Son château de la Baume fut livré aux flammes
nemi, qui s'étoit fort précautionné. [Ainsi M. de Câlinât le laissa aller, et, après avoir rassemblé les troupes qu'il avoit été obligé de disperser dans le Dauphiné, il les fit descendre en Piémont dans la vallée de Suse, d'où le général Palffy se retira incontinent, et il ravitailla Pignerol parles montagnes. Peu de jours après, les ennemis se retirèrent des environs de cette ville et allèrent prendre leurs quartiers d'hiver, et les François défilèrent peu à peu dans ceux qui leur avoient été assignés dans le Dauphiné et les provinces voisines.] Campagne de mer et de Normandie. — Le roi dépossédé de l'Angleterre, qui s'étoit flatté d'avoir des intelligences infaillibles dans ce royaume, [et que plus de la moitié de l'armée de mer angloise viendroit se joindre à celle de France dès qu'elle la verroit paroitre pour le conduire en Angleterre,] obtint du Roi, [qui a donné dans ce panneau, soit par désir d'un bon succès, soit par un pur effet de sa générosité,] des troupes et des vaisseaux pour remonter sur son trône.
A cet eff'et, on arma quantité de vaisseaux de guerre, on prépara des bâtiments de transport, des armes, des outils à remuer la terre, des munitions, et même, à ce que j'ai ouï-dire, des pierres toutes taillées pour construire un petit fort dans l'endroit où on devoit descendre. On fit passer vingt mille hommes de troupes réglées en Normandie, dont la moitié étoit des Irlando'ïs réfugiés. Le roi Jacques partit pour commander cette armée, ayant sous lui le maréchal de Bellefont et plusieurs officiers généraux.
Il publia, avant son départ du château de Saint-Germain où il résidoit, une déclaration qui contcnoit plusieurs articles, dont je ferai ici une déduction som-
maire, afin de conserver la mémoire de cette tragédie ^ :
r Que le Roi Très Chrétien, en exécution de ses promesses, l'a mis en état de recouvrer ses royaumes;
2° Que, néanmoins, il n'a pas jugé à propos de prendre des forces si nombreuses qu'elles pussent donner de l'ombrage à la nation et priver les bons Anglois de la part qu'ils peuvent prendre à l'exécution de son dessein;
3° Que c'est aussi par ce même motif qu'il promet de renvoyer toutes les troupes étrangères aussitôt qu'il sera rétabli dans la paisible possession de ses royaumes ;
i" Que, bien que l'affaire parle d'elle-même, cependant, quand il considère le grand nombre de ses sujets qui se sont laissé entraîner dans la dernière révolte, il veut bien entrer dans une sommaire déduction de ce qui est arrivé, afin qu'ils ne puissent désormais s'excuser sur la surprise, ni se justifier sous prétexte d'ignorance. Il fait ici un assez long examen du passé, dont il tire diverses conséquences pour l'avenir; il cite l'exemple de Néron, [je ne sais à quel propos,] et celui des longues et sanglantes guerres entre les maisons d'York et de Lancastre touchant la succession, afin de leur inspirer la crainte des mêmes événements ;
5° Il représente combien cette guerre empêche d'étendre les bornes de l'empire chrétien et prive de la plus belle espérance qu'on ait jamais eue de détruire l'empire du Turc ;
6° Qu'il n'y avoit aucun sujet d'espérer la paix géné-
1. Cette déclaration, datée du 20 avril, très longue et confuse, fut imprimée comme supplément à la Gazette.
raie sans son rétablissement; qu'on n'en peut même former aucun projet, mais que, s'il étoit rétabli, toutes les difficultés s'aplaniroient par sa médiation et ses bons offices auprès du Roi Très Chrétien ;
7° Que, sur ces fondements, il espère trouver très peu d'opposition, et qu'au contraire, tous les Anglois le secourront, comme il le leur commande et les en requiert par la présente ;
8° Il leur défend de soutenir le nouveau gouvernement et de payer aucune des taxes imposées depuis peu sur la nation ;
9° Il promet, en parole et foi de roi, une amnistie générale à tous ceux qui, retournant promptement dans Feur devoir, lui en donneront des preuves signalées, en exceptant toutefois trente personnes qu'il nommoit ' , parmi lesquelles étoient un archevêque, trois évêques, dont l'un étoit le fameux docteur Burnet^, quatorze milords, et quelques-uns qu'il ne nommoit pas. Il cxceptoit encore tous les espions, ceux qui avoient trahi ses conseils pendant son absence d'Angleterre, et tous les autres qui, comme juges, jurés ou autrement, ont eu part aux condamnations rendues contre ceux qui étoient dans ses intérêts : tellement que cette prétendue amnistie qu'il promettoit étoit plutôt une menace sanglante qu'un pardon;
1 0° Il promettoit de payer les arrérages aux officiers