‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 3)Chapitre 27 sur 96 · Au sens de précises, déterminées · texte numérisé non relu

Au sens de précises, déterminées

muiliqueroit ; il étoit partagé en deux factions, dont l'une vouloit la paix et l'autre, animée par les amis de l'Autriche, ne vouloit point se désister de l'évacuation totale de la monarchie espagnole. Tousavoient de l'impatience pour savoir ce qui résulteroit de tant de secrètes négociations. Le comte de Strafford, embarrassé d'être le seul d'entre les ministres des Alliés qui ne demandât pas cette résolution, étoit allé à Londres pour chercher lui-même le remède [aux jalousies que causoit une réflexion si aisée à faire et] à la répugnance qu'il trouvoit dans les autres ministres, [qui refusoient de trouver une satisfaction suffisante dans les offres dont l'Angleterre se contentoit.] La renonciation de Philippe V à la couronne de France et la cession immédiate de la ville de Dunkerque étoient devenues les deux points dont la paix dépendoit.

La France, en les acceptant, étoit sûre de l'Angleterre. Ce que le plénipotentiaire de cette couronne rapporta de son voyage se réduisit à ceci que, si, à son retour, il trouvoit les Hollandois plus traitables qu'ils n'avoient été jusqu'alors, la reine feroit son possible afin d'obtenir pour eux une cessation d'armes et une paix aux conditions les plus favorables, sinon qu'il leur déclarât que la reine se croyoit dégagée envers eux.

Une querelle survenue entre les laquais du sieur Mesnager, un des plénipotentiaires de France, et ceux du comte de Rechteren, plénipotentiaire des Provinces- Unies*, troubla les conférences pendant quelque temps. Ce dernier se plaignit que ses domestiques avoient été

1. Adolphe-Henri, comte de Rechteren, était président des Etats de la province d'Over-Yssel.

insultés; l'autre, ayant examiné les siens, trouva au contraire qu'ils n'étoient point les agresseurs et refusa de les livrer selon les articles convenus pour le bon ordre. Les laquais du comte de Rechteren, s'étant jetés sur ceux de l'ambassadeur de France, qui étoient au Mail, les maltraitèrent et donnèrent occasion à une violente querelle entre leurs maîtres qui étoient ensemble. Le Roi, informé par ses plénipotentiaires, leur commanda d'interrompre les conférences jusques à ce que les États-Généraux eussent réparé l'insulte faite à Sa Majesté en la personne de son ministre.

Le 5 septembre, les plénipotentiaires de France représentèrent cet ordre et demandèrent que, pour satisfaction publique, tous les autres plénipotentiaires des Provinces-Unies se rendissent chez l'un des plénipotentiaires de France, où ils étoient tous trois; que ces Messieurs les assureroient au nom de leurs maîtres que jamais le comte de Rechteren n'avoit reçu un ordre qui pût autoriser sa conduite, qu'ils la désapprouvoient et seroient très fâchés que Sa Majesté pût croire qu'ils eussent intention de lui manquer de respect. Ils déclarèrent de plus que le Roi prétendoit que le comte de Rechteren fût rappelé et qu'on nommât un autre plénipotentiaire à sa place.

L'accusé se pourvut de plusieurs certificats pour se justifier ; cependant, il témoigna qu'il seroit fâché que ses intérêts servissent d'obstacle à la paix et remit sa commission de plénipotentiaire entre les mains de leurs Hautes Puissances. Toutes les pièces justificatives de ce comte furent envoyées aux plénipotentiaires de la Grande-Bretagne, par le canal desquels on avoit reçu celles des ministres de France. Les États-Généraux les firent remercier de leur médiation et don-

nèrent ordre à leurs plénipotentiaires de déclarer de leur part que, les affaires se trouvant dans un tel état, ils ne croyoient pas nécessaire de juger du droit ou du tort ; que leurs Hautes Puissances n'avoient jamais eu aucun avis de cette querelle avant d'avoir reçu la lettre des plénipotentiaires qui leur racontoient le fait, [bien loin d'en avoir donné l'ordre; qu'elles désavouoient tout ce qui avoit été fait sur ce sujet à leur insu et sans leurs ordres;] qu'elles auroient souhaité que cette affaire n'eût point été mise en train, ni portée devant Sa Majesté; que, quoiqu'elles eussent le malheur d'être en guerre avec le Roi, elles se persuadoient que Sa Majesté leur feroit la justice de croire qu'elles n'avoient jamais perdu le respect ni la haute estime qu'une république doit à un grand roi ; que le comte de Rechteren ne seroit plus employé comme plénipotentiaire aux conférences et qu'on délibéreroit, selon la coutume du gouvernement, pour lui nommer un successeur. Ainsi se termina cette affaire, où l'on soupçonna la France d'avoir poussé les choses un peu loin pour donner au maréchal de Villars le temps d'achever une campagne qui rendroit meilleures les conditions du Roi Très Chrétien ^

