‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 2)Chapitre 85 sur 128 · Voyez les Mémoires de Saint-Simon, t. XII, p · texte numérisé non relu

Voyez les Mémoires de Saint-Simon, t. XII, p

uns furent brûlés, et ses troupes eurent ordre de faire main basse sur tous ceux que l'on pourroit trouver assemblés. Rolland fut surpris avec cinq ou six de ses officiers dans le château de Castelnau et s'y fit tuer. On rapporta son corps à Nîmes; on le brûla, et ses officiers furent roués. Après cette exécution, il n'y eut plus que quelques petites actions contre les Gamisards, qui ne firent que languir, le secours qu'ils attendoient leur ayant manqué. Le maréchal fit publier une nouvelle amnistie; ils vinrent se soumettre; on donna des passeports pour aller à Genève à ceux qui en voulurent, et il ne resta plus que quelques petites troupes de ces révoltés dans les Hautes-Cé venues. [Ayant déjà anticipé sur l'année 1 704 pour décrire de suite ces événements, je ne puis me dispenser, pour les mettre à bout, de prendre encore sur 1705,] et je dirai que, pendant cette année, les Gamisards se réveillèrent, parce qu'on avoit retiré du Languedoc presque toutes les troupes, dont on avoit besoin ailleurs; et ils recommencèrent leurs courses du côté des Gévennes, mais avec très peu de succès; et en voici l'occasion.

L'abbé de la Bourlie^ homme de mauvaises mœurs, et que le désordre de ses affaires avoit contraint de sortir de France, s'étoit retiré en Angleterre, où il devint Fanatique par humeur ou par ambition. Il étoit bien fait de sa personne, avoit quelque naissance et quelque esprit, d'ailleurs hardi menteur; ne sachant

1. Antoine de Guiscard, abbé de la Bourlie, né en 1658, avait eu l'abbaye de Bonnecombe en 1672 ; converti au protestantisme, il passa en Angleterre et y mourut misérablement en 1711.

plus de quel bois faire flèche, il avoit entrepris de mettre le tout pour le tout pour se procurer quelque établissement à la faveur de son nom. [Il s'introduisit d'autant plus facilement en Angleterre qu'on n'étoit pas dans l'habitude d'y voir un déserteur françois, dans un pareil temps, qui portât un nom, quoiqu'on en doive excepter ceux qui étoient sorti du royaume pour cause de religion.] Celui-ci, pour colorer sa désertion, répandit à la cour d'Angleterre que, quoique né catholique, il n'avoit pas laissé de prendre de grands préjugés contre sa religion naturelle, et que, dans ces sentiments, il avoit toujours entretenu commerce avec les protestants en général et en particulier et avoit conservé avec ceux qui étoient restés en France des liaisons intimes, et notamment avec ceux du Languedoc et des provinces voisines. Il assura qu'on en verroit bientôt de bons effets pour la cause commune des Alliés et pour la religion protestante, pour peu qu'on voulût l'aider et lui en donner les moyens.

[Il débita si bien sa marchandise, et on prend si facilement des préjugés favorables pour ce qu'on désire, qu'il fut écouté. On lui donna aussitôt un régiment de dragons, de l'argent en abondance, et ce qu'il demanda d'ailleurs pour le succès du nouveau soulèvement des peuples du Languedoc et des provinces voisines qu'il méditoit. Je puis dire qu'en cela il trompa vilainement les Anglois et les HoUandois, qui ne sont pas des peuples ni des États à se servir de voies lâches et criminelles pour le bien de leurs affaires en général. Je vais donc, en m'expliquant plus intelligiblement, développer les sales intrigues et

le véritable projet de l'abbé de la Bourlie, dont je suis persuadé qu'il n'avoit découvert en Angleterre que la partie permise quand on est en guerre, qui est de soulever des peuples sous prétexte du rétablissement de leur religion, ou d'autres avantages apparents, en les secourant de troupes, d'armes, de munitions de guerre, d'argent et autres secours équipoUents. Ainsi, il est à croire que les propositions que cet homme fît à ces deux puissances ne roulèrent que là-dessus; mais, au lieu de cela, il voulut prendre un chemin qui lui paroissoit plus court et plus conforme à son génie.]

Il commença donc de s'intriguer avec le nommé Ravenel et d'autres de son parti, qui avoient accepté la dernière amnistie et étoient sortis du Languedoc sous la foi des passeports et sous promesse de n'y plus revenir. Il arrêta avec eux qu'ils se couleroient insensiblement à MontpeHier et à Nîmes, avec ce qu'ils pourroient ramasser de leurs gens, auxquels on feroit trouver des armes; qu'ils gagneroiënt dans ce pays tout autant de gens qu'ils pourroient, et que, quand tout seroit prêt, à un certain jour qu'on auroit concerté, on égorgeroit les commandants, l'intendant et autres officiers du Roi ; ensuite, ils dévoient crier : « Liberté de conscience et point d'impôts! » Ils se flattoient par ce moyen de composer un petit corps d'armée des habitants du pays, avec lequel ils marcheroient vers les côtes et y joindroient quatre mille hommes, tant Anglois que Hollandois, qui y dévoient débarquer avec des armes, des munitions de guerre, de l'argent, et l'abbé de la Bourlie, devenu colonel.

