoit

pas pris d'assez justes mesures. Laubanie*, qui commandoit dans la Haute-Alsace, surprit, au moyen des petites portes dont j'ai parlé, les deux cent cinquante hommes qui étoient dans Neubourg, et y établit un poste nombreux et bien précautionné 2, qui fut bientôt soutenu par dix mille hommes, que le comte de Guiscard, lieutenant général^, amena de l'armée du maréchal de Gatinat, et on fit en même temps descendre des bateaux pour faire des ponts. Le prince Louis en ayant été averti et craignant que le marquis de Villars ne ramenât brusquement ses troupes, qu'il tenoit toujours campées en deçà du Rhin, contre Huningue, pour les faire passer à Neubourg avec celles du comte de Guiscard [et lui faire barrière entre son camp et Fribourg], décampa [de devant la tête du pont d'Huningue et des retranchements qu'il y avoit fait faire] et dirigea sa marche sur Fribourg, son infanterie par les montagnes, et sa cavalerie le long de la pente qu'elles font presque jusqu'au Rhin, à la chute desquelles et assez près d'Huningue il avoit fait construire un petit fort en étoile, sur une éminence, qui battoit de revers tout cet espace, jusques à la chaîne des montagnes, au moyen de l'infanterie et du canon qu'il y avoit logée.

Combat de Friedlingue^ . — Il étoit alors huit ou neuf heures du matin du 1 4 octobre, quand le mar-

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