‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 3)Chapitre 47 sur 96 · Ibidem, t. XXII, p · texte numérisé non relu

Ibidem, t. XXII, p

mystère fut dévoilé par une de ces lettres, qui tomba entre les mains des Jansénistes, qui la firent imprimer*. Alors, le Roi auroit assez connu la mauvaise volonté des Molinistes, s'il n'en eût pas été obsédé. Il étoit néanmoins question de décider si ce livre étoit dangereux, comme on le lui assuroit, et, pour l'y porter avec plus de succès, on lui représentoit à tout moment qu'après avoir triomphé de l'hérésie, il y alloit de sa piété de ne pas souffrir que le royaume fût infecté d'une nouvelle secte plus dangereuse, disoient-ils, encore que la première.]

[Le Roi, sensible à tout ce qu'il croyoit de sa gloire et de l'intérêt de la rehgion, quoiqu'il ne fût pas théologien, tomba dans une agitation dont on ne le vouloit point tirer; au contraire, on la redoubloit autant qu'il étoit possible. Le jésuite sut se prévaloir de la conjoncture et, pour parvenir à ses fins, il fit extraire par la Société cent et une propositions tirées du livre de Quesnel, auxquelles elle donna les qualifications les plus violentes. Elles furent déférées à la cour de Rome, et l'on fit demander par le Roi une décision là-dessus. Alors le parti moliniste solhcita et s'intrigua vivement pour obtenir une bulle d'excommunication. Cependant, cette affaire n'alla pas si vite qu'il le désiroit; car, quoique la cour de Rome n'ait pas accoutumé de rejeter les occasions d'affermir de plus en plus l'autorité qu'elle s'attribue, elle craignoit de jeter beaucoup de trouble dans l'ÉgHse, et que le parti augustinien et les thomistes ne s'élevassent, aussi bien que

1. Saint-Simon [ibidem, p. 211-215) a raconté tout ce complot qui fut éventé par une maladresse de l'abbé Bochart de Saron, trésorier de la Sainte-Chapelle de Vincennes.

les parlements, dépositaires en ce royaume des privilèofes de l'Église Erallicane. Les Molinistes avoient beau la rassurer là-dessus ; elle ne vouloit pas s'y fier sans un engagement de la part de Sa Majesté, par lequel elle promît d'employer toute son autorité pour la faire recevoir par tout le clergé et les parlements de son royaume.]

[Le confesseur ne manqua pas de l'obtenir et l'envoya à Rome accompagné, à ce qu'on a assuré, d'un projet tout dressé de la bulle qu'on demandoit, avec de nouvelles instances, qui ne furent pas inutiles ; car elle parut quelque temps après et se trouva datée du 8 septembre 1713. Elle commence par ces mots : Unigenitus Dei filius * . Le cardinal de Noailles révoqua alors l'approbation qu'il avoit donnée au livre des Réflexions morales, et, par l'ordre du Roi, quarante prélats s'assemblèrent à Paris le 1 6 novembre suivant.

[Il me semble qu'il convient assez de dire ici que cette assemblée fut composée de trois sortes de prélats. Le plus grand nombre étoit de gens gagnés par des grâces nouvellement procurées ou promises; ils avoient à leur tête Bissy, évêque de Meaux-, qui fut peu après récompensé d'un chapeau de cardinal et de la bonne abbaye de Saint -Germain -des -Prés. Le moindre étoit de ceux qui trouvoient que la bulle ouvroit la porte à une infinité d'erreurs et d'abus et refusoient de l'autoriser par leur consentement; le cardinal de Noailles étoit le chef de ce parti. La troisième étoit composée de prélats assez indifférents sur

1. Voyez les Mémoires de Saint-Simon, t. XXIV, p. 101 et suivantes.

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