Voyez ci-dessus, p. 113 et
nom de M"" de Maintenon. Elle eut l'adresse de se placer dans la maison de M""» de Montespan, qui étoit alors la maîtresse favorite du Roi, et elle eut le soin des enfants qu'il eut avec cette dame. Elle se tint quelque temps avec eux dans deux villages près de Paris, où ils étoient élevés secrètement; mais, dès que le Roi les eut reconnus. M™ de Maintenon les ramena chez leur mère et s'insinua si bien dans les bonnes grâces de sa maîtresse, [par ce même esprit qui l'a élevée au point où on la voit aujourd'hui,] qu'elle entra dans toute sa confidence et répondoit pour elle aux billets qu'elle recevoit du Roi*. Ces réponses avoient un tour si nouveau, si délicat et si plein d'esprit et d'agrément, que le Roi s'aperçut bientôt que M"* de Montespan, quoique très spirituelle, ne faisoit plus que prêter sa main; et, l'ayant un jour fort pressée sur cet article, elle ne put s'empêcher de lui avouer qu'une de ses femmes lui avoit paru si savante sur ces sortes de matières, qu'elle s'étoit servie de ses expressions afin de te toucher plus sensiblement. Le Roi, [naturellement fort amateur des singularités, et qui a beaucoup de délicatesse dans l'esprit,] demanda à voir cette femme, qui lui parla avec tant de justesse et d'esprit, qu'il fut tout à fait prévenu en sa faveur et rechercha d'autant plus sa conversation, que sa passion pour M"" de Montespan avoit déjà reçu des atteintes.
[Cette dame fut un temps sans se douter de rien, parce que M'™ de Maintenon n'étoit plus jeune ni
1. Cette légende, car il semble bien que ce ne soit qu'une légende, fut assez répandue alors pour que Voltaire ait pris soin de la réfuter dans le Siècle de Louis XIV.
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belle* ; mais elle suppléa si bien à ces défauts essentiels en matière d'amour par une conduite fine, adroite et spirituelle, qu'elle a supplanté sa maîtresse et engagea si fortement le Roi, naturellement très incliné aux dames, qu'il n'en a jamais aimé aucune avec tant de passion et de constance. Ayant si bien réussi, elle aspira encore plus haut et espéra de remplir la place de la Reine, qui vint à mourir sur ces entrefaites-, et se servit si utilement de l'étude qu'elle avoit faite du Roi et de sa conscience timorée, qu'elle chargeoit, avec beaucoup de ménagements, de scrupules sur sa vie passée et sur l'embarras de la présente, qu'elle le conduisit à son point et engagea avec tant d'esprit et de belles paroles le conseil de conscience 2, qu'il rompit non seulement la glace, mais porta encore le Roi à l'épouser secrètement. On tient même pour certain que M. de Harlay, alors archevêque de Paris \ en fit l'office \ Ce grand coup étant fait, M"* de Maintenon porta le Roi entièrement à la dévotion et le tira avec grand soin de toutes
1. M"' de Maintenon, née en 1635, avait trois ans de plus que Louis XIV.