C'est le 8 septembre que le siège de Trente fut levé
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plus vite qu'il lui seroit possible. Ces deux raisons lui firent quitter son entreprise et lever son camp. Les généraux Heister, Vaubonne et Solari, ayant été avertis de sa retraite, assemblèrent jusques à huit mille hommes pour le suivre et vinrent, pai^ le château de Nago, tomber sur le bord de la Sarca, vis-à-vis d'Arco. Le comte de Médavy, que M. de Vendôme avoit laissé pour faire l'arrière-garde et ramasser tout ce qui pouvoit être resté en arrière, en fut averti le même jour et ne douta pas qu'ils ne prissent le chemin de Riva, où nous a^^ons encore quatre bataillons très mal retranchés. Il en fut plus persuadé quand il apprit qu'ils avoient fait passer le même soir à gué trois cents chevaux, qui avoient pris ce chemin; mais, comme ce n'étoit qu'un parti qui alloit aux nouvelles, ils se firent tirer seulement quelques coups de fusil par les gardes du camp et s'en retournèrent, et firent la manœuvre de gens qui en vouloient à Torbole, où nous avions deux bataillons qui n'avoient encore fait que tracer leur travail pour se retrancher. On leur envoya un renfort de cinq cents hommes, et ils se remirent à travailler hâtivement. Mais ce parti ne s'y présenta pas et regagna son corps par derrière le château de Nago, dont le comte de Médavy avoit fait brûler la ville. Les Impériaux ne passèrent pas outre, et Médavy se retira en Lombardie en aussi bon ordre que M. de Vendôme avoit fait du sien, et ne fut plus inquiété. Ce général, après avoir donné quelques jours de séjour à ses troupes dans le Mantouan, leur fit passer le Pô et les mena à San-Benedetto, et trouva la ville de Bercello rendue, qu'ils tenoient bloquée depuis longtemps. La garnison, qui étoit encore de
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quinze cents hommes, fut faite prisonnière de guerre. On trouva dans cette place quarante-neuf pièces de canon, sept cents milliers de poudre et quantité d'autres munitions de guerre.]
Défection du duc de Savoie. '■ — J'ai déjà dit que l'on avoit de violents soupçons de l'infidélité du duc de Savoie envers les deux Couronnes, avec lesquelles il s'étoit allié par les mariages des deux princesses ses filles et par des traités solennels. A la fin, on en fut convaincu, quoiqu'il niât toujours d'avoir fait aucun traité avec l'Empereur et ses alliés. Le Roi aima mieux avoir un ennemi découvert de plus que d'en avoir un caché, qui ne manqueroit pas de se déclarer à la première occasion qui lui seroit favorable. C'est pourquoi il envoya ordre à M. de Vendôme de faire désarmer et arrêter les troupes du duc qui servoient dans l'armée des deux Couronnes.
Arrêt et désarmement des troupes de Savoie. — Pour y obéir, il avoit disposé, en arrivant à San-Benedetto, ses troupes de manière qu'elles environnoient celles du duc, [et fit assembler quelques bataillons et escadrons à la tête du camp de celles de Savoie^.] Comme cela s'exécutoit, il manda chez lui les officiers des troupes de ce prince et leur témoigna, de la part du Roi, la satisfaction qu'il avoit de leurs services et de leur fidélité. Il leur dit qu'il n'en étoit pas de même de la conduite de leur maître contre la foi des traités,
1. Sur les circonstances de ce désarmement, on peut voir la Gazette, p. 520-521 et 544-545, la Gazette d'Amsterdam, Extraordinaires lxxxiv et lxxxv, les Mémoires de Saint- Simon, t. XI, p. 273-274, ceux du chevalier de Quincy, p. 316, etc.
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et qu'il étoit très fâché qu'elle le contraignît de prendre des mesures si peu conformes à ses intentions, et d'être obligé d'en user de la sorte pour prévenir les mauvais desseins d'un ennemi d'autant plus à craindre qu'il les avoit tenus cachés jusques à présent. Après ce préambule, il leur déclara l'ordre qu'il avoit, de Sa Majesté, de faire arrêter prisonniers de guerre tous les sujets du duc qui étoient au service des deux Couronnes ; qu'on désarmeroit seulement les cavaliers et les soldats, qui seroient envoyés prisonniers dans les places du Milanois; mais que, pour ce qui regai'doit les officiers, il avoit ordre de laisser la liberté à ceux qui voudroient bien donner leur parole d'honneur de ne pas sortir sans permission des places du Milanois qu'ils choisiroient pour leur séjour et dans lesquelles ils recevroient toute sorte de bons traitements. Gela dit, on désarma ces troupes et on les distribua dans les places qui leur furent destinées.
