Cette ville est située au sud de Castello-do-Vide
il y avoit deux bataillons portugais et un anglois. Cette place ayant été battue quatre ou cinq jours, la muraille se trouva prête à tomber. Le gouverneur, qui ne vouloit pas attendre la dernière extrémité, fit battre la chamade, et on convint que lui et sa garnison se rendroient à discrétion; mais le colonel anglois, n'étant pas content de cette capitulation, cria à ses soldats de prendre leurs armes, et se retira dans le château, qui étoit gardé par quelques Portugais qu'ils en chassèrent ; mais ceux-ci, ayant trouvé moyen, avant de sortir, de jeter les poudres dans les puits, les gâtèrent tellement que les Anglois se trouvèrent sans munitions, et que leur colonel, après avoir bien disputé, se rendit le surlendemain prisonnier de guerre avec sa garnison.
Pendant ce siège, le marquis das Minas, général portugais, avec un petit corps de sa nation, s'étoit venu camper sous Penamacor^ Il se posta entre cette ville et une petite rivière qu'il mit devant lui, faisant mine de vouloir secourir cette place ; ce qui fut cause que le roi d'Espagne rassembla beaucoup de troupes devant Gastello-do-Vide pour assurer ce siège.
On envoya aussi des détachements pour se saisir de Montai vao, de la ville et du château de Marvao-, où il n'y avoit que deux compagnies portugaises, mais qui ne laissoient pas de couper la communication avec Valencia, dont on tiroit presque toute la subsistance
1. Petite ville de Beira, entre deux petits affluents de droite du Tage.
2. Montalvao est au nord de Castello-do-Vide, tandis que Marvao est entre cette ville et Valencia-de-Alcantara, ville frontière de l'Estremadure espagnole, dont il va être parlé ci-après.
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de l'armée. Ces deux villes se rendirent à la première sommation, sans qu'il y eût un seul coup de tiré.
Toutes ces expéditions ne coûtèrent que deux ou trois cents hommes au roi d'Espagne, parmi lesquels il y eut quelques bas officiers et deux ingénieurs; mais, les grandes chaleurs étant arrivées, il partit de l'ai^née le r' juillet, et s'en retourna à Madrid, après avoir donné ses ordres pour la démolition de ses conquêtes, à l'exception de Salvaterra et de Marvao, et pour l'évacuation de l'artillerie et des munitions de guerre, qui furent voiturées en Espagne. Le marquis de Villadarias fut chargé de cette commission.
Le duc de Berwick mena les troupes françoises prendre leurs quartiers de rafraîchissement du côté de Valencia, et les Espagnols, partie sur la frontière de Portugal qui regarde l'Espagne, et l'autre sur celle de ce royaume qui lui est opposée; mais, quelques jours avant l'exécution de cette disposition, il se passa une petite action qui ne fut pas favorable aux Espagnols, Je vais m'expliquer davantage.
Le marquis das Minas ayant marché vers les frontières d'Espagne avec son petit corps d'armée, sur les assurances que l' Amirauté avoit données que, sitôt que ces troupes s'y montreroient, les grands et les peuples se soulèveroient contre le nouveau gouvernement, et que presque toute la cavalerie espagnole le viendroit joindre, ce qui n'arriva pourtant pas, ce général se rendit maître seulement de Guinaldo^ situé à quatre lieues de Ciudad-Rodrigo. De là, il vint attaquer Mon-
1. Fuente-Guinaldo, sur les derniers contreforts de la sierra de Gâta, dans la province de Salamanque.
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santo', qu'il prit, à la faveur des habitants. Il n'en fut pas de même du château, où il y a voit une petite garnison françoise, qui se défendit si bien, qu'elle donna occasion à une petite action. Don Pedro Ronquillo^, que le roi d'Espagne avoit laissé près de Castello-do- Vide, avec cinq bataillons et environ quinze escadrons, eut envie de secourir cette garnison. Il manda au marquis de Richebourg^ de le venir joindre à la droite de Idonha-Nueva^, avec environ deux mille hommes qui étoient à ses ordres; mais, par un contre-temps qui survint, ce marquis ne le put à point nommé. Cependant, le général portugais rassembla toutes ses troupes et marcha à lui. Sur cette nouvelle, M. de Joffreville, maréchal de camp, alla le reconnoitre avec de la cavalerie, et le trouva à une demi-lieue de là. S' étant mis en devoir de le charger, il fit ouvrir sa ligne de cavalerie à droite et à gauche, et fit occuper cet intervalle par seize bons bataillons, qui s'étoient tenus jusque-là cachés derrière cette ligne. Alors les Portugais firent un mouvement en avant; les Espagnols se retirèrent vers un défilé, qu'ils ne purent passer avec assez d'ordre et de diligence pour n'être point chargés à leur arrière-garde; elle fut mise un
1. Ou plutôt Monsagro, petite ville des montagnes, au sudest de Ciudad-Rodrigo.
2. Pedro Ronquillo était corrégidor de Madrid et capitaine général des armées; il mourut en 1719.
3. Guillaume de Melun-Espinoy, marquis de Richebourg, fit toute sa carrière en Espagne, où il devint vice-roi de Galice et colonel des gardes wallonnes; il mourut en 1735.
4. Saint-Hilaire veut peut-être parler de Aldeanueva-de- Yeltes, petite localité à quelques lieues à l'est de Ciudad- Rodrigo.
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peu en désordre. Les Espagnols y perdirent environ trois cents hommes: et, pour surcroit de malheur, il arriva que les cinq bataillons qui étoient restés au camp eurent nouvelle que toute leur cavalerie avoit été défaite, et qu'ils se débandèrent sur ce faux a\is, tellement que cette cavalerie espagnole, ne trouvant plus d'infanterie au camp, fut obligée de passer outre. Il y a grande apparence qu'elle n'en auroit pas été quitte à si bon marché, si les Portugais a voient eu avis de ce qui venoit d'arriver, et eussent passé promptement le défilé pour sui\Te les Espagnols. Après cette action, les Portugais allèrent prendre des quartiers de rafraîchissement, où ils ne restèrent pas longtemps, comme on le verra bientôt. A présent, je viens à ce qui se passa du côté de Barcelone et de Gibraltar.
Entreprise du prince de Darmstadt sur Barcelone, qu'il manque. — Le prince de Hesse-Darmstadt, qui avoit été vice-roi de Catalogne pour Philippe IV* pendant la précédente guerre, et qui avoit défendu cette première place avec beaucoup de valeur et de réputation, et la connoissoit parfaitement, et même y avoit conservé de fortes intelligences, fut averti qu'il n'y avoit pour toute garnison que treize cents hommes de pied et cent cinquante chevaux. Il concerta avec quelques-uns des principaux habitants que, lorsqu'il paroîtroit devant cette place, ils feroient soulever le peuple, qui est nombreux dans cette grande ville, [et grand amateur de nouveautés,] et qu'on lui livreroit une porte. Cette partie étant liée, l'amiral Rooke alla croiser avec une forte escadre, et prit deux galions et