Sur la Staffbra, au sud-ouest de Pavie
de les suivre par le même chemin et prit le sien dans les montagnes, par Torne, Serravalle et Cabriata', où il fît faire un pont sur l'Orba pour le passer, dans l'intention qu'il avoit de les attaquer au passage de laBormida. En suivant son dessein, il passa l'Orba à la tête de sept cents chevaux et de quinze cents grenadiers et marcha aux ennemis, donnant ordre au reste de son armée de le suivre; mais il arriva encore un contretemps fâcheux : le pont rompit; il fallut du temps pour le refaire, tellement que M. de Vendôme se trouva sur l'arrière-garde des ennemis, n'ayant que les troupes avec lesquelles il avoit passé l'Orba. M. de Stahrenberg, qui n'a voit pas douté qu'il ne fût attaqué, avoit ordonné une arrière-garde, le long de la Bormida où il avoit son pont, de six bataillons que le prince de Liechtenstein^ commandoit, dont il avoit placé trois bataillons dans des masures, et qui avoient ordre de ne point sortir ni se montrer que bien à propos ; il y avoit encore joint mille chevaux que les bataillons soutenoient; de plus, il avoit disposé le long de la rivière, de l'autre côté par rapport à la situation des troupes de France, à un gué qu'il y avoit, deux mille chevaux et douze pièces de canon.]
[M. de Vendôme attaque V arrière-garde de M. de Stahrenberg au passage de la Bormida. — Les choses ainsi disposées, M. de Vendôme auroit bien voulu retarder son attaque jusques à ce que la tête de son armée arrivât; mais, le jour étant sur son déclin, il eut
1. A propos de ces trois localités, voyez la note des Mémoires de Quincy, t. I, p. 343.
2. Philippe-Érasme, prince de Liechtenstein, né en 1664, fut grièvement blessé dans le combat qui va être raconté et mourut trois jours après.
peur que l'ennemi ne lui échappât, et fît charger en même temps les trois bataillons qui paroissoient par ses trente compagnies de grenadiers, la baïonnette au fusil, qui essuyèrent pendant un peu de temps un feu terrible, puis entrèrent dedans et les rompirent. La cavalerie ennemie fut chargée en même temps et renversée, sans faire que très peu de résistance, et se jeta pour la plus grande partie en foule dans la Bormida. Pour lors, M. de Liechtenstein, avec trois bataillons, sortit de ses masures, et, par un feu terrible qu'il fit faire, contint nos troupes. Le comte Solari repassa la riNière pour le seconder et rallier ce qui restoit de la cavalerie; puis ils passèrent la Bormida dans le meilleur ordre qu'il leur fut possible et rompirent leur pont. Les Impériaux perdirent encore plusieurs chariots chargés d'équipages, environ sept cents hommes de tués; on fit sur eux cinq cents prisonniers, parmi lesquels il se trouva plusieurs officiers ^]
Le comte Solari fut tué, et on trouva le prince de Liechtenstein blessé à mort sur le champ de bataille. [Nous eûmes bien quinze cents hommes tués ou blessés; Saint-Pater-, maréchal de camp, fut du nombre avec Goësbriand^, Goas^ et Morangiès^. Il est certain
1. Ce combat fut livré le 10 janvier 1704 près du village de Castelnuovo-da-Bormida : Mémoires militaires, par le général Pelet, t. III, p. 348-350 et 858-860.
2. Jacques le Coustelier, marquis de Saint-Pater, fut fait maréchal de camp en récompense de sa valeur dans ce combat.
3. Louis-Vincent, marquis de Goësbriand (1659-1744), était alors maréchal de camp.
4. Biaise de Biran, comte de Goas, brigadier de dragons, mourra le 9 novejnbre 1705, au cours de la campagne.
5. Charles-Auguste de Molette, marquis de Morangiès, n'était que colonel d'infanterie; il sera tué en 1705.
que la défaite auroil été plus grande si M. de Vendôme avoit eu davantage de troupes.]
[31. de Stahrenberg passe encore le Tanaro et joint M. le duc de Savoie. — Ensuite de ce combat, les Impériaux marchèrent sur Nice-de-la-Paille et allèrent passer le Tanaro à Albe, où M. le duc de Savoie les joignit avec trois mille cinq cents chevaux et huit mille hommes de pied.]
[M. de Vendôme avoit bien envie de les faire charger encore une fois au passage du Tanaro, et, dans cette intention, il vint passer la Bormida à Castellaccio, où il fit jeter un pont, dont la construction retarda un peu sa marche. Il passa cette rivière le 14 janvier et vint à Gorticella', où il fut joint par six mille hommes que le Grand Prieur, son frère, lui amena. Ensuite, il alla à Costigliole; mais il manqua les Impériaux de dix heures, M. de Stahrenberg ayant fait une diligence extrême pour arriver au Tanaro et passer cette rivière.]
[Gomme je ne servois pas en Italie, je n'ai pu rapporter ce que je viens de dire que sur la foi des relations et ce que j'en ai appris de ceux qui s'y sont trouvés ; sur quoi on doit présumer que le passage de M. de Stahrenberg sera longtemps célèbre par la témérité avec laquelle il l'entreprit et par l'habileté dont il se conduisit^; mais, sans vouloir aucunement diminuer la gloire qui lui est acquise à si juste titre, je ne laisserai pas d'ajouter à ce que j'ai dit ci-devant de la grande dispersion des troupes et des quartiers de M . de Vendôme, chose à laquelle il étoit sujet, qu'elle lui donna de grandes facilités, aussi bien que la maladie qui étoit