Cette nouvelle étant venue au duc, il en fut d'autant plus fâché qu'il comptoit de retirer ses troupes par adresse pendant le quartier d'hiver prochain, [dont il feroit la base de son armée le printemps suivant, qu'il espéroit que l'Empereur lui auroit fait passer des secours, et de tenir jusques-là ses menées secrètes.] Aussi en fut-il si fâché qu'il fît arrêter tous les François et les effets qui passoient par ses États sous la bonne foi du traité fait avec lui. Il ordonna aux habitants de Turin de se fournir d'armes, fit lever dix ou douze nouveaux régiments dans ses États et prit d'ailleurs toutes les autres mesures qu'il estima être les meilleures.
Lettre du Roi au duc de Savoie. — Les troupes
savoyardes étant arrêtées, M. de Vendôme se prépara à marcher du côté du Piémont avec trente bataillons, vingt escadrons et une artillerie convenable par rapport à la saison ; et, avant d'entrer sur les terres de M. de Savoie, il lui envoya, par un officier suivi d'un trompette, une lettre du Roi, conçue dans les termes qu'on va voir :
« Monsieur, puisque la religion, l'honneur, l'inté- « rêt, les alliances et votre propre signature ne sont « rien entre nous, j'envoie mon cousin le duc de Ven- « dôme à la tête de mes armées pour vous expliquer « mes intentions; il ne vous donnera que vingt-quatre « heures pour vous déterminer*. »
Réponse verbale du duc de Savoie. — M. de Savoie ne fit aucune réponse par écrit à une lettre si fière ; mais il dit seulement à l'officier qui la lui avoit rendue, que le mauvais traitement qu'on venoit de faire à ses troupes et la manière dont on en avoit usé avec lui l'avoient déterminé à prendre ses précautions ; que les menaces ne l'étonnoient point, et qu'il n'avoit pas d'autre réponse à faire, ni de proposition à écouter.
Dès que M. de Vendôme eut reçu cette réponse, il fit passer le Tessin à ses troupes, qui ne purent arriver que le 1 7 octobre sur les frontières du Montferrat, à cause des pluies continuelles et du débordement des eaux. Il eut avis que le général Stahrenberg avoit détaché de son camp sur la Secchia Visconti avec environ trois mille chevaux, qui avoient pris leur route par le Plaisantin. Il jugea sainement que ce ne pou-
1. Cette lettre, dont la tournure peut sembler étonnante, a été donnée telle quelle par la plupart des contemporains; voyez les Mémoires de Quincy, p. 318-319.
voit être que pour tâcher de joindre le duc de Savoie, et qu'il passeroit les montacrnes du côté de Gênes, pour éviter le péril évident de poursuivre sa marche si près de lui.
[Il envoya donc Bouligneux* à Acqui avec six bataillons pour lui fermer ce passage, et Dreux à Serravalle avec quatoi^e compagnies de grenadiers et sept cents chevaux, et les joignit bientôt lui-même avec quatre autres compagnies de grenadiers, trois cents chevaux et un bataillon, sur les nouvelles qu'il eût que Visconti avoit enfourné les montagnes par la vallée du Tidone. Il se fit suivre par une partie des troupes qu'il avoit à Alexandrie. Il y avoit aussi une quantité des milices du Milanois qu'il avoit envoyées dans les montagnes pour tenir poste, les harceler dans leur passage et lui donner des nouvelles; enfin, ayant eu des avis certains que les Impériaux viendroient loger le 215 au soir à San-Sebastiano, il envoya Dreux avec quatorze compagnies de grenadiers et cent cinquante chevaux pour se rendre au château de Dernice, situé à demi-heue de San-Sebastiano, sur une hauteur qui le dominoit et qui étoit déjà occupée par quelques milices du Milanois. M. de Vendôme resta jusques à neuf heures du soir à Serravalle, parce qu'il lui fallut donner quelques heures de repos aux troupes qui lui arrivèrent d'Alexandrie. S' étant mis en marche, on le mena, par un chemin de défilé très étroit, à travers les montagnes; il y avoit quatre lieues de chemin à faire pour arriver, tellement qu'il étoit la pointe du jour
1. Louis de la Palu, marquis de Bouligneux, était maréchal de camp depuis 1702.
quand la tête de la colonne se trouva à la hauteur de Dernice, le reste filant très lentement et étant encore bien loin, les uns plus près, les autres moins. Il alla d'abord reconnoître la situation des ennemis^ et fit ses dispositions pour commencer ses attaques. Cependant, ils montèrent à cheval et se mirent en marche, de manière que, quand M. de Vendôme fut en état de les faire charger, il ne paroissoit plus que trois escadrons près San-Sebastiano, qui faisoient leur arrièregarde. Il se mit à la tête des grenadiers comme il avoit coutume de faire, et le reste suixit, le plus vite qu'il put, en descendant la montagne de Dernice par un fâcheux défilé, pour venir dans la vallée où les ennemis marchoient le long d'un torrent, et envoya dire aux troupesqui le suivoient de le joindre avec le plus de célérité qu'il seroit possible. La cavalerie qu'il avoit d'arrivée marcha après les grenadiers pour les soutenir en cas de besoin.]
