‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 3)Chapitre 14 sur 96 · Ce village est entre Landrecies et le Cateau · texte numérisé non relu

Ce village est entre Landrecies et le Cateau

6. Voyez les Mémoires du chevalier de Quincy , t. III, p. 142.

Ce manège obligea le prince de tirer à lui ses troupes de l'aile droite, qui s'étendoit vers l'Escaut jusque près le village de Querenaing*, pour tenir la communication avec les retranchements de Denain, et remplacer les vides que la retraite des troupes angloises avoit laissés dans la ligne et renforcer la droite. Le maréchal de Villars, dans la joie de son cœur de lui voir prendre ces fausses mesures selon lui, le fortifia dans son erreur, en disant le soir, à l'ordre, que la retraite serviroit de signal pour aller à l'ennemi, ne doutant pas que le prince n'en fût bientôt averti par les espions qu'il avoit dans notre armée. Mais au lieu de cela, il fit partir dès le soir même le marquis de Vieuxpont^, lieutenant général, avec trente bataillons, une brigade d'artillerie et des bateaux [de cuivre^], pour aller faire faire des ponts sur l'Escaut, entre Bouchain et Denain, [vis-à-vis les villages d'Hauterive et de Neuville^.] Il eut la précaution, pour empêcher que sa marche ne fût découverte par les ennemis, d'envoyer tous les housards battre les plaines entre Gambray, Bouchain et leur armée, et empêcher qu'aucun ne pût passer à eux pour leur donner des nouvelles. Le comte de Broglio, avec sa

1. Querenaing est un village du canton moderne de Valenciennes, entre le Quesnoy et Denain. Le manuscrit porte Kereim, forme reproduite par l'édition de 1766.

2. Guillaume-Alexandre, marquis de Vieux-Pont, avait été fait maréchal de camp en 1704, après la bataille d'Hochstedt, et lieutenant général en 1710.

3. Les pontons qui servaient aux équipages de ponts étaient en cuivre.

4. Neuville-sur-Escaut est entre Bouchain et Denain, mais il n'y a dans le voisinage aucune localité du nom d'Hauterive; notre auteur est d'ailleurs seul à en faire mention.

réserve, étoit chargé de couvrir la marche de l'infanterie et de border tous les passages de la Selle, afin qu'aucun avis ne passât à l'ennemi. Trente autres bataillons sous Albergotti, avec quarante escadrons, suivirent de près le premier détachement, puis toute l'armée, et le comte de Coigny, qui avoit eu ordre de se retirer de devant les retranchements des ennemis de Landrecies et de repasser la Sambre, fut chargé de faire l' arrière-garde avec ses troupes. Cette marche nocturne de l'armée se fit sans aucune traverse. Les ponts sur l'Escaut furent construits avec une diligence extrême et sans être reconnus par les Impériaux, on peut dire par la faute du comte d'Albemarle, qui ne tenoit ni partis, ni batteurs d'estrade de ce côté-là, quoique fort près de son camp, et ne s'opposa point au passage, quoiqu'il l'eût pu faire avec avantage, la rive de l'Escaut de son côté étant fort spongieuse et très difficile à traverser à un grand corps de troupes ; tellement qu'il auroit fallu peut-être se réduire à se servir seulement d'un chemin de charroi soHde, qui aboutissoit au village d'Hauterive et Neuville, par lesquels il auroit fallu défiler avec lenteur, en cas que le comte d'Albemarle, étant averti à temps, eût envoyé au débouché d'icelui la cavalerie, qui consistoit en quinze ou vingt escadrons, avec lesquels il auroit vraisemblablement pu disputer le terrain et donner le temps à l'armée du prince d'arriver pour lui prêter la main. Après cette courte réflexion, bonne ou mauvaise, je dirai que Vieuxpont, ayant achevé ses ponts, passa la rivière et le défilé diligemment avec ses troupes, et, sans aucune opposition, les mit en bataille au delà. 11 en passa encore d'autres avec les maréchaux de Villars et de Montesquieu.

Le prince Eugène, averti de la marche de notre armée sur Denain, y accourut vite, en retira la cavalerie, qui devenoit inutile à la défense des retranchements, et y ayant donné tous les ordres nécessaires pour la défense dans cette extrémité, il repassa l'Escaut et se tint sur une hauteur d'où il envoyoit aide de camp sur aide de camp pour dihgenter la marche de son armée.

Cependant, le maréchal de Villars reconnoissoit et envoyoit reconnoître la double ligne des ennemis, au moyen de laquelle ils se communiquoient avec Marchiennes et leur retranchement, qui se trouva trop grand et trop spacieux pour être bien défendu par les dix-huit bataillons qui en étoient chargés; on trouva même qu'il étoit construit avec peu de précaution.

Le maréchal, qui avoit envoyé ordre au prince de Tingry dé sortir de Valenciennes avec la meilleure partie de sa garnison et de venir occuper les hauteurs d'Hurtebise, donnoit encore plus d'inquiétude aux ennemis qui le voyoient.

Enfin, le maréchal ayant fait toutes les dispositions pour l'attaque de la hgne et des retranchements, on commença par la première, qui fut forcée après une légère résistance. On trouva dedans un convoi de cinq cents charriots chargés de pain, sous une escorte de cinq cents chevaux et de six cents hommes de pied. Le convoi fut pris et l'escorte faite prisonnière de guerre; ensuite, le retranchement*, qui se prolongeoit dans la campagne, fut attaqué en tête et par les flancs. Nos troupes essuyèrent, à demi portée de fusil, sans

1. C'est le retranchement de la ville même de Denain dont Saint-Hilaire veut parler; son récit manque un peu de clarté.

tirer, un assez long feu de canon et trois déchai^ges de mousqueterie, sans qu'aucun soldat branlât; les piquets et les grenadiers, soutenus des bataillons, se jetèrent dans le fossé, qui se trouva si mauvais qu'on n'eut pas besoin de le combler avec des fascines. Il et oit encore plus mauvais par les flancs, aussi bien que le retranchement. La cavalerie l'éboula facilement et entra dedans. Alors les bataillons ennemis qui défendoient la tête de l'ouvrage, se voyant pris par les flancs, ne firent plus de résistance et abandonnèrent leur terrain pour se sauver par l'unique pont de Denain au delà de l'Escaut, les ennemis n'ayant pas eu la précaution d'en jeter d'autres sur cette rivière. Encore se trouva-t-il si mauvais qu'il se rompit, étant surchargé de monde et d'équipages, et, comme ils étoient poursuivis chaudement, tout ce qui n'avoit pu échapper au feu et à l'épée fut noyé ou pris prisonnier. Le comte d'Albemarle, leur général, fut du nombre des derniers, avec plusieurs princes et officiers généraux*.

Le combat étant fini, Albergotti, lieutenant général, et le marquis de Nangis, maréchal de camp, allèrent s'emparer du pont du village de Prouvy^, hors des retranchements, près de Denain, que les ennemis gardoient avec une redoute qu'ils y avoient construite, ce qui fut une précaution très utile, en ce qu'on aperçut au delà de l'Escaut les colonnes de l'armée du prince Eugène, qui, posté sur une hauteur en les attendant, avoit été spectateur du combat de Denain. Dès qu'il vit arriver son armée, il voulut se ressaisir

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