‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 13 sur 210 · Ville de Hongrie, sur la Neutra, dont les Turcs s étaient · texte numérisé non relu

Ville de Hongrie, sur la Neutra, dont les Turcs s étaient

emparés en 1663. , , ,

5 Ou plutôt nie de SchiUt, au conduenl du Danube et de la Waag, et dont la ville de Komoru était la capitale.

La cour impériale, qui venoit d'être avertie par M. de Lorraine, étoit encore à Vienne quand les Tartares parurent aux portes. L'Empereur, l'Impératrice * et toute la cour en sortirent aussitôt par le pont du Danube, pour se sauver à Linz, sans avoir eu le loisir d'emporter ni ai-gent ni pierreries, dans un désordre et une confusion telle qu'on se la doit imaginer. Ne se croyant pas en sûreté dans cette ville, ils gagnèrent Passau^. La cour coucha la première nuit dans un bois, où l'Impératrice, grosse de six mois^ ne put avoir qu'un peu de paille pour se reposer.

Ce pendant, M. de Lorraine, ayant connu le dessein du grand vizir, sortit vite de l'ile de Komorn et gagna avec une diligence extrême celle de Leopoldstadt^, vis-à-vis de Vienne, dans le temps qu'un gros de Turcs s'avançoit pour s'en emparer. De là il jeta heureusement dans Vienne le général Stahrenberg ^ et toute son infanterie, qui y arriva à point nommé : car il n'y avoit pas de garnison. M. de Lorraine demeura quelques jours dans Leopoldstadt avec sa cavalerie, afin d'observer les Turcs de plus près, et, craignant d'y être enfermé

1. Éléonore-Madeleine-Thérèse de Bavière-Neubourg, troisième femme de Léopold.

2. Linz est la capitale de la Haute-Autriche, et Passau se trouve sur la frontière de cette province et de la Bavière.

3. Elle accoucha, le 7 septembre suivant, de Marie-Anne- Josèphe, qui épousa Jean V, roi de Portugal.

4. Cette île, fort large, est traversée par les ponts et la chaussée qui relient Vienne à la rive gauche du Danube.

5. Ernest-Riidiger, comte de Stahrenberg (1637-1701), était gouverneur de Vienne depuis 1680. La Gazette (p. 389 à 621, passim] fit grand éloge de sa défense de la ville ; il devint par la suite maréchal de camp général et président du conseil de guerre.

r,ç) MÉMOIRES DE SAINT-HILAIRE. [1683

d'un côté par leur année et de l'autre par celle du comte Tœkœly, qui s'étoit avancé à Presbourg, sa seconde démarche fut de sauver le reste de l'armée après avoir pourvu à Vienne, et de sortir de Leopoldstadt. Il fit brûler les ponts du Danube et se retira malgré l'opposition des Turcs, qui entrèrent dans Leopoldstadt après avoir passé le bras du Danube, qui étoit guéable. Ils avoient compté qu'ils se rendroient aisément maîtres du pont du Danube qui y aboutit, afin d'investir Vienne de l'autre côté; mais, par les précautions dont je viens de parler, M. de Lorraine garantit non seulement la partie de l'Allemagne au delà du Danube, mais il se conserva encore la communication avec la Pologne, ce qui étoit le coup de partie. Toutes ces démarches, faites si à propos, sont dues à la grande capacité de ce général, et l'on doit lui attribuer la principale gloire d'avoir sauvé l'Empire en lui conservant Vienne.

On peut bien imaginer l'épouvante qui se répandit dans cette ville après la retraite précipitée de l'Empereur^ et à la vue d'une armée formidable. Cependant les mêmes motifs qui sembloient devoir en hâter la perte contribuèrent beaucoup à la sauver; car la garnison ne manqua pas d'argent, et le grand vizir, informé des richesses immenses qui y étoient renfermées, craignit de les perdre si son armée la prenoit d'assaut. Par cette raison, il en modéra les efforts, croyant qu'elle ne lui pouvoit échapper par capitulation. Ce fut ce que ses officiers lui reprochèrent, et ce qui donna le temps au roi de Pologne d'arriver; [trois jours plus tard, il n'étoit plus temps].

Page 1