‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 3)Chapitre 15 sur 96 · Prouvy est sur l'Escaut, en aval de Denain · texte numérisé non relu

Prouvy est sur l'Escaut, en aval de Denain

de la redoute du pont de Prouvy, tant il étoit irrité de sa disgrâce et incapable de se rebuter par les obstacles. Il ne s'étonna point du péril qu'il y avoit d'attaquer un poste défendu par l'armée de France et l'Escaut, bordé de beaucoup d'infanterie. Mais les députés des États-Généraux qui l'accompagnoient, plus prudents que lui en cette occasion, lui représentèrent que c' étoit exposer visiblement l'armée à une défaite totale, qui les auroit livrés à la discrétion de la France, dans un temps qu'on travailloit à la paix. Mais il parut à plusieurs qu'il y eut un coup très important à faire, qu'il manqua faute d'être averti à temps de notre marche : c'étoit de faire attaquer en deçà de la Selle la partie de notre armée qui n'auroit pas pu encore la passer, [à quoi il auroit eu un succès certain et favorable, à en juger par toutes sortes d'apparences.] Mais le retour de la bonne fortune à la France ne permit pas qu'il prît le parti de nous suivre pendant une marche si périlleuse et de nous attendre au passage de la Selle ou de l'Escaut. Il préféra prendre Landrecies brusquement, cette petite place, [qui n'est pas bonne,] se trouvant alors la clef de la France, d'où il auroit au moins répandu la terreur dans la Picardie, la Champagne et même jusqu'à Paris et au delà, dont on auroit bien eu de la peine de le chasser. Ainsi, dans cette pensée flatteuse d'une vengeance éclatante de l'affront qu'il venoit de recevoir et de trouver une abondance de vivres dans des provinces toutes neuves, il ramena son armée en son vieux camp, dans la résolution de prendre Landrecies.

Le maréchal fait attaquer Mar chiennes et le prend. — Mais il n'avoit pas compté avec le maréchal, qui ne

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perdit pas un moment à faire attaquer Marchiennes, petite ville mal fortifiée, sur la Scarpe, où ils avoient tous leurs vivres, une bonne partie de leur grosse artillerie et de leurs munitions de guerre, qui y arrivoient de Hollande par eau^. Ainsi l'armée du prince manqua de \ivres dans peu de jours, principalement dans son camp devant Landrecies. La désertion s'y mit, et il se vit contraint de lever le siège. Cependant, le maréchal prit brusquement Marchiennes, sans qu'il le pût sauver, avec cinquante à soixante pièces de canon, quantité de munitions de guerre et tous les vivres de l'armée, qui y étoient gardés par une garnison de six ou sept bataillons et trois escadrons qui servoient aux escortes. Tout cela fut fait prisonnier de guerre. On prit encore quelques grosses pièces d'artillerie dans des bateaux à Saint-Amand et la garnison qui gardoit ce poste 2; [on noya tous ceux qu'ils occupoient dans des abbayes et châteaux, le long de la Scarpe.]

Le maréchal de Villars fait investir Douay. Le général Hompesch, qui y étoit gouverneur, se jette dedans avec quatre bataillons. — Ces deux expéditions ayant fait tourner la fortune de notre côté, le maréchal fit investir Douay, où il y avoit très peu de monde ^ ; mais le général Hompesch, qui en étoit gouverneur, y suppléa en se jetant dedans avec quatre bataillons qu'il ramassa dans les postes et places les plus voisines. On a dit que, si on avoit bien pensé et

1. C'est le comte de Broglie qui, envoyé par le maréchal, s'empara de Marchiennes par capitulation dès le lendemain de la bataille, 25 juillet.

2. Saint- Amand-les-Eaux fut enlevé par Albergotti le 26 juillet.

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