François-Léopold, prince Ragotzi
1703] MÉMOraES DE SAINT-HTLAIRE. 239
cèrent, et les Mécontents coururent jusques aux portes de Vienne et firent beaucoup de désordre. L'Empereur leur opposa d'abord peu de troupes, ne pouvant faire mieux. Elles lurent presque toujours battues, et les Mécontents vinrent à un point de puissance qu'ils avoient des armées de trente à quarante mille hommes, bien soudoyés au moyen de l'argent que la France leur taisoit tenir, et se rendirent maîtres de plusieurs villes en Hongrie. Mais l'Empereur, avec ses troupes et celles de ses alliés, ayant pris en 1 704 le dessus sur la France, elle ne fut plus en état de leur fournir l'ai^gent nécessaire, tellement que l'Empereur fut dans la possibilité d'envoyer une bonne armée contre les rebelles, dont il gagna quelques-uns des principaux qui ne s'accommodoient point avec Ragotzi. Il fut défait en plusieurs combats, et ainsi, petit à petit, tout le reste de ce parti fut obligé de recourir à la clémence de l'Empereur, qui leur accorda une amnistie, dont Ragotzi se trouva exclu et obligé de se retirer en France, où il a été entretenu honorablement tant qu'il y a séjourné.]
[A présent, je viens au récit de ce qui se passa sur mer pendant la présente année 1703.]
Expéditions sur mer. — Les grands armements des Anglois et des Hollandois donnèrent bien de l'inquiétude à la France, qui appréhendoit qu'ils ne vinssent faire quelque descente sur ses côtes en faveur des révoltés du Languedoc et des autres mécontents. Elle prit ses précautions à l'avenant et répandit des milices et des troupes, commandées par des chefs principaux. Le comte de Toulouse, amiral de France, vint en Provence pour prendre soin de cette province
et faire armer jusques à vingt vaisseaux de guerre à Toulon et quelques galères, qui fut tout ce qu'on pouvoit faire en cette partie. Les amiraux ShovelP, Allmond et Wassenaer^, avec quarante vaisseaux de guerre, plusieurs frégates et quantité d'autres bâtiments, étant partis des ports d'Angleterre, passèrent le détroit ' et firent mine de vouloir faire une descente en Provence et brûler les vaisseaux de guerre qui étoient à Toulon. Le comte de Toulouse, qui ne pouvoit tenir la mer avec si peu de vaisseaux contre une si grande armée, les fit rentrer dans le port, qu'il fit fortifier d'une forte estacade, défendue par des batteries de canons et de mortiers. Il prit toutes les précautions possibles pour défendre avec utilité les autres endroits de la côte où les ennemis auroient pu faire une descente. Aussi ne se présentèrent-ils pas; ils allèrent se promener le long des côtes d'Italie et y proclamèrent l'Archiduc roi d'Espagne. Leur véritable dessein étoit d'aller à Naples y appuyer une conspiration qui étoit sur le point d'éclater et qui les auroit rendus maîtres de ce royaume; mais, comme elle fut découverte à temps et les chefs punis ou mis en fuite, il n'y eut plus rien à faire; ils vinrent mouiller à la rade de Livourne, où ils se sépgu'èrent peu de temps après. Les Anglois s'en retournèrent en leur pays, et les Hollandois prirent la route de Lisbonne^.
1. Clowdisley Shovell, né en 1650, était amiral de l'escadre blanche depuis 1701; il périt dans un naufrage aux îles Scilly en 1707.
2. Jean, baron de Wassenaer, vice-amiral en 1703, mort le 29 octobre 1723.