Voyez les Mémoires de Villars, t. II, p
teur avec une armée composée de soixante escadrons et de quarante-sept bataillons, un équipage d'artillerie de quarante-cinq pièces de canon de campagne, les munitions nécessaires et des officiers généraux à suffisance.
L'Électeur, de son côté, avoit trente-quatre bataillons bien complets, quarante-cinq escadrons, soixantequatre pièces de canon, le tout commandé par le maréchal d'Arco^ et sous lui plusieurs officiers généraux.
Dans la première entrevue qu'ils eurent ensemble, il fut résolu que l'Électeur mèneroit son armée vers Ulm, que l'on y joindroit la brigade d'infanterie de Condé, et que le maréchal de Villars iroit avec celle du Roi prendre des quai^tiers de rafraîchissement du côté de Messkirck- pour la rétabhr des rudes marches qu'elle venoit de faire. Il s'empara de la ville et du château et y établit son quartier général.
Peu de jours après, il détacha un gros parti de cavalerie pour aller reconnoître les environs de Constance et donna ordre à celui qui le commandoit de venir ensuite prendre des postes pour établir une communication facile avec Huningue et la Haute- Alsace; mais, comme cela ne se pou voit faire sans passer par quelque pays de la dépendance des Suisses, ils députèrent vers le maréchal pour lui faire leurs remontrances, et il fut convenu que cette communication ne seroit pour aucun corps de troupes, mais seu-
1. Jean-Baptiste, comte d'Arco, avait été fait feld-maréchal au commencement de 1702; il mourut en 1715.
2. Petite ville dans la partie la plus orientale du grand-duché de Bade, au nord du lac de Constance.
lement pour les courriers, quelques équipages et officiers qui passeroient, en payant comme des voyageurs.
Le maréchal détacha encore Chamarande*, lieutenant général, avec quatre ou cinq mille hommes et du canon, pour aller du côté du lac de Constance, où il s'empara de plusieurs petites villes, châteaux et postes, et mit tous les pays circon voisins à contribution.
Deux projets pour les opérations de la campagne; on laisse le meilleur et on suit l'autre. — Pendant que l'armée se rafraichissoit dans ses quartiers, l'Électeur et le maréchal faisoient leurs projets pour les opérations de la campagne. Le premier vouloit entrer dans le Tyrol, où l'Empereur n'avoit point de troupes, [par la nécessité qu'il en avoit ailleurs, et se confiant en la fidélité des habitants et à l'heureuse situation de cette province, toute semée de montagnes et de défilés si faciles à garder et à défendre que très peu de monde suffisoit pour y enfermer et faire périr une armée qui voudroit s'en emparer, et c'étoit la vérité, qui se justifiera bientôt par l'événement dont je parlerai ; mais l'Électeur opposoit à ce raisonnement que cette conquête lui seroit facile, ayant des anciennes prétentions sur cette province et des intelligences avec plusieurs des principaux qui lui étoient affectionnés, et que, d'ailleurs, elle étoit très nécessaire pour le bien de la cause commune, en ce que M. de Vendôme, supérieur en Italie aux Impériaux, vien-
1. Louis d'Ornaison, comte de Chamarande (1660-1737), n'était que maréchal de camp; il devint lieutenant général en
droit facilement à bout de se saisir des passages du Trentin au Tyrol, pendant que lui, Électeur, auroit occupé cette province et s'en seroit rendu maître de son côté, et pareillement des passages du Tyrol au Trentin, de manière que toute communication de l'Allemagne en Italie et d'Italie en Allemagne seroit ôtée aux Impériaux et deviendroit parfaitement établie entre ses États et ceux des deux Couronnes, pour se donner les secours mutuels dont ils pourroient avoir besoin, soit pour la défense de l'Italie, soit pour porter la guerre dans le canton de l'Empire qu'ils jugeroient le plus convenable à leurs intérêts.] M. de Villars alléguoit au contraire que, dans la situation présente des affaires, il étoit beaucoup plus convenable, avec d'aussi grandes forces que les leurs, de passer dans l'Autriche pour