Tome I, p
Sa Majesté y fit passer l'abbé Morcli et le comte de Crécy, ci-devant connu sous le nom de Verjus 2. L'un se fit appeller M. de Boursière, et l'autre M. du Breuil. L'Empereur y envoya le comte de Vélos, et M. de Seilern», qui depuis a été un de ses plénipotentiaires à la paix de Ryswyk. Ces quatre ministres se joigmrent à la fin du mois d'août, dans un bourg de Suisse appelle Steckborn\ près du lac de Constance, et eurent ensemble sept conférences, qui furent bientôt interrompues par le soupçon et le bruit qui se répandit dans le pays d'une partie de ce qui se passoit. [L'eveque de Constance^ fut le premier averti, ensuite le baron Neveu, ministre de l'Empereur près des Cantons, puis ceux des puissances étrangères.] Les espions se mirent en campagne, et s'en vinrent loger à Steckborn, dans
1 L'abbé Jean Morel, conseiller clerc au parlement de Paris depuis 1674, avait été envoyé près du duc de Mantoue en 1680 puis à Vienne en 1685; il avait déjà pris part aux conférences secrètes qui s'étaient tenues en Suisse en 1693 (ci-dessus P 318). « C'étoit une excellente tête, dit Samt-Simon, pleine de sens et de jugement, mais ami de la table et du plais.r. »
2 Louis Verjus, comte de Crécy, d'abord secrétaire du cardinal de Retz, avait été chargé de nombreuses missions diplomatiques, dans lesquelles il réussit presque constamment; conseiller d'État et membre de l'Académie française, nous le verrons prendre la part la plus importante au traité de Rys- ^vyk- il mourut en 1709. « C'étoit une homme sage, mesuré et qui 'sous un extérieur et des manières peu agréables, cachoit une adresse et une finesse peu commune » (Samt-Simon).
3 Jean-Frédéric, baron de Seilern, conseiller auliquc, fut par la suite un des plénipotentiaires impériaux a Ryswyk.
4. Steckborn, petit bourg à quelques kilomètres à 1 ouest de Constance, sur un bras du lac, vers Schaffouse.