Voyez le récit de Saint-Simon, t. II, p
4. Voyez ci-après, p. 359, quelques passages des lettres du maréchal de Villeroy. M. du Maine fut très blâmé de son inaction, que les mauvaises langues attribuèrent à incapacité et à couardise. Saint-Simon s'est fait l'écho de ces bruits malveillants, qu'il exagère certainement (Mémoires, t. II, p. 316-323), mais dont on trouve d'autres traces dans le commentaire du Chansonnier de Gaignières.
mais qu'à la fin, son écuyer l'ayant introduit, il s'étoit acquitté de la commission, et que, sur son exposé, le maréchal avoit fait appeler M. de Puységur, qui étoit alors maréchal des logis de l'armée, auquel il annonça cette nouvelle. M. de Puységur répondit qu'il descendoit du clocher de Denterghem, d'où il avoit vu l'armée des ennemis encore dans sa même situation ; qu'à la vérité ils faisoient quelques mouvements le long de leurs retranchements; qu'on en devoit inférer qu'ils cherchoient à se précautionner contre une attaque à laquelle ils s'altendoient de moment à l'autre. Il étoit bien vrai qu'à cette heure-là les ennemis tenoient encore leur retranchement de la gauche, parce qu'il étoit le plus près de nos troupes; mais M. de Puységur n'avoit pu découvrir, du clocher d'où il venoit de descendre, qu'ils avoient quitté celui de la droite, cette partie de leur armée devant se retirer par le chemin de Gand, et l'autre par celui de Deynze, afin de déblayer plus vite. Il est certain qu'en cela M. de Vaudémont se conduisit en habile général. Ainsi, M. de Puységur assura le maréchal de Villeroy que les ennemis ne se retiroient pas II fut cru, et on envoya Bessac dire à M. du Maine que ses avis n'étoient pas bons. Sur la relation qu'il lui fit, M. du Maine s'écria : « Quoi, M. le maréchal « n'a pas voulu croire que les ennemis se retirent? La « droite ne monte pas à cheval? Elle ne prend pas les « armes? » — « Non, Monseigneur, répondit Bessac ; « et les troupes sont encore en halte en colonne où « elles sont arrivées ce matin. » — « Or çà, Bessac, a répliqua M. du Maine, retourne à toutes jambes, et « dis à Monsieur le maréchal que l'avis que je lui avois « donné est si certain, que tu m'as trouvé avec les
« troupes dans le retranchement des ennemis, le nez « sur leur arrière-garde, lui dit-il en la lui montrant, « et assure-le que son incrédulité nous fait manquer « un beau coup. »
Quelque diligence que put faire Bessac, il se perdit plus de trois heures d'un temps irréparable à toutes ces allées et ces venues, et il revint dire à !\I. du Maine qu'à la fin la droite montoit à cheval, prenoit les armes, et alloit marcher avec M. le maréchal, qui lui mandoit de ne pas quitter le lieu où il le trouveroit jusqu'à nouvel ordre. Ainsi ce prince demeura dans l'inaction le reste de la journée, ce qui lui déplut fort. M. de Villeroy, s'étant mis en mouvement avec la droite, entra dans le retranchement des ennemis, où il se rangea en bataille, et tomba à une lieue de là, à l'entrée de la nuit, sur l'arrière-garde d'une colonne d'infanterie, qui se retiroit vers Deynze. Il y eut quatre ou cinq cents hommes de cette arrière-garde tués ou pris, et quelques officiers; mais, la nuit étant tout à fait survenue, cette colonne s'échappa, aussi bien que toute cette armée, et le maréchal ne la suivit plus. Il manda à M. du Maine de le rejoindre avec ses troupes ; et l'armée passa le reste de la nuit sous les armes, à l'endroit où elle se trouvoit. Le lendemain, on eut le temps de reconnoitre les fautes qu'on avoit faites, et, en considérant le terrain, de découvrir que l'armée ennemie pouvoit facilement être tournée par sa droite, coupée par ses derrières, et défaite sans aucun péril*.
1. On a dit ci-dessus qu'il n'y a dans les volumes du Dépôt de la guerre que deux lettres du maréchal sur cette affaire. D'abord, une du 14 juillet (vol. 1310, n" 156) : « Les ennemis, dit-il, voyant qu'on ne perdoit pas un moment pour les atta-
Si cela étoit arrivé, le prince d'Orange eût été contraint de lever le siège de Namur, sa réputation étoit perdue, son parti abattu, et le Roi auroit été le maître de donner la paix aux conditions qu'il auroit voulu. [Même il auroit pu arriver que les Anglois, fatigués de fournir des sommes immenses pour cette guerre et de voir que leurs afiaires alloient si mal, auroient entièrement abandonné le prince d'Orange ; au moins c' étoit alors l'opinion commune de ceux qui croyoient bien conuoitre le génie de cette nation.]
