‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 141 sur 210 · Non pas dans l'église principale, mais dans celle d un · texte numérisé non relu

Non pas dans l'église principale, mais dans celle d un

faubourg.

A peine s'y étoit-il établi avec son monde, que le landgrave de Hesse le fît attaquer par un détachement de son armée, qui s'avança près de Worms. Lécossois avoit fait palissader le tour de l'église et former une espèce de redan de palissades devant la porte. Les ennemis, après l'avoir sommé inutilement de se rendre, attaquèrent vigoureusement le redan et la palissade, qui furent encore mieux défendus, et ce ne fut qu'après plusieurs assauts que Lécossois fut contraint de se retirer dans l'église avec le reste de son monde. Les Impériaux trouvèrent le moyen d'enfoncer la porte avec une bombe qui leur servit de pétard, et furent bien étonnés, en entrant dans l'église, de trouver les François derrière un retranchement qu'ils avoient fait à l'entrée du chœur. L'attaque recommença, et fut fort bien soutenue; mais Lécossois, jugeant qu'il seroit bientôt emporté par la multitude, offrit de se rendre la vie sauve, ce qui lui fut accordé; mais, les Allemands ayant égorgé les quatre premiers François qui se rendirent, Lécossois reprit les armes, résolu de vendre chèrement sa vie, et se défendit avec toute la vigueur et l'industrie possible jusques à l'arrivée de quelques officiers généraux des ennemis, qui s'avancèrent à la tète de l'attaque en donnant leur parole. Lécossois se rendit à eux, avec trois officiers et quarante-six soldats qui lui restoient de ses trois cents hommes. Les hnpériaux en perdirent huit cents à cette attaque '.

1. V Histoire militaire dit seulement trois cents; les correspondances du volume Guerre 1215 ne parlent pas de ce petit fait d'armes.

Ils continuèrent leur marche en avant, et le maréchal de Lorge se mit derrière la seconde branche du Spirebach, qui est une petite rivière dont l'un des bras se décharge dans le Rhin un peu au-dessus de Worms, et l'autre à la hauteur de Spire. Le maréchal, par ce poste, leur fit une barrière, et ils n'osèrent jamais l'y attaquer.

Quelques jours se passèrent en cette situation, et les ennemis firent remonter leur pont de bateaux à la hauteur de leur camp, afin de le tenir plus à portée d'eux et d'envoyer plus facilement des troupes couvrir leur pays en cas que le maréchal prit le même parti que l'année précédente, c'est-à-dire de passer au delà du Rhin, à Philipsbourg, afin de les attirer à la défense de leur pays.

Il n'en arriva pas tout à fait de même; car, le maréchal de Lorge ayant repassé le Rhin à Philipsbourg*, les Impériaux se contentèrent d'envoyer un corps de quatre mille chevaux, sous le duc-administrateur de Wurtemberg-, au débouché de la vallée de Pforzheim, pour couvrir ce duché. Ils partagèrent leur armée sous leurs deux chefs; le marquis de Bareith en prit une moitié, qu'il mena camper à Heilbronn, pour soutenir l'administrateur, et le landgrave de Hesse, avec l'autre, alla assiéger le château d'Ébernbourg, que les François avoient rendu assez bon, et

1. Les 21 et 22 septembre, non pas à Philipsbourg même, mais à Hagenbach, entre cette ville et le Fort-Louis.

2. Frédéric-Charles de Wiirtemberg (1652-1698), second fils du duc Éverard VIU, était administrateur du duché pendant la minorité de son neveu Everard-Louis.

OÙ ils avoient une garnison de six ou sept cents hommes.

Le maréchal de Lorge ayant appris ce partage au delà du Rhin, où il étoit alors, se mit à la tête de son avant-garde et entra si brusquement dans le Wurtemberg, qu'il surprit les troupes de l'administrateur et tomba sur elles avant que le marquis de Bareith en eût aucunes nouvelles pour les pouvoir secourir. Elles furent entièrement défaites; on prit le duc-administrateur prisonnier, et on le conduisit en France i. [Cette affaire ayant ouvert entièrement le pays, le maréchal y fit entrer plusieurs partis, qui le mirent en contributions, dont on tira de grosses sommes.]

Après cela, le maréchal repassa le Rhin avec toute son armée et marcha au landgrave pour lui faire lever le siège d'Ébernbourg, que ce prince avoit battu fort mollement. Il leva le siège dès qu'il apprit que le maréchal venoit à lui, et se retira à Mavence, où il repassa le Rhin 2. Peu de jours après, les deux armées des Impériaux prirent leurs quartiers d'hiver, et les François en firent autant; mais, à la fin du mois de décembre, ils formèrent une entreprise dont je vais parler, et qui ne leur réussit pas^

1. Ce combat, dit de Pforzheim ou de Heitersheim, se donna le 27 septenQbre [Gazette, p. 517-524, Extraordinaire, et p. 535- Histoire militaire, p. 559-561; vol. Guerre 1159).

