Girone capitula le 29 juin
se rendit maître d'Hostalrich et de Castelfollit * . Pendant ce temps-là, le marquis de Conflans, général espagnol 2, ramassa quelques troupes, et voulut reprendre Hostalrich; mais M. de Noailles marcha à lui et le fit retirer à Barcelone.
Sur les nouvelles qu'on reçut à la cour des progrès du maréchal de Noailles, le Roi lui envoya dix bataillons d'augmentation, afin de les continuer, et donna ordre au maréchal de Tourville, qui avoit relâché à Toulon avec sa flotte, de se remettre en mer pour aller combattre l'armée angloise et hollandoise qui étoit entrée dans la Méditerranée, [seulement forte de cinquante vaisseaux de ligne, non compris quelques vaisseaux espagnols mal équipés et mal armés, qui les avoient joints]. Le maréchal de Tourville ne put exécuter son ordre : car, s'étant remis en mer, il éprouva une si rude tempête et en fut si maltraité, qu'il fut contraint de revenir à Toulon pour s'y radouber, et y désarma peu de temps après.
Cet incident rompit le dessein qu'on avoit repris sur Barcelone, et, la saison se trouvant avancée, l'armée françoise entra en quartiers d'hiver dans les villes et pays de ses nouvelles conquêtes, et y subsista aux dépens des Espagnols [et des contributions qu'elle tira des autres provinces ennemies, où l'épouvante se répandit généralement,] ce qui obligea l'armée navale d'Angleterre et de Hollande à hiverner dans les ports
1. Petites villes de Catalogne, aux environs de Girone La première fut prise le 20 juillet, et la seconde le 9 septembre.
2. Jean-Charles de Watteville, marquis de Conflans gouverneur de Pampelune, vice-roi de Navarre et lieutenant général des troupes espagnoles, mourut en 1699
esoaenols de la Méditerranée [contre l'intention qu'elle en avoit, à cause de la grande dépense, et des agrès et autres choses nécessaires qu'elle étoit obligée de Urer d'Angleterre, ce qui ne se pouvoit faire qu avec beaucoup d'inconvénients et de grosses escortes]
Le maréchal de Noailles fut récompensé du service qu'il avoit rendu par la patente de vice-roi de Cata- Lne, que le Roi lui envoyai 11 se fit recevoir en cette qualité à Girone, avec tout le faste [et l'ostentation dont
il est capable"']. , Uc Hnl
Campagne de Normandie. - Les Anglois et les Hollandois eurent encore une armée navale [sur 1 Océan, sur laquelle ils firent embarquer des troupes] pour faire une descente sur les côtes de France Pour la rendre plus facile, ils avoient préparé quantité de peti s bâtiments propres à cet usage. Après avoir couru le long des côtes de Normandie sans y rien faire, ils vinrent à celles de Bretagne, et tentèrent leur descente a la pointe de Camai^et, qui ne leur réussit pas^. Cette pla e se trouva gardée et défendue par de bons retranche-
1 M. de Noailles avait reçu ces pouvoirs dès lejoruruenceu.ent de la campagne (lettre de lui citée dans les Membres de ^r2r:^:a"'^a!fé;rtdL en «avec beaucoup de
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les ordres du marquis de Langeron.
ments, quantité de batteries de canon, et six ou sept mille hommes de troupes de mainne ou de milices de la province, qui n'eurent pas grand'peine à défaire mille ou douze cents Anglois, qui avoient déjà mis pied à terre [et ne furent pas secourus à temps par leurs autres troupes de débarquement, ni assez favorisés du feu de leurs vaisseaux, qui ne purent approcher assez près de terre à cause du manque de fond, et aussi à cause du grand feu que les batteries de terre faisoient sur eux : tellement que les Anglois qui avoient mis pied à terre furent taillés en pièces, avant de se pouvoir poster et retrancher]. Leur général Talmash^ et le premier ingénieur furent tués, et tous les petits bâtiments qui approchèrent de terre furent fort endommagés, [principalement deux frégates et une galiote à bombes, qui ne purent se retirer et demeurèrent au pouvoir des François] .
Après cette équipée, la flotte se retira et vint bombarder Dieppe, où le feu se communiqua facilement parce que la plus grande partie des maisons n'étoient que de bois^. Ils firent moins de ravage au Havre, où
1. Thomas Talmash ou Tollemache, né vers 1651, et qu'on prétendait être fils naturel de Cromwell, avait eu une compagnie aux gardes du roi d'Angleterre en 1678, devint colonel d'un régiment en 1685, mais se rallia au prince d'Orange, qui le fit gouverneur de Portsmouth et major général; blessé grièvement au débarquement de Camaret, il fut ramené à Plymouth et y mourut le 12 juin 1694.
2. La flotte anglaise, commandée par l'amiral Berkeley, parut devant Dieppe le 17 juillet; mais, à cause du mauvais temps, elle ne put commencer le bombardement que le 22, et jeta sur la ville plus de trois mille bombes {Gazette, p. 371; lettres de MM. de Beuvi-on et d'Ormesson, des 22, 25 et 26 juillet, vol. Guerre 1257, n"» 118, 135 et 140).
ils allèrent ensuite ; car les bombes qu'ils y jetèrent firent peu d'effet, soit qu'on s'y précautionnât davantao^e, ou qu'elles y rencontrassent des matières moins combustibles*.
[Quoique ces entreprises lussent peu de chose, elles ne laissèrent pas de causer beaucoup d'alarmes, et, pour en empêcher de mauvaises suites,] le Roi envoya en Normandie les troupes de sa Maison qu'il avoit gardées près de sa personne, et on donna les meilleurs ordres le long des côtes de cette province ; mais toutes ces précautions devinrent inutiles : la saison s'avançoit, et les Anglois se retirèrent dans leurs ports, où ils désarmèrent.
Affaires. — J'ai dit ci-devant ^ que le Roi, pressé par la difficulté de trouver des fonds suffisants pour la dépense de la guerre, songeoit sérieusement à la paix, et que le roi de Suède en avoit fait plusieurs ouvertures, tant en Hollande qu'à la cour de Vienne, [donnant à connoître que le Roi se relàcheroit considérablement en faveur d'une bonne paix]. Les Anglois et les HoUandois, guidés par le prince d'Orange, n'y avoient pas donné grande attention, quoiqu'ils supportassent eux seuls tout le faix et la dépense de cette guerre, et que leur commerce souffrit beaucoup des prises considérables que les armateurs françois faisoient iournellement sur eux. Les Espagnols se tenoient toujours fort fiers, s'imaginant que leurs alhés étoient
1. Le Havre fut bombardé le 26 (Gazette, p. 371; lettre du maréchal de Choiseul du 29 juillet, vol. Guerre 1257, n 150). Calais reçut aussi leur visite le 27 septembre; mais ils ne purent y causer aucun dégât [ibidem, n» 199).