Victor-Marie : ci-dessus, p
qu'il ne s'en joignît aucun lorsque M. de Tourville arriva sur eux dans la Manche, le 30 juin, d'autant plus que la manœuvre qu'on fit d'abord de gagner le vent l'un sur l'autre y étoit très favorable.]
Le combat commença sur les onze heures du matin ^ et dura jusques à une brume qui survint vers les huit heures du soir, sans aucun désavantage pour les François, nonobstant l'inégalité du nombre. La brume étant dissipée au bout de deux heures, le combat recommença au clair de la lune. Plusieurs de nos vaisseaux se trouvèrent fort en presse, et surtout celui de M. de Tourville, dont toute l'armée se trouva fort séparée et doublée en arrière par le tiers de celle des ennemis, qui lâcha plusieurs brûlots sur les vaisseaux françois, dont ils se garèrent.
Vers les onze heures, ceux des vaisseaux ennemis qui avoient doublé arrière firent une faute considérable pour regagner leur ligne : ils passèrent de proue le long du flanc des vaisseaux françois et essuyèrent toutes leurs bordées, au lieu que, s'ils se fussent tenus derrière pendant que leur ligne attaquoit M. de Tourville par devant, où il y avoit plusieurs vaisseaux endommagés et séparés du reste de l'armée, il eût eu bien de la peine à leur échapper sans une perte considérable.
Le combat cessa après cette manœuvre, et tous les vaisseaux françois qui le purent vinrent se ranger,
1. Sur le combat de la Hougue, qui eut lieu le 30 mai, voyez l'Histoire militaire, p. 578-590, la Gazette, p. 274-276, les Mémoires de Saint-Simon, t. I, p. 50-52, et surtout (p. 528- 538) l'appendice où M. de Boislisle a publié la relation de M. de Bonrepaus et indiqué les références bibliographiques qui se rapportent à ce désastre.
sans ordre, auprès du premier pavillon qu'ils rencontrèrent. Le jusant étant venu environ une heure après, M. de Tourville, qui en voulut profiter, fit tirer le coup de canon pour le signal d'appareiller, et mit à la voile avec huit vaisseaux qui s'étoient ralliés autour de lui. MM. d'Amfrevillei etdeVillette, lieutenants généraux^, en firent autant, l'un avec quinze vaisseaux, et l'autre treize; [mais ils ne purent se joindre à M. de Tourville que sur les sept heures du matin, à cause d'une autre grande brume qui revint]. Ainsi, il se trouva avec trente-cinq vaisseaux, et il ne lui en manciuoit plus que neuf, dont six, avec M. de Nesmond, lieutenant général, avoient pris la route delà Hougue^, et les trois autres, montés par MM. de Langeron^ de Gabaret^ et de Combes «, celle des côtes d'Angleterre, pour se rendre à Brest.
1. André-Michel-Alexandre du Poirier, comte d'Amfreville, enseigne de vaisseau en 1665, capitaine en 1666 chef descadre en 1677, lieutenant général des armées navales en 16«S, mourut le 2 novembre 1692.
2 Philippe de Valois, marquis de ViUette, cousm gerraam de M"« de Maintenon, avait été fait lieutenant général des armées navales en novembre 1689; il mourut en 1707. Il est l'auteur de Mémoires publiés en 1844 par M. Monmerque, pour la Société de l'Histoire de France.
3 André, chevalier puis marquis de Nesmond, n était que chef d'escadre à cette époque; il ne fut lieutenant gênerai qu'en 1693, et mourut en 1702, sur le point d'être fait mare-
•^1' tos'^^rAndrault, comte de Langeron (1649-1711), chef d'escadre en 1689, lieutenant général naval en 1697.
5. Jean Gabaret, capitaine de vaisseau en 1653, chef d escadre en 1673, lieutenant général en 1689, mourut le 26 mars