‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 177 sur 210 · C'était, depuis 1689, Rodolphe de Rodt, qui mourut en · texte numérisé non relu

C'était, depuis 1689, Rodolphe de Rodt, qui mourut en

les mêmes hôtelleries où se tenoient les ministres incognito. Ils démêlèrent bientôt, par les visites qu'ils se rendoient alternativement, par la chaleur et l'attention avec laquelle les matières étoient débattues, qu'il falloit qu'elles fussent de grande conséquence, surtout quand ils eurent reconnu que deux de ces ministres étoient François. [L'évêque de Constance en redoubla de soins, de peur qu'il ne se tramât quelque chose contre les intérêts de son maître ^ , et même fit armer des barques sur le lac]

Les négociateurs, qui s' étoient déjà aperçus qu'ils étoient curieusement observés, furent bientôt avertis que des gens armés rôdoient autour de Steckborn. Le sieur de Seilern, le plus ombrageux des quatre, en prit le premier l'alarme, et s'enfuit de peur d'être arrêté et que le secret de l'Empereur ne fût découvert. Le comte de Vélos se retira à Schaffouse, et les deux autres à Soleure ^ . Ils convinrent, avant de se séparer, d'envoyer des courriei^s à leurs maîtres, et de continuer leur négociation par écrit jusqu'à une entière conclusion, [et de prendre lieu et jour pour signer le traité, qui étoit déjà fort avancé ; car on étoit convenu de tout le principal. Je n'en ferai point ici le détail, quoique les papiers de cette négociation me soient tombés entre les mains^, parce que le traité de Ryswyk, dont je parlerai en son lieu, a été fait et conclu sur le plan de celui-ci, à l'exception toutefois que le Roi étoit tombé

1. L'Empereur, qui n'avait mis dans la confidence ni son ministre en Suisse, ni l'évêque son vassal.

2. Soleure était la résidence de l'ambassadeur français auprès des Cantons suisses.

3. Serait-ce les papiers de Crécy dont notre auteur aurait eu connaissance?

d'accord de renoncer à pur et à plein à la succession d'Espagne, quand elle seroit ouverte, et d'en passer un acte en la meilleure forme qu'il se pourroit, laquelle même, pour plus grande sûreté, seroit dévolue à l'Archiduc ou à tel autre prince qui ne posséderoit pas en même temps la couronne impériale. Je n'ai pas appris jusques à présent que cette matière ait été débattue au congrès de Ryswyk. Il est même à présumer que le Roi éloigna ce débat autant qu'il fut possible, pour avoir terme, et que le prince d'Orange, qui vouloit toujours des réserves de noise \ ne se mit pas beaucoup en peine que cette affaire y fût agitée. Pour ce qui est de l'Empereur, je ne sais point les raisons qu'il eut alors de n'en point traiter ; peut-être se fia-t-il à un ancien traité qu'il avoit fait avec le Roi sur cette succession, lequel a été tenu secret jusques ici. Je reviens à nos quatre ministres : la promesse réciproque qu'ils s'étoient faite, en se séparant, de reprendre la négociation par écrit, n'eut point de lieu, en ce que] les Impériaux eurent ordre de ne la point poursuivre.

Dans ce temps-là, le général Caprara- tira d'embarras avec gloire l'armée de l'Empereur en Hongrie^, et les Vénitiens prirent l'Ile de Chio sur les Turcs, ce qui mettoit les intérêts de cette puissance en mauvais état. D'ailleurs, le prince d'Orange, qui fut bientôt averti par ses émissaires de ce qui s'étoit traité en Suisse entre les négociateurs, fit des plaintes de ce

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