Cette pratique ne fut pas découverte d'abord ; on

eut seulement avis que les assemblées recommençoient, et, sur cela, Sa Majesté envoya le duc de Berwick, suivi de quelques troupes, en Languedoc, à la fin de mars 1705^. Il y découvrit qu'il y avoit des Gamisards cachés dans Montpellier. La giarde des portes de cette ville fut redoublée; on lui donna ordre de ne laisser sortir personne et d'en permettre l'entrée à tout le monde. Sur l'avis que reçut M. de Berwick que trois hommes se tenoient cachés chez un certain habitant, il envoya le prévôt avec ses archers pour s'en saisir. Il y en eut un de tué, qui se mit en défense ; les deux autres furent pris. On leur trouva des papiers qui firent découvrir un grand nombre de complices. L'un de ces deux hommes promit que, si on lui vouloit donner la vie, il découvriroit la maison où Ravenel et les autres chefs se tenoient cachés dans Nîmes. On l'y conduisit aussitôt, et le duc de Berwick partit avec l'intendant pour s'y rendre. Tous ces chefs y furent trouvés et pris en peu de temps avec leurs complices ; on leur fit leur procès, et ils furent brûlés ou rompus. On en compta jusqu'à trois cent cinquante qui furent exécutés. Parmi eux, il se trouva quelques banquiers qui recevoient et distribuoient les remises qui leur venoient d'Angleterre et de Hollande, et des armuriers qui préparoient des armes pour les Gamisards^. Leur projet ayant manqué, et les terribles exécutions qui le suivirent les ayant consternés, [joint à cela qu'ils

1. C'est à la fin de décembre 1704 que M. de Berwick fut désigné pour aller commander en Languedoc à la place de Villars [Dangeau, t. X, p. 212-213).

2. Voyez VHistoire des troubles des Cévennes (1760), t. III, p. 61-80.

perdirent, par l'expérience du passé, toute espérance d'être secourus, les troubles cessèrent petit à petit; le commerce et la tranquillité du Languedoc se rétablirent, et il n'y eut depuis que quelques assemblées dans les Cévennes, que Julien, maréchal de camp\ apaisa, tant par sa prudence que par la crainte des troupes qui étoient à ses ordres. Ainsi toutes choses furent rétablies dans leur premier état, ce qui subsiste encore aujourd'hui.]

[Guerre de V Empereur contre les rebelles de Hongrie. — L'Empereur, de son côté, eut aussi des troubles dans ses États, qui l'obligèrent à de grandes diversions de ses forces et l'empêchèrent pendant quelque temps de pousser la guerre contre la France et la Bavière avec tant de \ivacité; mais l'habileté de ses généraux et la fermeté de son Conseil l'en tirèrent glorieusement. Comme je n'ai traité cette affaire jusques ici que très superficiellement, j'ai cru être obligé de l'approfondir un peu davantage, et, quoiqu'elle ne soit qu'accidentellement de mon sujet, je ne laisserai pas de la prendre dès son origine ; mais je la traiterai avec le plus de brièveté qu'il me sera possible.]

[Les Hongrois de tous les temps ont été des peuples volages et fort attachés au maintien de leurs prérogatives et de leurs privilèges. La diversité de religion qui y est établie, et qui sert souvent de prétexte à leur inconstance, est cause que les grands de ce

1. Jacques de Julien, ancien protestant converti, avait d'abord été au service de Savoie, puis passa à celui de France en 1693; il était maréchal de camp depuis le commencement de 1703.

royaume, qui y sont toujours ti'ès considérés, trouvent de grandes facilités à soutenir les peuples, lorsqu'ils sont mécontents du gouvernement présent. C'est pourquoi l'Empereur et son Conseil sapent tout autant qu'ils peuvent l'autorité des seigneurs de ce royaume, qui tâchent de se relever en profitant des conjonctures. Plusieurs d'entre eux étoient fort mécontents de ce que l'Empereur s'étoit prévalu des grands avantages qu'il avoit eus contre les Turcs en la guerre dernière, et desquels ils avoient coutume de s'appuyer contre ceux qui les dominoient, joint à cela que, par ce moyen, il avoit, depuis la paix dernière, fait déclarer par la diète de Presbourg la couronne héréditaire en sa famille, d'élective qu'elle étoit auparavant, et qu'ainsi les seigneurs naturels du pays s'en trouvoient exclus. Ce puissant levain de mécontentement se tenoit caché; mais la conjoncture de la guerre avec la France touchant la succession d'Espagne, dans laquelle presque toutes les puissances de l'Europe étoient entrées, leur donnant une occasion d'autant plus favorable que les commencements n'en furent pas avantageux à l'Empereur, quelques seigneurs hongrois et quelque peuple se soulevèrent. Il arriva encore dans ce temps que le prince Ragotzi ^ se trouva à la cour de l'Empereur et fut soupçonné d'être d'intelligence avec eux. Il le fit arrêter et l'envoya prisonnier dans un château, où il étoit soigneusement gardé; mais il corrompit le commandant de la garde et se sauva en Hongrie, où il étoit puissant et fort accrédité. Il leva des troupes; les hostihtés commen-

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