donner la main aux Mécontents de Hongrie, qui avoient pris les armes et ravageoient jusques aux portes de Vienne; qu'en assiégeant même cette place, ainsi qu'il étoit possible, [on couperoit l'arbre par le pied, et] on contraindroit l'Empereur, qui se trouvoit dans la dernière extrémité, d'entendre à une paix telle qu'on voudroit la faire avec lui, [au lieu que, si l'Électeur suivoit son projet, il y avoit fort à craindre, supposé que l'Électeur trouvât autant de facilité qu'il se proposoit à faire cette conquête, qu'il ne s'y pût maintenir, et que, cette province étant d'une aussi grande importance à l'Empereur et dans une situation qui lui étoit aussi favorable, il mettroit le tout pour le tout pour la secourir et en chasser l'Électeur, qui auroit peut-être bien de la peine à s'en retirer et risqueroit au moins de perdre son armée. Il ajouta encore que M. de Ven-
dôme, ayant en tête un capitaine très habile et très expérimenté, il ne lui seroit peut-être pas aussi aisé que l'on s'imaginoit de chasser les Impériaux des retranchements et postes qu'ils tenoient dans des lieux presque inaccessibles et fortifiés déjà par la nature, qui leur conservoient de leur côté en Italie le débouché des montagnes, qu'il leur étoit si important de bien garder, et de plus que la défiance que l'on avoit de la fidélité du duc de Savoie n' étoit pas sans fondement.]
Ces deux différents projets furent envoyés à la cour, qui donna la préférence à celui de l'Électeur. [Il y fut plus goûté que l'autre parce qu'il flattoit davantage nos intérêts et qu'il y avoit de grands personnages qui tâchoient de faire perdre les soupçons qu'on y avoit pris contre la conduite du duc de Savoie et y appuyoient bonnement les justifications qu'il y faisoit de temps en temps sur les plaintes qu'on croyoit être en droit d'en faire.]
Il fut donc résolu que M. de Villars se tiendroit dans la Bavière avec son armée pour la garantir de l'irruption de l'ennemi et faire tête au prince Louis de Bade, qui partit des lignes de Stolhoffen avec un corps de seize mille hommes, [qui devoit être joint en chemin par quantité d'autres troupes de l'Empire;] que le maréchal se camperoit entre Dillingen et Lâwingen^ dans un poste avantageux qui s'y rencontre, et qu'il feroit encore fortifier son camp de manière qu'il n'y pourroit être attaqué impunément
1. Dillingen et Làwingen sont deux bourgs situés sur le Danube entre Ulm et Donauwert.
[et qu'il y pourroit rester pendant l'expédition du Tyrol].
^ Il s'acquitta parfaitement de la partie qui le regardoit; car il tint si bien en échec le prince de Bade qu'il ne put rien entreprendre devant lui et qu'au contraire il remporta plusieurs petits avantages sur ses partis et un assez considérable sur un gros détachement de ses troupes, dont je vais parler.
[De plus, il tira de grosses sommes en contributions des États voisins, chose en quoi il réussissoit à merveille.]
Combat de Legall contre le comte de la Tour. — Il eut avis que ce prince avoit détaché quatre à cinq mille chevaux, sous le comte de la Tour*, avec ordre de s'approcher du Danube du côté d'Ulm. Le maréchal y avoit déjà un camp de six escadrons et d'une brigade d'infanterie, sous du Héron ^, qui s'étoit posté à quelque distance du camp des Impériaux.
LegalP fut encore envoyé aux environs avec douze escadrons; du Héron eut ordre de lui mener ses troupes. Cette jonction faite, Legall partit au commencement de la nuit et marcha par des chemins détournés pour tomber à l'improviste sur les troupes du comte de la Tour^; mais cette précaution lui devint
1. Inigo-Lamoral, comte de la Tour, de la famille de la Tour-et-Taxis, était général de la cavalerie impériale.
2. Charles de Caradas, marquis du Héron, ancien envoyé à Cologne et à Varsovie, avait un régiment de dragons, à la tête duquel il fut tué dans la présente affaire.
3. François-René, baron de Legall, tout nouveau maréchal de camp, passa lieutenant général en récompense de sa victoire; il mourut en 1724.