Année 17 i3, ii avril. — Signature des traités de paix entre la France, l'Angleterre, la Hollande, le Portugal, la Prusse et la Savoie. — [Pour n'en pas faire à deux fois, je vais anticiper sur l'année 1713 mon récit de ce qui s'est passé au congrès d'Utrecht jusques à la

1. Cette affaire dura, en effet, plusieurs semaines et donna lieu à des mémoires, facturas, enquêtes, etc., départ et d'autre. Lamberty en a inséré une partie dans son recueil, t. VII, p. 195-215.

fin définitive de la paix qui y fut conclue, comme on va le voir.] Les difficultés, [qui étoient survenues par les intérêts des princes et États,] se trouvant assez applanies vers le 11 avril 1713, les traités de paix furent signés entre la France, l'Angleterre, la Hollande, le Portugal, la Prusse et la Savoie.

Traité de paix entre la France et l'Angleterre ^ . — Par le traité avec l'Angleterre, le Roi reconnut la succession au royaume de la Grande-Bretagne, ainsi qu'elle est réglée par les lois faites sous le règne de Guillaume III et sous celui de la reine Anne, en faveur de la princesse Sophie, douairière de Brunswick- Hanovre^, et de ses héritiers dans la ligne protestante ; il confirma les renonciations du roi d'Espagne et de ses descendants à la couronne de France, et des ducs de Berry et d'Orléans à la couronne d'Espagne. Il consentoit que Dunkerque seroit rasé, le port comblé, les écluses ruinées, cinq mois après que la paix seroit signée, à condition cependant que cette démolition ne commenceroit qu'après que le Roi Très Chrétien seroit mis en possession du dédommagement accordé pour cette perte. Il cédoit à la reine et à la couronne de la Grande-Bretagne la baie et le détroit de Hudson, avec

1. Le texte du traité avec l'Angleterre a été publié en dernier lieu d'après les instruments originaux par H. Vast, les Grands traités du règne de Louis XIV, t. III, p. 68-86.

2. Sophie, fille de l'électeur Palatin Frédéric V et d'une fille de Jacques P', roi d'Angleterre, avait épousé, en 1658, Ernest- Auguste de Brunswick-Zell, duc de Hanovre en 1680. Une loi du parlement anglais du 23 mars 1701 l'avait appelée à la couronne comme la plus proche héritière de la reine Anne en ligne protestante. Elle mourut le 8 juin 1714, et ce fut son fils Georges-Louis qui hérita de ses droits et devint roi d'Angleterre la même année.

toutes ses terres, mers, fleuves, rivages et lieux qui en dépendent, l'île de Saint-Christophe, la Nouvelle- Ecosse, autrement dite l'Acadie, et la ville de Port- Royal, à présent nommée Annapolis-Royale, et l'île de Terre-Neuve; il promettoit de remettre à la reine la ville et le fort de Plaisance; mais l'île du Cap-Breton^ et toutes les autres situées dans l'embouchure et le golfe du Saint-Laurent dévoient appartenir à la France ; le roi de Suède, les villes hanséatiques, le grand-duc de Toscane, la république de Gênes et le duc de Parme étoient compris dans ce traité.

Entre la France et les Hollandois^. — Celui avec les Provinces -Unies leur remettoit tout ce que Sa Majesté ou ses alliés occupoient des Pays-Bas espagnols, et ce que le feu roi d'Espagne Charles II avoit possédé, conformément au traité de Ryswyk, dont la maison d'Autriche devoit jouir à perpétuité après qu'elle seroit convenue d'une barrière avec les Etats- Généraux, excepté le haut quartier de Gueldre, avec la ville de ce nom que l'on donnoit au roi de Prusse^, pour en jouir de la même manière que le feu roi d'Espagne en avoit joui. On réservoit [encore dans le duché de Luxembourg] une terre de trente mille écus de revenu, qui devoit être érigée en principauté en faveur de la princesse des Ursins et de ses héritiers*.

1. L'île du Cap-Breton est au nord de la Nouvelle-Ecosse ou Acadie, entre cette presqu'île et Terre-Neuve.

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