Avesnes-le-Sec est un village au sud-est de Bouchain
2. Le texte de cette suspension d'armes est donné dans V Histoire militaire de Quincy, t. VII, p. 60-61.
1712] MÉMOIKES DE S AINT-HILAIRE . 27
Les Anglois 'prennent possession de Dimkerqiie en attendant la paix et la démolition des fortifications qui fut stipulée. — Quinze vaisseaux de guerre anglois, avec plusieurs bâtiments de transport, sur lesquels il y a voit cinq mille hommes, sous le général Hill, ne tardèrent pas d'arriver à Dunkerque, où ils débarquèrent et prirent possession de la ville et de la citadelle. Le comte de Lomont^ qui y commandoit, en sortit avec la gai^nison, qui s'en alla à Bergues-Saint- Winocq^ ; mais la marine et les vaisseaux du Roi, avec les galères, restèrent toujours à Dunkerque, où les magistrats continuèrent leurs fonctions.
Le prince Eugène se dispose pour faire le siège de Landrecies. — Le prince Eugène, qui se trouva délivré de l'inquiétude où les Anglois l'avoient tenu, s'approcha de Landrecies et posta avantageusement son armée pour faire tête à la nôtre et se conserver la communication avec Denain sur l'Escaut, où il avoit mis le comte d'Albemarle, avec dix-huit bataillons retranchés et un corps de cavalerie, pour faciliter le passage des convois qui venoient de Marchiennes^ à l'armée entre une double ligne [fortifiée, depuis Marchiennes jusqu'à Denain, d'où ils les passoient à leur armée]. Ils appeloient cette double ligne le Chemin de Paris ^. Effectivement, s'ils avoient pris Landrecies, il
1. Florent du Châtelet, comte de Lomont, était lieutenant général depuis 1702.
2. Bergues ou Bergues-Saint-Winocq était une petite place forte à deux lieues au sud de Dunkerque.
3. Marchiennes est un gros bourg sur la Scarpe entre Douay et Saint-Amand.
4. Cette double ligne, établie entre Marchiennes sur la Scarpe et Denain sur l'Escaut, avait été faite pour protéger les convois, d'une part contre les incursions des partis de l'armée
n'y avoit plus de place qui les arrêtât, que le château de Guise, en mauvais état*, qui ne les auroit pas occupés deux jours. C'étoit là leur grand projet, qui auroit changé toute la face des affaires. Ce prince, se persuadant que le maréchal de Villars, en connoissant toute la conséquence, mettroit tout en usage pour l'en empêcher, fit parfaitement retrancher toutes les avenues de son armée et son front de bandière. Le prince d'Anhalt se retrancha aussi devant Landrecies.
Bataille de Denain^. — Cependant le maréchal, s'appliquant à dérober son véritable dessein au prince Eugène par des mouvements qui le trompèrent en efPet, envoya ses gros équipages sous Saint-Quentin, passa l'Escaut au-dessus et au-dessous de Gambray, et, traversant le lendemain le ruisseau de l'Escouvette^, alla camper dans une petite plaine qu'on y trouve, sur quatre lignes. Le lendemain, dès la pointe du jour, son armée marcha sur sept colonnes, étendant sa
française qui tenaient le pays vers Cambray et Bouchain, et d'autre part contre celles de la garnison de Yalenciennes, commandée par le prince de Tingry.
1. Ce château, dont les fortifications dataient du xvi* siècle, n'avait point été rerais en état par les ingénieurs de l'école de Vauban.
2. Les récits de la bataille de Denain et des mouvements qui la précédèrent sont très nombreux. Le capitaine Sautai a donné, ces années dernières, sous le titre : la Manœuvre de Denain, un exposé très complet des diverses phases de l'événement. Pour les relations contemporaines, on peut consulter particulièrement les Mémoires de Villars, t. III, p. 154-158, ceux du chevalier de Quincy, témoin oculaire, t. III, p. 136-163, le Journal de Dangeau, t. XIV', p. 190-192, les Mémoires de Sourches, t. XIII, p. 456-458, et les correspondances de la Gazette et de la Gazette d'Amsterdam.
3. Petit torrent qui sort des bois d'Esne et va se jeter dans l'Escaut à Crèvecœur.
gauche vers Cambray et sa droite vers Landrecies. Et le lendemain à midi, elle passa la Selle S près le Cateau-Cambrésis, et vint camper à la vue de l'ennemi, sa droite à la Sambre [\is-à-vis de l'abbaye de Fesmy'], et sa gauche se prolongeant jusqu'à la Selle, au même endroit où il avoit passé cette rivière^.
Les ennemis appuyoient par leur gauche les troupes destinées pour faire le siège de Landrecies, qui étoient dans les retranchements au delà de la Sambre [au-dessous de Landrecies], contre l'abbaye de Maroilles^, [où leurs retranchements de la gauche aboutissoient, et la droite des retranchements aussi à la Sambre, au-dessus de Landrecies, vis-à-vis le village d'Ors ^.]
Le prince Eugène, [convaincu qu'on vouloit secourir Landrecies à quelque prix que ce fût, fit travailler toute la nuit à augmenter et à fortifier ses retranchements, et se confirma dans cette croyance lorsqu'on l'avertit] qu'un gros corps de nos troupes, ayant passé la Sambre [vis-à-vis Fesmy], paroissoit [devant leurs retranchements de Landrecies]. En effet, le comte de Coigny, qui le commandoit, [passa la Sambre avec trente escadrons, la plupart dragons, et,] s'étant avancé jusqu'à une demi-Heue du retranchement des assiégeants, faisoit toutes les démonstrations comme si on eût dû les attaquer cette même nuit^.