‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 2)Chapitre 9 sur 128 · Mémoires de Saint-Simon, t. VI, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Saint-Simon, t. VI, p

ture de cette principauté en cette conséquence. Il lui fut répondu qu'ils l'avoient déjà donnée à M"^ de Nemours, qui en étoit en possession comme héritière légitime du sang, et que, leur État étant souverain et inaliénable, le parlement de Paris n'avoit pu ni dû en disposer, et se tinrent ferme à cette réponse. Nonobstant icelle, Mgr le prince de Conti, peut-être en cela mal conseillé, ou bien s'y trouvant engagé par une puissance supérieure, comme aucuns l'ont voulu dire, prit le parti de se rendre à Neuchàtel en personne, où il fut reçu avec tout le respect dû à sa haute naissance et à son rare mérite, et y demanda d'abord une assemblée des États pour connoitre son droit, ce qui lui fut refusé. Comme il étoit suivi de près par quelques troupes de Sa Majesté qui avoient filé vers la Franche-Comté, et comme le Roi demandoit fortement la décision de cette affaire, ayant pourtant déclaré qu'il vouloit être impartial, ceux de Neuchàtel jugèrent par cette demande qu'il inclinoit fort en faveur de M. le prince de Conti, et désiroit d'être satisfait. Mais la jalousie qu'ils eurent de leur souveraineté, et d'autres raisons par rapport à leur religion et à leur liberté les firent passer pardessus ces considérations; et, pour se garantir de la force, ils demandèrent aux Suisses, et plus particulièrement à ceux de Berne, le secours qu'ils leur dévoient donner comme combourgeois et en vertu de leur alliance. Ceux-ci envoyèrent d'abord deux cents hommes, qui entrèrent dans le château de Neuchàtel, et assemblèrent quelques mihces, tellement que cette affaire se préparoit à avoir de grandes suites.]

[Cependant Mgr le prince de Conti se tenoit toujours à Neuchàtel, où, à force de caresses, de libéral i-

tés et de bonne chère, on lui gagna environ quatrevingts personnes de cette principauté, dont aucuns avoient servi ou servoient dans les troupes suisses à la solde de la France. Ils signèrent un acte par lequel ils demandoient une assemblée pour connoître et décider du droit de ce prince, et des seigneurs françois qui étoient fondés sur celui de M'"'' de Nemours et qui avoient envoyé leurs députés. Cette princesse, étant avertie de ce qui se passoit, demanda permission à Sa Majesté de se rendre à Neuchâtel pour la défense de ses droits, et elle lui fut accordée, sous condition de n'en venir à aucune voie de fait. Cette princesse, y étant arrivée, y fut reçue en véritable souveraine, et par sa présence ranima fort ceux de son parti, qui étoit le plus considérable*. Il courut alors quantité d'écrits et de mémoires de part et d'autre, qui aigrissoient fort cette affaire, et au point que les cantons suisses, puissamment sollicités par les vives instances de l'ambassadeur de France près d'eux et par les lettres de Mgr le prince de Conti, qui offroit de s'en rapporter aux cantons, se portèrent à former une espèce d'assemblée, en un bourg du canton de Berne, appelé Longthal, pour apporter quelque tempérament, mais il n'en fut pas besoin; car, sur ces entrefaites, le roi d'Angleterre intervint et envoya ordre à son ambassadeur à la cour de France d'y représenter de sa part que, quoiqu'il eût des prétentions légitimes sur la principauté de Neuchâtel, il avoit bien voulu n'en point disputer la jouissance à M""^ de Nemours, sa vie durant, et que, cet

1. Voyez ce que disent à ce sujet les Mémoires de Saint- Simon, t. VI, p. 105-108 et 205-206, et le commentaire qui y est joint.

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État étant mentionné dans le dernier traité de paix, il avoit lieu d'espérer que Sa Majesté trouveroit bon de donner ses ordres pour la surséance de cette affaire jusques après le décès de cette duchesse, auquel temps il soumettroit ses prétentions au jugement des États de cette principauté et n'empêcheroit pas que les autres prétendants n'y vinssent poursuivre leurs droits. Ce prince donna aussi ordre en même temps à l'envoyé qu'il tenoit en Suisse de se rendre incessamment à Neuchàtel, et il déli\Ta à Mgr le prince de Conti, à M"^^ de Nemours et aux Messieurs de la régence des mémoires dont la substance étoit à peu près pareille.]

[Mgr le prince de Conti reçut fort civilement cet envoyé et lui fit l'honneur de le faire manger avec lui ; mais différa de répondre, jusques à ce qu'il eût informé le Roi. Il ne tarda guère à recevoir cette permission, ce qu'il fit par un autre mémoire à peu près en ces termes : que n'ayant pas encore connoissance des divers points contenus dans celui qui lui avoit été présenté, il n'avoit pas été en état d'y répondre plus tôt et sans avoir reçu préalablement les instructions de la cour de France ; que cependant Son Altesse Sérénissime n'avoit pas cru préjudiciable à ses droits de différer encore quelque temps, par respect pour Sa Majesté Britannique, les procédures commencées à Neuchàtel pour faire valoir ses justes droits sur cette souveraineté; que, Son Altesse Sérénissime ayant reçu un courrier du Roi avec ordre de lui de se rendre près de sa personne, elle avoit jugé à propos de dire, en répondant au mémoire, qu'elle ne pouvoit croire que, si Sa Majesté Britannique étoit bien informée de ses justes droits, elle voulût s'opposer aux procédures

commencées pour en voir une décision, Son Altesse Sérénissime se réservant d'en notifier à Sa Majesté Britannique les pièces et preuves évidentes, déclarant qu'elle ne prétendoit pas que cette surséance de poursuites lui pût préjudicier en aucune manière à l'avenir, ni autoriser la possession de M""* de Nemours, dont Son Altesse Sérénissime protestoit dans toutes les formes, tant pour les revenus que pour la propriété.]

[Ainsi cette affaire demeura sursise, et Mgr le prince de Gonti et M™^ de Nemours s'en revinrent en France ; mais cette princesse n'en fut pas quitte pour la peur qu'elle avoit eue de perdre la principauté de Neuchâtel ; car, immédiatement après son retour, Mgr le prince de Gonti la poursuivit en exécution de son arrêt touchant les biens de la maison de Longueville situés en France, dont M. l'abbé d'Orléans avoit pu tester ' . ]

[Par ressentiment, elle maria le chevalier de Soissons, homme de peu de mérite et bâtard de la maison de Soissons-Bourbon, avec M"^ de Montmorency- Luxembourg-, lui fit prendre le nom de prince de Neuchàtel et lui donna par contrat de mariage tout ce qu'elle put de ses biens. A quelque temps de là, elle fut reléguée dans sa maison de Goulomniers, où elle a demeuré deux ou trois ans^. Beaucoup de gens crurent que Mgr le prince de Gonti eut grand part à cet exil ;

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