Vis-à-vis la citadelle
tion et le bàtardeau qui retenoit les eaux du fossé du corps de la place, les ennemis se trouvèrent si incommodés du grand feu de toutes les batteries, qu'ils abandonnèrent les chemins couverts, la demi-lune du front de l'attaque et la lunette à gauche, tellement qu'ils ne firent plus de feu que de la courtine et du bastion de droite. Cela étant remarqué, quinze ou vingt travailleurs passèrent sur le pont de communication de cette demi-lune, et, se coulant sur la benne le long de la face gauche, où ils étoient à couvert du feu de l'ennemi, se grimpèrent sur la fraise, aiTachèrent quelques palissades et firent un petit retranchement sur la pointe, pendant que d'autres travailleurs firent un pont de fascines à travers le fossé, au moyen duquel on entra tout à fait dans la demi-lune, où on fit un bon logement, qui se perfectionna pendant la nuit. On se logea pareillement dans la lunette, et on fit de bons épaulements sur les ponts pour se couvrir de l'ennemi et du feu du bastion gauche, qu'il n'occupoit que pendant la nuit à cause du canon du delà de la Meuse et de celui de deçà, qui battit si bien les deux faces et la pointe du bastion, qu'elle en fut émoussée et qu'on entra dedans pour le reconnoître; mais, comme on jugea que la brèche n'étoit pas encore suffisante, le logement fut différé. Cependant les ennemis ne faisoient plus de feu que des murailles de la vieille enceinte.]
[Cette même nuit du 3 au 4 juin, on poussa l'attaque de l'autre côté de la Meuse vers la redoute du pont, et on fit des batteries contre cette redoute, et aussi contre les piles du pont, afin de le rompre et d'empêcher la retraite dans la ville à ceux qui la défendoient; ce que voyant, ils l'abandonnèrent, et on s'y logea.] Le siège étoit en cet état, quand le prince d'Orange
ojo MÉMOIRES DE SAINT-HILAIRE. [1692
s'avança avec une armée de plus de soixante-dix mille hommes, à dessein de secourir la place. Alors M. de Luxembourg quitta Gembloux et vint à LongchampS se couvrant de la rivière de Méhaigne, [dont les bords sont très marécageux en cet endroit, ce qui la rend très difficile à passer]. Il appuya sa droite au village d'Harlue, [où la Méhaigne fait un retour, et sa gauche au petit bois du Bue, par delà la commanderie de Brouart^, ayant devant elle le village et la trouée de Saint-Denis 3]. Le front de bandière occupa deux lieues de terrain, et l'on demeui\i quelques jours en cette situation, en attendant le parti que prendroient les ennemis.
Cependant ceux de Namur, se trouvant fort pressés, demandèrent à capituler, et, comme il y avoit plus de troupes qu'il n'en falloit pour la défense du château, ils proposèrent qu'il plût à Sa Majesté d'accorder un passeport à une partie de la garnison pour rejoindre leur armée. On refusa cet article; mais on lui accorda que le château ne seroit point attaqué par la ville, et, comme on étoit bien aise de la conserver saine et entière, cela fut accepté; mais on ne tarda pas à s'en repentir; car cette attaque étoit très bonne, et on y revint à la fin du siège, malgré la convention.
[Le château de Namur* est assis sur une montagne de rocher, presque dans la pointe de l'angle que la Meuse et la Sambre forment en joignant leurs eaux.
1. Près de la Méhaigne, sur la route de Namur à Tirlemont et Louvain.