Se réserver des occasions de conflit
2. Tome I, p. 136; il était feld-maréchal général de l'armée impériale.
.3. Les Turcs avaient amené une formidable armée jusqu'à Peterwaradin, sur le Danube ; M. de Caprara réussit à les faire rétrograder à la fin de septembre.
secret, et, pour s'en venger en quelque façon, il demanda que le Roi envoyât à Maëstricht un ministre avec lequel il pût aussi traiter à l'insu de l'Empereur. M. de Harlayi s'y rendit donc de la part de la France, sous le nom de M. de Saint-Martin ; mais on se moqua de lui 2; car le prince d'Orange vouloit encore continuer la guerre, et par cette démarche rendre la pareille à l'Empereur, et empêcher qu'il ne se passât rien au sujet de la paix dont il n'eût une entière connoissance. Peut-être aussi fut-il bien aise de manifester à tous les alliés que l'empressement de la France pour la paix étoit une marque certaine du besoin pressant qu'elle en avoit, et qu'il n'y avoit qu'à continuer la guerre pour en obtenir encore des conditions plus avantageuses. On ne songea donc de part et d'autre qu'à se bien servir de son épée.
[Pendant l'hiver, le Roi fit faire de nouvelles lignes en Flandres, qui prenoient depuis l'Escaut, vis-à-vis du village de Pottes, jusques à Gourtray, où on fît un chemin couvert. Ces lignes s'appelèrent les lignes de Clare; elles eurent trois grandes lieues d'étendue, et
1. Nicolas-Auguste de Harlay, seigneur de Bonneuil, avait été intendant de Bourgogne en 1683 et était conseiller d'État; il prit une part importante au traité de Ryswyk et mourut en
2. « Les Hollandois eurent l'imprudence de faire sentir à M. de Harlay, dont la maigreur et la pâleur étoient extraordinaires, qu'ils le prenoient pour un échantillon de la réduction où se trouvoit la France. Lui, sans se fâcher, répondit plaisamment que, s'ils vouloient lui donner le temps de faire venir sa femme, ils pourroient en concevoir une autre opinion de l'état du royaume; en effet, elle étoit extrêmement grosse et très haute en couleurs. Il fut assez brutalement congédié. » [Mémoires de Saint-Simon, t. II, p. 245.)
346 MKMOIRKS DE SAINT-HILAIRE. [i694
fermoient le terrain entre la Lys et l'Escaut^ Par ce moyen, les chàtellenies de Lille et de Courtray en partie ' et le Tournaisis, se trouvèrent à l'abri des courses de l'ennemi, qui n'en pouvoit plus tirer que des contributions volontaires. Cela ne laissoit pas d arriver malgré les défenses; car les habitants du dedans, pour la plupart, afin de se mettre à couvert de l'incendie en cas que les lignes fussent forcées, ainsi qu il est arrivé deux fois pendant le cours de cette guerre, contribuoient sous main à l'ennemi et lui portoient leur argent : d'où on peut inférer que ces lignes ne servirent pas fort utilement, joint à cela qu'elles assujettissoient beaucoup et qu'on ne pouvoit les conserver qu'avec un gros corps de troupes, ce qm affoiblissoit fort les armées. Ainsi, elles ne servirent, à proprement parler qu'à garantir de la contribution les voyageurs du dedans et les derrières plus éloignés. On fit aussi d'autres lignes vers Ypres aux mêmes fins. Pendant qu'on y travailloit, l'électeur de Bavière, gouverneur des Pays-Bas espagnols, mit en campagne un corps de troupes pour s'y opposer. Les François en assemblèrent un autre afin de les soutenir, et il y eut quelque apparence qu'on en viendroit à une action; mais le tout se passa sans coup férir^ et les lignes s achevèrent tranquillement.]
knnée i695. - Campagne de Flandres. - Le maréchal de ViUeroy, qui étoit fort bien en cour, eut
1. Commencées le 6 avril par vingt mille pionniers, ces lignes furent achevées en huit jours. „„„f(,pv.; mii
2. Le duc se retira quand il vit que M. de Bouffleis, eu, commandait en Flandres pendant l'hiver, avait réuni soixantesix bataillons et cent escadrons pour l'arrêter.
cette année le commandement de la principale armée de Flandres, devenu vacant par la mort de M. de Luxembourg ^ [causée par un excès qu'on doit éviter à son âge^]. Le prince d'Orange, en conséquence d'un grand projet qu'il avoit formé, assembla ses troupes de meilleure heure, et les divisa en plusieurs corps, afin de donner plus de jalousie et de cacher son véritable dessein. Le plus considérable vint camper à Deynze sur la Lys, d'où il marcha bientôt à Rousselaere, [puis à Bewelaere,] à une lieue des lignes d'Ypres. Cette armée étoit commandée par le prince d'Orange en personne.
M. deRosen, lieutenant général, qui veilloit à la conservation de nos lignes d'Ypres avec un petit corps de troupes pendant que le reste de l'armée s'assembloit près de Valenciennes, côtoya la marche du prince d'Orange, et fut seul avec ce petit corps dans les lignes d'Ypres pendant vingt-quatre heures, non sans beaucoup de risque, à une lieue de l'armée ennemie, composée d'environ cinquante mille hommes. Le maréchal de Villeroy y accourut avec toute l'armée, qu'il avoit achevé d'assembler, et le prince d'Orange fit un détachement de la sienne, sous le duc de Wurtemberg,