Deynze capitula le 29 juillet {Gazette, p
2. Le bombardement de Bruxelles eut lieu les 13, 14 et 15 août; trois mille bombes et douze cents boulets rouges furent tirés sur la ville, et M. de Villeroy revint le 16 dans la direction de Mons (Gazette, p. 392-393; Mercure d'août, p. 307-327; Gazette d'Amsterdam, n°' lxxvu et lxxix et Extraordinaires; Mémoires de Berwick, p. 342). Dans le volume 1311 du Dépôt de la guerre, on trouve, n" 85, « Sup-
avec la sienne, se tint en ce temps-là contre cette ville, qu'il mit devant lui, aussi bien que la rivière de Senne. Le maréchal, quoique de beaucoup supérieur, n'osa entreprendre de passer au-dessus pour l'attaquer, [quoique la chose ne parût pas absolument impossible]. Bruxelles fut cruellement maltraitée par les bombes * , et, dès que la provision fut consommée, le maréchal
putation du temps qu'il faut pour aller bombarder Bruxelles et en revenir » ; n° 86, « Équipage d'artillerie à préparer ». Dans le volume 1312,.les lettres n°» 16, 55, 71, 134, et surtout 148 et 159, rendent compte de la marche de l'armée et du bombardement. L'électrice de Bavière, qui logeait au palais royal, accoucha la veille de l'arrivée de l'armée française, mais refusa de quitter la ville; on répandit dans le peuple qu'elle avait dit qu' « étant fille de roi, elle était incapable de peur ». Fille de Jean Sobieski, elle avait épousé l'électeur de Bavière juste un an auparavant, 15 août 1694. Ce bombardement fut exécuté en représaiUe de ceux que nous avons vus la flotte anglo-hollandaise faire subir à nos villes maritimes cette année et la précédente; voyez l'article, évidemment officieux, de la Gazette, p. 272.
1. L'Histoire militaire (p. 138) a donné le résumé de 1 état que fit faire le magistrat de Bruxelles des églises, palais, maisons, effets et marchandises qui furent détruits par les bombes ou consumés par le feu; il y en a d'autres dans le volume Guerre 1313, n"' 3 et 4. C'était M. de Vigny qui commandait l'artillerie, et il semble que notre auteur, vu la brièveté de son récit, ne dut pas prendre part à l'expédition. M. de Vigny écrivait le 14 août (vol. Guerre 1312, n° 168) : « Nous voyons brûler la plus grande partie des maisons de la ville de Bruxelles. Toutes les hauteurs des environs sont remplies de quantité de gens, tant de l'armée du Roi que de celle des ennemis, qui regardent un si beau spectacle. J'ai été employé à faire plusieurs expéditions; mais \e n'ai point encore vu un si grand feu, ni tant de désolations qu'il en paroît dans cette ville. Je crois que les intentions du Roi seront bien exécutées, et qu'on sera content de mes soins et de notre diligence. »
de Villeroy s'ébranla pour aller tenter le secours de Namur; mais, [comme il s'en revint par Mons afin de reconduire son attirail, qui n'avoit pas tout à fait besoin d'une si grosse escorte, au lieu de prendre brusquement la route de Nivelle à Genape,] il donna le temps à M. de Vaudémont de s'échapper et de conduire sans péril toutes ses troupes à l'armée du prince d'Orange devant Namur.
L'armée que M. de Villeroy menoit au secours de cette place étoit de cent mille hommes effectifs ; [car on fit joindre les garnisons des places et le corps du marquis d'Harcourt. On assembla aussi un grand nombre de chariots du pays, outre les caissons de l'armée, pour porter suffisamment de vivres. En partant de Mons, on vint camper à la plaine de Fleurus, où on séjourna un jour mal à propos; car on donna autant de temps de plus à l'ennemi pour pourvoir à ses affaires. Au partir de Fleurus, l'armée vint du côté de la Méhaigne, et s'étendit d'abord depuis la hauteur devant le village et le défilé du Masy, que les ennemis tenoient avec de bons retranchements, jusques à celui des Cinq-Étoiles.]
[L'armée du prince d'Orange tenoit le défilé du Masy par sa gauche, et de là se prolongeoit le long du ruisseau de Gembloux, se repliant à la droite vers le village de Longchamp, la Méhaigne devant elle, et à son flanc la tête du ruisseau qui tombe dans la Méhaigne au village de Meeffe. Elle avoit partout de bons retranchements, redoublés aux endroits les plus foibles, et un terrain fort avantageux.]