2. Ébernbourg fut investi le 22 septembre; mais le landgrave leva le siège le 8 octobre, dès qu'il sut que le maréchal ayant repassé le Rhin, était arrivé à Flonheim (Histoire militaire, p. 562-564; Gazette, p. 547).

3. Ce n'est pas le maréchal de Lorge qui fit « l'entreprise » qui va être racontée; c'est, ainsi que Saint-Hilaire va le dire plus loin, M. de Tallard, qui commandait un corps séparé sur

11 y a sur le Rhin, au-dessous de Mayence, un château assez bien fortifié qu'on appelle Rheinfels; c' étoit l'apanage d'un cadet de la maison de Hesse, qui le "ardoit avec une cinquantaine d'hommes. Ce château est situé sur une grande hauteur fort escarpée jusques au Rhin, qui baigne une des extrémités, [à la réserve toutefois d'une tête, qui est accessible et défendue par de petits bastions bien revêtus et quelques menus ouvrages de chicane qui rendent l'attaque difficile. Cette tête est encore défendue par un bon fossé et une contrescarpe, et son avenue du côté de droite est fort escai'pée et domine un espace de terrain qui reste jusques aux bords du Rhin].

Il y a une petite ville appelée Saint-Goar, seulement' enceinte de murailles, et qui communique au château par le moyen d'un chemin couvert qui commence le long du Rhin^ [Cette ville, ainsi fermée au-dessous par le château, a un de ses flancs couvert par le Rhin, et l'autre par une chaîne de montagnes si escarpée qu'il n'y a aucun chemin pour y descendre que quelques sentiers, si ce n'est à deux lieues au-dessus, qu'on trouve une gorge par laquelle on peut gagner le chemin de chain-oi qui conduit à la ville entre le Rhin et les montagnes. Vis-à-vis de cette ville, et de l'autre côté du fleuve,] il y a une autre petite ville, qu'on appelle Caub^, qui appartient au landgrave de liesse et est une des clefs de son pays.

la Moselle depuis la séparation des troupes, et qui ne fit qu'exécuter les ordres qui lui vinrent de Versailles.

1 Le château de Rheinfels et la ville de Saint-Goar ou Saint- Gower sont situés tout deux sur la rive gauche du Rhin.^

2. La ville qui est vis-à-vis de Saint-Goar, de l'autre coté du

Le maréchal de Lorge, désirant y pénétrer, avoit eu quelque envie, après la levée du siège d'Ébernbourg, d'attaquer Rheinfels ; mais il y avoit renoncé, soit qu'il y trouvât trop de difficultés sur une fin de campagne, où les troupes sont d'ordinaire fort hai^assées, soit qu'il manquât alors des matériaux nécessaires. Ce dessein fut repris pendant l'hiver par le comte de Tallard, maréchal de camp*, qui avoit servi sous M. de Lorge pendant la campagne et avoit fort entendu discuter cette matière.

Il étoit demeuré à Hombourg pour commander les troupes qui étoient en quartier dans la province de la Sarre. Comme il avoit beaucoup d'envie de se distinguer, [et par-dessus cela beaucoup de courage,] il minuta cette entreprise et en dressa le plus beau plan du monde, qu'il envoya à la cour pour le faire agréer^. [Mais, comme peut-être elle n'auroit pas été d'humeur à déranger bien des choses pour cette exécution et à faire de la dépense,] M. de Tallard, dans son plan, ne prétendit se servir que des troupes qui étoient à ses ordres, ainsi que des vivres et des voitures du pays pour porter ses munitions, tant de guerre que de bouche ; il demanda seulement en plus cent chevaux d'artillerie pour traîner son gros canon. Il y avoit dans la province de la Sarre un intendant

fleuve, est Saint-Gewershausen; Caub est à plusieurs kilomètres en amont, sur la rive droite, et vis-à-vis d'une île sur laquelle est bâti le château de Pfalz.

1. Camille de la Baume d'Hostun, comte de Tallard (1652- 1728), était maréchal de camp depuis 1688; il deviendra maréchal de France en 1703.