[Ghemerault^ avec quelques-unes de ses compagnies, alla occuper en diligence une hauteur à la droite qui flanquoit l'attaque que M. de Vendôme alloit faire commencer. Dreux, à la tête des grenadiers, soutenu comme il a été dit, attaqua les trois escadrons d'arrière-garde, et leur fit faire leurs décharges si à propos qu'il les ébranla beaucoup. Nos hussards prirent ce temps pour les charger, et entrèrent dedans; une partie de ces escadrons prirent la fuite du côté de
i. Ce combat de San-Sebastiano eut lieu le 26 octobre; il y en a une relation détaillée dans le Mercure de novembre, p. 257-274.
2. Jean-Noël de Barbezières, comte de Chemerault, lieutenant général, sera tué à Malplaquet en 1709.
San-Sebastiano, et l'autre fut prise ou tuée. Pendant ceci, Visconti passa un défile qu'il mit entre lui et M. de Vendôme, que ses troupes joignoient à la file le plus vite qu'elles pou voient. Alor^ Chemerault, avec quelque cavalerie qui l'avoit joint, coula le long de la crête de la montagne, où il s'étoit posté d'abord, et chargea en flanc ceux des ennemis qui y étoient postés; il y eut là une assez grande tuerie.]
[Visconti gagna une autre hauteur, où il se mit en bataille; mais, avant d'y arriver, il fallut passer des ravins difficiles, où il perdit encore quelques-uns des siens, et le peu d'équipages qu'il avoit menés avec lui, même sa vaisselle d'argent. Il quitta cette hauteur sitôt qu'il vit les grenadiers et les carabiniers à pied qui s'approchoient ; ils se placèrent sur les flancs^ et faisoient un grand feu qui les fit plier, comme ils regagnoient une autre montagne; mais, pour y arriver, il falloit encore passer un ravin, le revers duquel ne se pouvoit monter qu'avec peine. Les carabiniers se postèrent sur une hauteur qui voyoit ce revers, dont ils firent un si grand feu, que leurs décharges tuèrent beaucoup de monde et les ébranlèrent fort. Alors plusieurs de nos escadrons, s'étant avancés, achevèrent de mettre en déroute les Impériaux, qui perdirent beaucoup de leurs gens en cet endroit. Une partie abandonna ses chevaux pour se sauver par les montagnes ; l'autre fut prise, et le reste se sauva par trois routes différentes, sans plus faire de défense ; et il n'y eut que cinq ou six cents chevaux de ce détachement qui joignirent le duc de Savoie, lequel les vint recueillir à l'entrée de son pays avec deux mille chevaux et trois mille honMaes de pied. Nos troupes ne perdirent III 14
que très peu de monde, et la cavalerie ne put les suivre que jusques à la Rochette, à cause de la lassitude des chevaux.]
[Après cette action, M. de Vendôme s'en alla à Casai y attendre le retour d'un courrier qu'il avoit envoyé à la cour, ne voulant rien entreprendre contre le duc qu'il ne fût revenu. Sitôt après, il mena son armée devant Asti, ville appartenant au duc de Savoie, qui n'étoit fortifiée que d'une simple muraille; il y avoit dedans deux bataillons et quelque cavalerie. M. de Vendôme envoya un trompette sommer le gouverneur de se rendre, ce qu'il accepta aussitôt ; car la garnison s'en étoit retirée, sur un signal que le duc avoit fait donner et dont on étoit convenue De là, il marcha à Villeneuve- d'Asti, qui étoit encore plus mauvais, et dont le duc avoit retiré lui-même, le matin, le peu de troupes qui y étoit. Ceci étant fini, M. de Vendôme établit ses quartiers d'hiver depuis Villeneuve-d'Asti jusques au Pô, à travers le Montferrat, et prit le sien à Asti.]
[Le duc de Savoie mit sept ou huit mille hommes en campagne, pour lui disputer quelques quartiers, entre autres Moncuto près Gastelnuovo^, et n'en put venir à bout, nos troupes étant bien disposées.]
[Le prince de Vaudémont quitta le commandement de l'armée qui étoit à ses ordres, sous prétexte de ses infirmités. Son commandement fut donné au maréchal de Tessé, qui avoit celui du Dauphiné, qui fut donné
1. Le chevalier de Quincy [Mémoires, t. I, p. 326), raconte que l'évêque d'Asti vint intercéder pour la ville auprès de Vendôme.