M. de Villeroy ayant manqué cette belle occasion, [et les ennemis s'étant retirés sous Gand,] il amena l'armée camper à Rousselaere, d'où il détacha vingt bataillons et quelque cavalerie, sous M. de Rubentel, lieutenant générais pour aller investir Nieuport. On
quer, ont pris le parti, sur les cinq heures, de se retirer; nous nous en sommes aperçus une heure après, et tout s'est réduit à un petit combat d'arrière-garde ». Le lendemain, 15 juillet, seconde lettre plus longue, où il répète la même explication. Le seul passage relatif au duc du Maine est le suivant : « M. le duc du Maine, de son côté, qui étoit à notre aile gauche, où il commandait seul, entra dans les retranchements des ennemis avant l'aile droite, ayant été informé plus tôt que nous de la retraite des ennemis, qui marchèrent si diligemment qu'il ne put jamais les joindre. » Les mots en italique semblent bien attribuer au prince toute la responsabilité de l'affaire. On a vu dans le récit de Saint-Hilaire que celui-ci cherche à disculper le duc du Maine et à excuser son inaction; mais il ne faut pas oublier que le prince est grand maître de l'artillerie, et que notre auteur avait bien des raisons pour essayer de justifier la conduite de son chef.
1. Denis-Louis, marquis de Rubentel, avait commencé par être lieutenant aux gardes françaises et était devenu lieutenant général en 1688; il quitta le service en 1697 et mourut en
lui donna quelques bateaux de cuivre pour faire des ponts de communication sur les canaux qui arrivent à cette place, et M. du Montai, autre lieutenant général qui commandoit un petit corps près de Dunkerque, eut ordre de l'investir du côté de cette ville, et d'amener le canon et les munitions nécessaires pour ce siège, M. de Villeroy se rendit devant Nieuport avec un renfort de troupes, ayant laissé le reste de l'armée sous le commandement de M. de Rosen, lieutenant général, campé à Rousselaere, et il trouva Nieuport investi, avec cette omission, [à laquelle il ne remédia pas,] qu'on n'avoit point fait de ponts sur le canal de Bruges, ni établi de quartiers dans le terrain qui est entre le canal et la mer du côté d'Ostende. Ce ne fut pas la seule faute, quoique très considérable, qui fit manquer cette entreprise; car les ennemis, profitant de ce vide, firent entrer en plein jour dans Nieuport, à la vue de M. de Villeroy et de toute l'armée, quinze bataillons que M. de Vaudémont y envoya de Gand, sans qu'on pût les en empêcher [faute d'avoir fait ces ponts et occupé ce terrain, qui ne nous parut pas être de plus d'un quart de lieue d'étendue]. La seconde faute est d'avoir négligé, pendant le temps de l'investiture, d'emporter d'emblée le fort de Niewerdam, situé à une petite portée de canon de la ville, et fait pour garder les écluses qui retiennent et font regonfler les eaux des canaux, avec lesquelles on inonde les environs de cette place assez avant dans le pays. [Cette attaque auroit vraisemblablement réussi, en ce que ce fort n'étoit qu'un méchant petit fortin de terre bas et mal entretenu, environné d'un fossé dans lequel il y a peu d'eau, à moins qu'on y en donne au moyen des écluses, et qu'il n'étoit
alors "ardé que par vingt hommes ; mais, dès que le <rouverneur de Nieuport \dt qu'il étoit investi et qu'on avoit manqué le coup, il y en jeta bon nombre et fit lâcher toutes les écluses : de sorte qu'on ne fit plus rien devant cette place, que d'y voir entrer le secours et croître les eaux jusques à ce qu'on jugea qu'elles alloient inonder les camps et qu'il étoit temps de les lever*.]
Cette entreprise manquée, M. de Villeroy vint d'un côté investir Dixmude, et M. du Montai de l'autre^. 11 y avoit dedans six mille hommes de bonnes troupes. A la vérité, la place avoit été démolie si souvent, qu'elle ne pouvoit pas passer pour bonne ; mais les ennemis l'avoient pourtant rétablie mieux qu'elle n'avoit encore été. Cependant ils n'en firent pas mieux leur devoir, et la tranchée étoit à peine ouverte, qu'ils se rendirent prisonniers de guerre'. [Celui qui y commandoit^ n'en fut pas bon marchand :J à quelque temps de là, le prince d'Orange lui fit faire son procès, et il eut la tête
Dixmude étant pris, le maréchal de Villeroy réunit toutes ses troupes à son camp de Rousselaere, d'où il décampa pour venir sur la petite rivière de Mandel,
1 En réalité, cette entreprise sur Nieuport dura deuxjours. Rubentel arriva devant la place le 16 juillet; M. de Villeroy y vint le lendemain, et, reconnaissant que la peine passerait le profit, il fît décamper les troupes le 18 [Histoire militaire, p. 118-119).