2. Tallard n'envoya pas de plan proprement dit; il proposa l'entreprise et ne fit qu'exécuter les instructions de la cour

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qui y avoit été mis de la main de feu M. de Louvois^ Cet iionime étoit un maître gonin^ et grand pillard de son métier. Il y a apparence que M. de Tallard ne le connoissoit pas sur ce pied. Quoi qu'il en soit, il tut obligé de se servir de lui pour tirer du pays les choses qui lui étoient nécessaires. Il lui communiqua son dessein auquel l'intendant applaudit fort, dans l'espérance de moissonner sur les prétendues contributions cmi se tireroient de Hesse; mais il arriva que cet homme ne se put contenter de cela, et qu'il voulut gagner encore sur le pays en faisant racheter les corvées par ceux qui les dévoient fournir sous ses ordres : d'où il arriva que, la cour ayant permis à M. de Tallard d'attaquer Rheinfels, il ne lui vint pas la moitié des voitures dont il étoit convenu avec cet homme, et que sa petite armée manqua de tout. Cependant comme il le leurroit toujours qu'elles arnveroient, il ne laissa pas de partir avec ce qui étoit prêt. Lorsqu'il y fut arrivé, il reconnut la place et jugea qu il falloit se rendre maître de Saint-Goar; mais, comme il cherchoit un chemin pour y faire descendre ses troupes, un régiment de dragons hessois passa le Rhin sur un pont volant et s'y jeta. Ces dragons firent feu, et M. de Tallard y fut blessé dangereuse-

1. Antoine Bergeron de la GoupiUière, maître des requêtes, avait été nommé intendant de la « province de a Sarre e des pays de frontières « dans le courant de 1684; d fut rappelé en août 1696. Il y a diverses lettres de lui, relat.ves au s.ege de Rheinfels, dans le volume Guerre 1218, n- 61-63, 66, 68-71.

2 « Ce mot n'est en usage que dans cette phrase populaire : c'est un maître gonin, c'est-à-dire un homme fin et ruse » [Académie, 1718).

ment, et, par conséquent, mis hors de combat^. Les Hessois entrèrent aussi dans le château, et toutes leurs troupes, qui étoient en quartier au delà du Rhin, se rassemblèrent et vinrent à Caub, avec du canon qu'ils tiroient de leur camp, et faisoient passer à Rheinfels et à Saint-Goar, par le moyen de leur pont volant et des bateaux qu'ils avoient ramassés, toutes les troupes qu'ils vouloient, sans qu'on put les en empêcher. [Mais, comme ce ne fut que les jours suivants, et que M. de Tallard, qui ne se croyoit pas si blessé, ne voulut pas avoir le démenti de sa première entreprise, il ne laissa pas de faire attaquer le château, dans l'espérance qu'il se rendroit bientôt. Pour ce qui est de Saint-Goar, il y fallut renoncer dès que les troupes ennemies s'y furent jetées.]

[Cependant, la blessure de M. de Tallard empira et l'obHgea de se retirer.] M. de Choisy,. maréchal de camp, ingénieur et gouverneur de Sarrelouis^, vint prendre sa place ^; mais il n'avoit pas assez de troupes

1. C'est le 15 décembre que Tallard, s'étant approché pour reconnaître la place, reçut un coup de feu dans le côté gauche de la poitrine.

2. Thomas de Choisy s'attacha à Vauban et construisit avec lui en 1668 les fortifications de Charleroy; nommé brigadier en 1676 et gouverneur de la citadelle de Cambray en 1677, il eut le gouvernement de Sarrelouis en 1679, devint mai'échal de camp en 1689, lieutenant général en 1704 et mourut le 26 février 1710.

3. Il arriva dès le lendemain, 16 décembre. Il y a dans le volume Guerre 1218 (n° 44) une lettre de lui du 25 décembre, et [n" 77) la copie du rapport qu'il adressa au ministre après la levée du siège, le 5 janvier; il y donne une description du château et de ses fortifications et énumère les causes de l'insuccès.

pour forcer les ennemis qui étoient dans Saint-Goar, [il fallut se réduire à l'attaque du château, où ils rclevoient les postes toutes les vingt-quatre heures, et où ils jetoient toutes les troupes qu'ils vouloient. Ce ne fut pas le seul obstacle qui survint en ce siège. On n'avoit pas mené assez de canon ;] tantôt la poudre, tantôt les boulets ou le plomb manquoient, faute de voitures; la subsistance manciuoit aussi aux hommes et aux chevaux, et, par-dessus cela, il faisoit un temps et des pluies épouvantables. Malgré tous ces mconvenients et la bonne défense des assiégés, on ne laissa pas de pousser la tranchée en avant et d'attaquer la contrescarpe, qui fut emportée. On y perdit bien du monde et on n'y put faire de logement, à cause du grand feu des ennemis [qui partoit continuellement des caponnières, d'où ils tiroient à l'abri et qui dominoient le chemin couvert].

