Gazette, p. 365; Dangeau, t. XV, p
2. C'est le 11 septembre 1714 que fut donné cet assaut; voyez sur ce siège les Mémoires du maréchal de Berwick, rédigés par l'abbé Hooke, t. II, p. 170-195.
réduire dans la partie de la ville où ils se retirèrent, sans perdre beaucoup de monde, et qu'ils y arborèrent de tous côtés des drapeaux blancs, le maréchal de Berwick eut pitié d'eux et leur accorda une capitulation, par laquelle ils se soumettoient à la discrétion du roi d'Espagne, sur la promesse qu'on leur fit qu'ils auroient vie et bague sauve, que la ville se rachèteroit du pillage et qu'ils remettroient le même jour le fort de Mont-Juich aux assiégeants, rendroient incontinent la ville et le château de Gardone et disposeroient les Majorcains à se soumettre à Tobéissance et à la miséricorde du roi. L'assaut général coûta aux assiégeants environ deux mille hommes, y compris près de deux cents officiers. Les tribunaux établis de la part de l'Archiduc ou par les factieux furent anéantis, et on leur en substitua de nouveaux sous le nom de gouvernement supérieur ou d'administrateur*. Les chefs et les principaux officiers des mécontents furent arrêtés et envoyés dans les prisons d'Espagne; les ecclésiastiques qui s'étoient distingués par leur animosité contre le roi Philippe furent bannis à perpétuité des États de sa domination. On fit brûler par la main du bourreau, dans la place publique de Barcelone, les drapeaux et les robes des magistrats de la Députation pour inspirer plus d'horreur d'une autorité qui s'étoit élevée contre son roi.
[C'est ainsi que cette ville rebelle fut châtiée et l'esprit inquiet et turbulent des Catalans qui y sont sujets de tout temps.] Du depuis le roi d'Espagne a fait bâtir à Barcelone une bonne citadelle, qui tient les
1. Berwick établit une Junte de gouvernement pour remplacer la « Députation », élue par les habitants.
peuples en bride, les Barcelonois ayant été de tout temps les premiers mobiles de toutes les révoltes survenues dans cette principauté.
[La paix qui venoit d'être conclue si fort à l'avantage de la France, on le peut dire, par un coup du ciel, et laissoit le roi d'Espagne paisible possesseur de son trône, dont il avoit été tout près de descendre par les violents efforts de tant de puissances ennemies qui avoient même mis la France à deux doigts de sa perte, donnoit, dis-je, à notre Roi et à son peuple une joie infinie dans un âge fort avancé; mais, comme il n'y en a jamais de parfaite en ce monde, elle étoit fort tempérée par le triste souvenir que le Roi conservoit de la perte récente de presque toute sa famille, et se trouvoit encore fort troublé par l'agitation où chacun étoit des affaires de l'Église, dont je vais donner ici une courte intelligence, que je n'ai pu placer plus haut pour ne point interrompre le récit des faits militaires et des négociations de paix.]
[Affaires de la Constitution^. — L'obscurité tant reprochée à la Bulle Vineam Domini Sabaoth n'avoit pas terminé les disputes des Jansénistes et des Molinistes, qui ne cherchoient qu'à se porter de nouveaux
1. Saint-Hilaire va faire dans les pages qui vont suivre, et qui avaient été supprimées dans l'édition de 1766, un exposé très clair, quoique succinct, de l'affaire de la constitution Unigenitus; il est curieux de remarquer qu'il s'accorde admirablement avec Saint-Simon pour réprouver les agissements des jésuites à cette occasion, ou plutôt de la faction ultramontaine de l'épiscopat, et qu'il montre des tendances nettement gallicanes, sinon très portées vers le jansénisme, ainsi que nous avons déjà eu occasion de le remarquer à propos des affaires de Port-Royal.
coups. Les Jésuites se plaignoient du trop grand ménagement qu'avoit eu, disoient-ils, le P. de la Chaise, ci-devant confesseur du Roi. Le père Le Tellier, son successeur, voyoit le Roi dans un âge où la dévotion donne de la docilité pour les directeurs, et il jugea que ces moments précieux pouvoient lui échapper par la mort d'un monarque plus que septuagénaire. Il se hâta donc de remuer toutes sortes de machines pour écraser le Jansénisme. Il arriva aussi que l'évêque de SébasteS persécuté par la cour de Rome, avoit trouvé un défenseur dans Pasquier Quesnel, prêtre de l'Oratoire^, qui écrivit en faveur de ce prélat; d'ailleurs, le clergé de France avoit autrefois dénoncé un livre du cardinal Sfondrati^ sur la Prédestination*, et les Jésuites crurent que le cardinal de Noailles avoit eu beaucoup de part à la flétrissure de ce livre, qui étoit dans le système de Molina et protégé par le cardinal Albani, qui devint pape^.]
