Au nord d'Anvers
étoit de s'approcher de celle d'Opdam, qui devoit lui frayer le chemin ou au moins favoriser cette entreprise. Elle ne le put pourtant si bien faire à temps que nos maréchaux n'entrevissent leur dessein. M. de Boufflers se détacha donc de la grande armée, avec trente bons escadrons et quinze cents grenadiers, et, marchant avec célérité, joignit le marquis de Bedmar. Ils allèrent aussitôt aux ennemis, qui depuis deux jours s'étoient avancés au village d'Eckeren ^ méchant poste, où étoit leur quartier général. Ils arrivèrent en présence le 27 juin, vers les trois heures après midi. Comme les François avoient plus de troupes que n'en avoit Opdam, ils l'environnèrent et se concertèrent si à propos par leurs mouvements, ils le chargèrent si vivement de tous côtés, qu'il y eut beaucoup de confusion dans sa défense, et même, aux premières charges qui se firent, ce général, se trouvant coupé et environné de manière qu'il ne pût rejoindre ses autres troupes, prit le mauvais parti de tâcher de se sauver et de se retirer du côté de Bréda par ses derrières; ce qui excita l'indignation de ceux de son parti, si bien qu'il n'a plus servi depuis, [laissant un exemple notable de la fragilité humaine, que tout homme de guerre, non seulement le plus élevé, doit éviter de donner, au péril de sa vie, ou tout au moins de sa liberté.]
Le comte de Tilly-, qui avoit le commandement après lui, soutint encore le combat quelque temps,
1. Sur le combat d'Eckeren, livré le 30 juin, on peut voir la Gazette, p. 322-324, la Gazette d'Amsterdam, n"'* liv-lxii, VHistoire militaire, t. IV, p. 20-25, les Mémoires militaires, p. 64-79 et 764-709, et les Mémoires du temps.