‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 2)Chapitre 52 sur 128 · Tome II, p · texte numérisé non relu

Tome II, p

162 MÉMOIRES DE SAINT-HILAIRE. fl702

de Rotta, que les habitants abandonnèrent; elles s'emparèrent aussi de Saint e-]\Iarie, petite ville contre Cadix, qui n'étoit pas fortifiée, et y commirent des excès et des sacrilèges que les Espagnols eurent en horreur, aussi bien que ceux qui les commettoient, tellement qu'ils prirent tous les armes de proche en proche et se préparèrent à se bien défendre.

Les Anglois ne laissèrent pas de prendre le fort de Sainte-Catherine et quelques autres petits postes ; mais ils ne purent venir à bout de celui du Pontal ou de Matagorda, sans lequel ils ne pouvoient prendre Cadix. Le canon qu'ils mirent en batterie dans le marais pour y faire brèche y enfonçoit au premier coup qu'il tiroit, sans qu'on pût y remédier, et toute cette attaque étoit battue par le canon de sept ou huit vaisseaux de guerre françois, et d'autant de galères, qui s'étoient précautionnés dans le port de manière qu'ils ne pouvoient être endommagés par les vaisseaux des ennemis.

Pendant ce temps-là, la reine d'Espagne, qui étoit une princesse incomparable, mettoit tout en œu\Te, en l'absence du roi son mari, pour assurer et garantir le pays d'une plus grande invasion et chasser les ennemis de devant Cadix. Elle assembla promptement tout ce qu'elle put de milices et de troupes ; [le marquis de Villadarias^ capitaine général de l'Andalousie, se mit à leur tète et s'avança vers Cadix.] Sur ces nouvelles, le duc d'Ormond, qui avoit perdu quatorze à quinze cents hommes à sa descente et à ses

1. Franco del Castillo-Faxardo, qui avait l'emplacé M. de Leganès au commencement de 1702 comme capitaine général d'Andalousie; il mourra en 1716.

attaques, fit rembarquer tout son monde et alla prendre sa revanche sui' Vigo*.

Expédition des alliés sur les galions de Vigo. — Le Roi, ayant été informé des grands armements de mer qui se faisoient en Angleterre et en Hollande, [et du bruit que quelques-uns y répandoient du dessein de conquérir les Indes espagnoles,] craignit qu'ils n'eussent en\ie d'aller attaquer et prendre les galions qui en re\iennent [chargés d'or et d'argent et de marchandises précieuses pour le compte des négociants de l'Europe]. Pour qu'ils pussent arriver en Espagne avec plus de sûreté, il avoit déjà envoyé le marquis de Coëtlogon- avec une escadre pour en presser le chargement et le départ. A f{uoi il trouva, quand il y fut arrivé, quelques difficultés de la part des Espagnols. Cependant Sa Majesté, ayant été du depuis avertie que ce chargement se faisoit par les bons ordres que le roi d'Espagne avoit envoyés, fit partir le comte de Ghàteaurenault^ avec une flotte de dix-sept ou dix-huit bons vaisseaux de guerre, pour aller au-devant, les escorter et les convoyer à Cadix, où les galions ont coutume de débarquer. M. de Chàteaurenauld fit bon voyage ; mais, en revenant, et étant vers les côtes du Portugal, il fut averti que l'armée des alliés étoit devant Cadix. Cela lui fit changer de route et prendre celle de Vigo, où il entra dans

1. Vigo est à l'extrémité nord-ouest de l'Espagne, dans la province de Pontevedra.

2. Alain-Emmanuel, marquis de Coëtlogon 1646-1730 , était lieutenant général des armées navales; il deviendra vice-amiral en 1716.

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