[Le confesseur du Roi trouva bientôt le moyen de
1. Pierre Codde, de l'ordre de l'Oratoire, avait été nommé en 1689 évêque des Provinces-Unies sous le titre d'archevêque de Sébaste; accusé de jansénisme, il fut alors suspendu par le pape le 13 mai 1702.
2. Pasquier Quesnel (1634-1719), persécuté pour cause de jansénisme, s'était retiré à Bruxelles en 1685 et resta dans les Pays-Bas jusqu'à sa mort.
3. Célestin Sfondrati (1644-1696), moine de Saint-Gall, évêque de Novare, cardinal en 1695.
4. Ce livre était intitulé : Nodus prsedestinationis dissolutus; publié après la mort du cardinal, il fut déféré à Rome par un certain nombre d'évêques français; mais il n'y eut jamais de jugement définitif sur son compte.
5. Jean-François Albani, né en 1649, cardinal en 1690, élu pape sous le nom de Clément XI en 1700, mort en 1721.
venger la cour de Rome en sollicitant la condamnation d'un livre intitulé : Réflexions inorales sur le Nouveau Testament^, qui parut dans ce temps-là. Le même P. Quesnel en étoit l'auteur, et ce livre se trouvoit muni d'une approbation solennelle du cardinal de Noailles, et le débit s'en trouva si grand qu'il s'en étoit fait beaucoup d'éditions. Les évêques de Luçon et de la Rochelle-, dont j'ai parlé plus haut^, commencèrent la bataille, et celui de Gap^ n'attendit que le signal pour paroitre ensuite avec quelques autres dont le confesseur s'étoit assuré. Us firent imprimer à Paris une ordonnance qui condamnoit ce li\Te, et la firent afficher à Paris aux environs de l'église cathédrale et aux portes du palais archiépiscopal. Deux jeunes gens, neveux de ces deux évêques, qui faisoient leurs études au séminaire Saint- Sulpice, furent les instruments de cet affront ; car, selon l'usage, il n'est pas permis à des évêques étrangers de faire afficher ailleurs que dans leurs diocèses. Les preiTiières démarches du cardinal pour s'en venger
1. Ouesnel avait d'abord publié en 1671 des Réflexions morales sur les quatre évangiles qui furent approuvées par l'évèque de Châlons, Vialart; en 1686, il fit paraître de nouvelles Réflexions sur les actes et les épltres des apôtres, enfin, il réunit le tout, après 1 avoir beaucoup amplifié et modifié, en un seul ouvrage, publié en 1693 sous le titre de Réflexions morales sur le Nouveau Testament ; ce fut cet ouvrage qui fut condamné par Rome.
2. L'évèque de Luçon était, depuis 1699, Jean-François de Valderiès de Lescure, et celui de la Rochelle Etienne de Champflour, nommé en 1702.
3. Saint-Hilaire se trompe; il n'a pas encore parlé de ces deux prélats.
4. François Berger de Malissoles, évêque de Gap en 1706, mort en 1738.
furent de faire sortir de cette maison ces deux étudiants. Les évêques s'en plaignirent au Roi par une lettre où ils ne ménagèrent point le cardinal, et la rendirent publique. Ce dernier trouva des amis qui l'exhortèrent à soutenir ce choc avec fermeté. L'évêque de Gap publia ensuite une ordonnance conforme à celle des deux autres''.]
[Le cardinal, se sentant pousser à bout, fit publier, le 3 juillet 1711, une ordonnance contre les instructions pastorales des évêques, qui la dénoncèrent au Roi par le canal du confesseur comme un attentat à son autorité, qu'il avoit méprisée, disoient-ils, en se rendant justice soi-même. Cette affaire se trouvant ainsi engagée, et le Roi, flottant entre son confesseur et le cardinal, la remit au duc de Bourgogne, devenu dauphin, et qui entroit dans tous les détails du gouvernement^. Ce prince ne vécut pas assez longtemps pour approfondir cette affaire. Cependant, le jésuite, voyant que le cardinal n'étoit point discrédité à la cour par cette intrigue, en commença une autre, qui fut d'envoyer à plusieurs évêques de France, ses amis ou ses créatures, des modèles de lettres qu'ils dévoient écrire au Roi pour lui dénoncer le cardinal comme suspect du prétendu Jansénisme, pour lequel on lui avoit donné de longue main beaucoup d'horreur. Il prétendit que cette manœuvre devoit être comme le cri de l'Église gallicane contre le danger où la mettoit la protection accordée par le cardinal à un livre si pernicieux. Mais il arriva malheureusement pour le confesseur que le
1. Sur toute cette affaire, voyez les Mémoires de Saint-Simon, t. XX, p. 330-350.