C'était la duchesse du Maine qui l'avait envoyé proposer
à tous ses grands desseins, non plus que son royaume jouir de quelque repos, les guerres ayant été presque continuelles. Il ne partagea la gloire de les soutenir avec personne, pour ainsi dire, et il eut affaire à presque toutes les puissances de l'Europe que son ambition lui suscita.
Il eut un dangereux adversaire en la personne du prince d'Orange, et encore plus dangereux lorsqu'il fut devenu roi d'Angleterre, qui, quoique très malheureux dans ses exploits militaires, lorsqu'il commanda contre nous les armées des puissances de son parti, sut réparer tous ces désavantages par des traits d'une politique redoutable, au moyen de laquelle il dressa avant de mourir ce fameux plan de guerre contre nous, qui fut suivi, à l'occasion de la succession d'Espagne, qui non seulement nous l'a pensé faire perdre, mais dont les événements ont été si périlleux pour notre royaume, qu'il a fallu une espèce de miracle pour le mettre à l'abri.
On a vu ce grand roi, toujours grand dans la prospérité et dans l'adversité, supporter l'une et l'autre avec une grandeur et un courage invincibles. Mais hélas! vanité des vanités! à quoi tant de sang répandu, tant de peuples aux abois, pour soutenir des guerres, les plus grands préparatifs qui en aient jamais été faits, avec une multitude d'hommes qui dépeuploient les provinces, à quoi tout cela a-t-il abouti? Le dirai-je? A conquérir quelques pays qu'il a fallu abandonner et quelques villes dont l'État avoit été augmenté et à placer son petit-fils sur le trône d'Espagne avec des modifications, en vertu d'une renonciation à la couronne de France, et à n'y laisser qu'un arrière-petit-fils en
bas âge, qui est le reste d'une nombreuse postérité. Mais le point qui regarde le soulagement des peuples n'a été entamé que très foiblement depuis la paix ; il a laissé le soin du reste à ses successeurs, ainsi qu'il arrive presque toujours à chaque mutation. La mort l'a surpris avec ses bonnes intentions. Je crois devoir dire que le regret qu'il a témoigné dans ses dernières instructions au jeune Dauphin, que j'ai rapportées, et l'aveu de ses manquements ont du moins mérité d'être transmis à la postérité, et lui feront plus d'honneur dans l'histoire que les panégyriques des flatteurs les plus outrés.
L'expédition de Du Guay-Trouin a Rio-de-Janeiro EN 1711^.
[Les documents qui se rapportent à cette expédition sont conservés aux Archives nationales, fonds de la Marine, registres B* 35, fol. 181 à 346, et B^ 36, fol. 43 à 149; il ne sera pas inutile de donner de brèves indications sur leur nature.
L'expédition projetée dès la fin de 1710 fut mise à l'étude au commencement de 1711; c'est à cette époque que se rapportent un « Mémoire et projet pour enlever Riojaneiro » et des « Observations sur la ville de Riojaneiro » avec un plan de la rade, que nous trouvons pour débuter. Comme ce devait être une affaire quasi commerciale ou plutôt de course, à laquelle le Roi participait. Du Guay-Trouin dut chercher des armateurs; il les trouva à Saint-Malo. Ce furent les sieurs de Coulange, Trouin de la Barbinais, le chevalier Danycan, La Saudre-Lefer, Laumosne de Chappedelaine et quelques autres. Puis la question des vaisseaux, des équipages, des vivres, les conditions de l'expédition donnèrent lieu à des correspondances nombreuses pendant le commencement de l'année 1711 entre les armateurs, le chef de l'expédition, le secrétaire d'Etat de la marine et le comte de Toulouse, amiral de France, les intendants et fonctionnaires. Du Guay-Trouin écrivit de