‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 101 sur 210 · Tome I, p · texte numérisé non relu

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les interpréter du côté de l'épée, et alors il ne peut jamais manquer.

Au retour de cette expédition, M. de Feuquière fut envoyé changer la garnison de Casai, où il réussit mieux que devant Coni; mais, quand on sut à la cour la levée de ce siège, il en vint ordre d'envoyer le pauvre M. de Bulonde prisonnier à la citadelle de Pignerol, où il demeura quelque temps, et n'en sortit qu'après qu'on eut éclairci cette affaire, dont M. de Feuquière se seroit mal trouvé à cause de ses mauvais, et on peut dire malicieux conseils^, si M. de Louvois ne fût mort sur ces entrefaites et si M. de Pomponne, parent de M. de Feuquière^, ne fût rentré depuis peu dans le ministère. M. de Bulonde n'a plus servi depuis, quoiqu'il soit un brave et galant homme, et qu'il n'eût péché que par le conseil d'autrui^

Peu de temps après l'affaire de Coni, l'électeur de

1. M. de Feuquière, dit Saint-Simon (Mémoires, t. X, p. 91), était « le plus méchant homme qui fût sous le ciel, qui se plaisoit au mal pour le mal, et à perdre d'honneur qui il pouvoit, même sans aucun profit », etc.

2. Le grand-père de M. de Feuquière, Manassès de Pas, avait épousé Anne Arnauld de Corbeville, cousine du ministre.

3. Sur ce siège de Coni, sur ses suites et sur l'emprisonnement de Bulonde, voyez la Gazelle, p. 459, 460 et 470, l'Histoire militaire, t. II, p. 423-424, les vol. Guerre 1095 et 1099, le Journal de Dangeau, t. III, p. 352, 354, 357 et 358, les Mémoires de Sourches, t. III, p. 427-428 et 432-434, ceux de Catinat, t. III, p. 205-211, ceux de Saint-Simon, éd. Boislisle, t. X, p. 92, l'Histoire de Louvois, par C. Roussel, t. IV, p. 488- 497, les Mémoires de Feuquière, t. IV, p. 196, et les Lettres inédites des Feuquières, t. V, p. 380-386. Bulonde resta enfermé à Pignerol jusqu'à la fin de l'année. Il envoya au ministre un essai de justification qui est dans le volume Guerre 1099.

liavière arriva on Piémont avec douze ou quinze mille hommes des troupes de l'Empereur, et l'armée des confédérés, après cette jonction, monta, à ce qu'on disoit, à plus de quarante mille hommes.

Sur ces nouvelles, M. de Catinat repassa le Pô\ et le prince Eugène, qui voulut alors charger son arrièregarde, tomba dans une embuscade dont il eut bien de la peine à se tirer. M. de Catinat se retira vers Pignerol, abandonnant Savillan, Fossano et Saluées; mais il laissa M. du Plessis-Bellière^, brigadier d'infanterie, dans Carmagnole, avec douze à quinze cents hommes, dans la pensée que les ennemis ne manqueroient pas de s'amuser à prendre cette place, au lieu de se mettre à ses trousses pour le hâter de repasser les monts. Ils assiégèrent en effet Carmagnole, qui les tint quinze jours entiers, quoique la place fût fort mauvaise ^ M. de Catinat profita de ce temps pour pourvoir Pignerol ; et, sur la nouvelle qu'il eut que M. de Savoie, après la prise de Carmagnole, vouloit marcher à Suse, il le devança avec l'armée et se campa en un poste avantao-eux entre Rivoli et Veillane, où M. de Savoie n'osa l'attaquer.

Peu de jours après, la saison étant déjà avancée, les confédérés se séparèrent pour prendre leurs quartiers d'hiver : les Piémontois restèrent dans leur pays ; les

1. Le 6 août, sur- deux ponts qu'il avait fait construire [Gazette, p. 329).

2. François-Henri de Rougé, marquis du Plessis-Bellière, fils de l'amie de Foucquet, venait d'être fait brigadier; il mourut au mois de février de l'année suivante.

3. C'est le 28 septembre que la place fut investie; elle se rendit le 8 octobre [Histoire militaire, p. 426).

Espagnols retournèrent dans le Milanois, et les Impériaux, au lieu de s'en aller en Allemagne, prirent des quartiers d'hiver dans le Mantouan, le Parmesan et le Modénois, et tirèrent de grosses contributions des Génois et de plusieurs autres États d'Italie, qui, à ce qu'on disoit alors, prenoient des mesures secrètes avec la France pour s'unir à elle et faire la guerre aux Espagnols en Italie; mais ces mesures furent rompues et déconcertées pai^ ce moyen.

L'armée des confédérés étant séparée, M. de Catinat marcha à Suse et établit un camp à la tête de celte ville pour la couvrir. Il le fortifia par un bon retranchement, qu'il fit même revêtir : la gauche étoit protégée et défendue par le château de Suse, situé sur la pointe d'un rocher fort escarpé ; la droite étoit couverte par une branche des Alpes. Il laissa huit ou dix bataillons et quelque cavalerie en ce camp, et repassa avec le reste de l'armée en Dauphiné et en Savoie, [partie par le Mont-Cenis, et l'autre par le Mont-Genèvre]. Pendant la campagne, M. de la Hoguette, mai^échal de campi, avec un petit corps de troupes, avoit tenu bloqué le château de Montmélian et la ville de Saint- Jean, qui est située au pied^ Il avoit ensuite levé le blocus pour entrer, par la Tarentaise et le Mont-Saint- Bernard, dans le Val-d'Aoste en Piémont. Il se saisit de

1. Charles Fortin, marquis de la Hoguette, sous-lieutenant aux mousquetaires gris, était maréchal de carap depuis 1688il deviendra lieutenant général en 1693 et périra à la bataillé de la Marsaille.

2. C'est la ville basse de Montmélian que notre auteur désigne ainsi. °

la ville', et, après avoir fermé tous les passages qui pouvoicnt comniuniquer de ce côté-ci avec la Savoie, il s'en revint, suivi du reste de ses troupes, assiéger la ville de Saint-Jean, qu'il prit en huit jours de tranchée malgré le grand feu du château 2, que M. de Catinat vint assiéger après avoir fini sa campagne en Piémont.

Siège et prise de Montmélian en Savoie. — IP est situé sur la cime d'un rocher fort escarpé, qui s'étend dans toute la circonférence et rend les approches fort difficiles. Il étoit bien bastionné et revêtu, et, dans la partie la plus accessible, muni d'un bon fossé taillé dans le roc*. La tranchée y fut ouverte la nuit du 17 au 18 novembre'^ et fut conduite avec beaucoup d'art et de peine jusque sur le bord du fossé, où l'on creusa des fourneaux pour en faire sauter la contrescarpe; mais, comme le rocher se trouva très vif, ce travail dura jusqu'au 14 décembre. On fit ensuite la descente du fossé et une galerie à travers pour attacher le mineur au bastion et le servir. Les assiégés, qui s'étoient lou-

1. Il entra le 22 juin dans Aoste, dont les magistrats lui ouvrirent les portes.

2. La ville capitula le 9 août {Histoire militaire, p. 429-431).

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