On en étoit là, lorsque M. de Choisy fut averti que le landgrave de Hesse, si fort intéressé à la conservation de cette place, qui auroit mis son pays en proie, marchoit à Coblenz avec toutes ses forces pour y joindre un autre corps de troupes impériales qui hivernoient dans l'électorat de Cologne, [et qu ils passoient ensemble le fleuve à Coblenz pour venir délivrer Pdieinfels, soit de vive force ou en se postant entre ce château et Mont-Royal, d'où seul on pouvoit tirer les vivres et les munitions dont on avoit besoin] . Cela [ioint à ce que les ennemis étoient beaucoup plus' forts et qu'ils auroient facilement coupé sa petite armée,] persuada à M. de Choisy qu il tallo. lever le siège : ce qui fut exécuté sur-le-cMmp et approuvé par M. d'IIarcourt, qui aiTivoit dans ce

temps, dépêché par le Roi pour prendre le commandement de l'armée '. Elle se retira à Mont-Royal sans aucun empêchement de la part des ennemis, qui s'en retournèrent dans leurs quartiers aussitôt après la levée du siège.

Le Roi me fit aussi l'honneur de m'envoyer pour ce siège, auquel je n'arrivai pas; car je ne partis qu'après M. d'Harcourt-'. Je me consolai facilement d'avoir manqué cette occasion, où il n'y avoit ni honneur ni profit à acquérir; car en France il n'y a guère que les bons succès qui en procurent : encore faut-il être né heureux.

Le pauvre M. de Tallard fut bien mortifié de cette

1. Le siège fut levé définitivement le 2 janvier. Sur cette attaque manquée de Rheinfels, on peut voir l'Histoire militaire. p. 565-567, dont le récit est assez sommaire, la Gazette de 1692, p. 656, et de 1693, p. 46-47, le Journal de Dangeau, p. 209-213 et 215-218, les Mémoires de Sourches, p. 147-149 et 152-153, et les volumes 1159, 1163 et 1218 du Dépôt de la guerre. M. de la Bretesche écrivait au ministre le 26 décembre : « A l'occasion du siège de Rheinfels, si je l'avois su, j'aurois donné de bons mémoires pour cette entreprise, ayant eu beaucoup de liaison et d'honnêtetés avec le prince dudit Rheinfels pendant la paix, étant venu manger chez moi, et moi chez lui. Il n'y a point d'endroit dans le château où je n'aie été; j'ai même vu fonder son ouvrage nouveau, et, quand il a été' fait, j'ai entré dans tous les souterrains, ayant bien examiné tout ce qu'il y avoit à faire pour l'attaquer... J'ai toujours jugé cette entreprise assez difficile, et estimé qu'il falloit au moins douze mille hommes de pied pour en faire sûrement le siège... Je prends la liberté de vous dire qu'il y a à craindre, s'il n'arrive promptement un corps considérable d'infanterie au siège pour fortifier celle qui y est... » [vol. 1218, n" 45).

2. La commission de notre auteur ne se trouve pas dans les volumes du Dépôt de la Guerre indiqués ci-dessus.

aventure, qui lui auroit nui considérablement, sans le crédit du maréchal de Villeroy, son parent\ [qm étoit revenu sur Veau après avoir essuyé bien des bourrasques]. L'intendant, sur lequel on rejeta la faute eut de terribles alarmes. Elles auroient ete bien fondées, s'il n'avoit demandé en mariage une pauvre demoiselle de Saint-Cyr, parente du feu poète Scarron qui lui fut accordée^ mais, après ce mariage croyant qu'il pouvoit toujours voler impunément i continua ses exercices; mais il se trompa. Il fut révoqué, perdu de réputation; mais la protection que son mariage lui avoit acquise le mit à 1 abri de la recherche de mille crimes de péculat dont il etoit aisé de le convaincre, et desquels il étoit coupable

Campagne d'Italie. - Du côté de l'Italie, le Roi avoit espéré de faire une ligue avec quelques princes qu'on se persuadoit voir à regret les Allemands en ce pavs-là. Le nouveau pape*, qui paroissoit dans les intérêts de la France, y donnoit les mains; mais cela fut cause seulement que le Roi, ayant besoin de ses troupes en plus d'un endroit, n'eut pas une si grosse 1 La grand-mère maternelle de M. de Tallard était Marie de

'tT'dT irG:^uS1pousa en 1693 une fille de .icolas Scarrl frère coLanguin du mari de ^^ de Mamtenon; celle-ci signa au contrat, ainsi que le secrétaire d Eut Barbe zieux (Papiers du P. Léonard, aux Archives nationales, MM 825,

^°^3^Sur les malversations commises dans l'intendance de Hombourg, on peut voir la Correspondance des contrôleurs é^rZ% 1, n^" 1501; le maître des requêtes de la Boutière ?ut envoyé po'ur faire une enquête en 1696, et, le 22 août, M. de la Goupillière fut révoque.

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