[M. de Villeroy fit reconnoître le défilé du Masy, et la trouée de Saint-Martin, qui étoit à peu près dans le
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centre de l'ennemi, et, jugeant qu'il ne pouvoit être attaqué par là à cause de la multitude de retranchements et des bois, il Bt faire un mouvement à son armée par la gauche, et la campa, la droite à Perwez et la gauche à Taviers, près l'abbaye de Boneffe. Lorsque cette gauche d'armée y arriva, on vit quelques escadrons des ennemis de l'autre côté de la Méhaigne, qui jusque-là avoient gardé le passage de la rivière en cet endroit; mais, quand ils virent que l'armée arnvoit et qu'une partie s'ébranloit pour marcher à eux, ils quittèrent le passage et commencèrent à se retirer vers leurs retranchements. M. de ViUeroy fit passer la rivière à quelques escadrons, qui joignirent l'ennemi , et il y eut une petite charge de cavalerie, qu'il soutint assez bien ; mais, comme de nouvelles troupes sortoient des retranchements pour faciliter la retraite, et qu'elles devenoient supérieures aux nôtres, on laissa l'ennemi continuer, sans rien faire de plus que de le harceler. Tout ce qui revint de cela fut d'approcher les retranchements des ennemis d'assez près en cette partie pour connoître qu'ils étoient tous des meilleurs et que la position en étoit parfaitement choisie. Ainsi, tout bien considéré, M. de ViUeroy repassa la Méhaigne avec les troupes qu'il avoit menées au delà, et revint à son camp;] et on trouva tant de difficultés et de périls a attaquer un ennemi si ferme et si bien posté, qu'on désespéra alors de pouvoir sauver Namur.
En effet, le prince d'Orange, loin d'avoir discontinue le siè-e à l'approche de l'année de France, le pressoit avec une vigueur extrême. Le château étoit rudement battu par plus de cent pièces de gros canon et cinquante mortiers, [qui faisoient un feu continuel, et, des rem-
parts de la ville, où la plupart des batteries étoient portées, tous les ouvrages, et même le dedans du château étoient battus à revers,] tellement que personne ne pouvoit tenir contre cette grêle de bombes et de boulets, qui mettoient tous les jours cinq ou six cents hommes hors de combat; [car les souterrains manquoient pour tant de troupes]. Le fond du château étoit de roche, et on n'avoit point les matériaux nécessaires pour faire des épaulements et réparer les brèches, par le peu de soin qu'on avoit eu de s'en pourvoir.
Tous ces inconvénients pressoient fort la place, mais, plus que toute chose, la manière dont elle étoit attaquée ; car le prince d'Orange la prit par son endroit le plus foible, qui étoit le flanc qui regarde la Sambre et l'abbaye de Salzinne, [au lieu que le Roi l'avoit fait attaquer par la tête, oii on avoit encore ajouté de nouveaux ouvrages depuis la prise, selon la pensée abusive où j'ai remarqué que nous tombons toujours, de croire que les autres doivent suivre nos idées et les juger les meilleures. Dans cette persuasion, on avoit négligé de faire de nouveaux ouvrages sur ce flanc, où ils étoient les plus nécessaires, et le prince d'Orange se servit si utilement de notre présomption, que, par ce moyen, il abrégea beaucoup son siège. Une entreprise audacieuse acheva le reste].
Quoique le flanc attaqué fût sur une hauteur escarpée, et que les tranchées fussent encore à cinq ou six cents pas des murailles, le pri^ice, qui se voyoit pressé par le voisinage de l'armée de France, entreprit d'emporter le château d'assaut, et de donner un exemple de témérité, je crois, inconnu jusqu'alors. Il fit marcher son armée en plein jour et à corps découvert, de ses tran-
chées droit à la brèche. Dix à douze mille hommes, choisis dans son infanterie, l'attaquèrent avec tant de vigueur, qu'ils la forcèrent. Plus de cinquante hommes étoient déjà entrés dans le château, lorsque le maréchal de Boufflers accourut avec de nouvelles troupes et les chassa. Celles du fort d'Orange en sortirent en même temps, et firent un feu prodigieux sur le flanc des attaquants, leciuel, avec celui de la brèche, les obligea de quitter prise et de se retirer avec une perte considérable; mais le maréchal de Boufflers, qui manquoit, ainsi que je l'ai dit, de matériaux pour réparer les brèches et se retrancher en dedans, ayant juge, de l'avis du conseil de guerre, qu'il couroit risque d'être emporté de vive force dans un second assaut, fit battre la chamade le lendemain, et obtint une capitulation honorable^. Il sortit de la place six à sept mille hommes sous les armes; le reste fut tué ou blesse. Le prince d'Orange en perdit beaucoup davantage, et fit arrêter le maréchal de Boufflers par représailles de ce que au moyen de la rançon stipulée par le cartel, on avoit refusé de rendre les officiers et les soldats laits prisonniers de guerre à Dixmude et à Deynze^ On le
1 M de Boufflers capitula le 2 septembre, après soixantesept jours de siège. Voyez les correspondances de la Gazette et in Mercure d'août, et celles de la Gazette d Amsterdam; il y a un journal spécial du siège dans le volume supplémentaire du Mercure d'octobre; les correspondances et relations sont dans les volumes Guerre 1311-1313.
9 On trouvera un curieux récit de cette arrestation dans le Mercure de septembre, p. 325-328; voyez aussi celui des Mémoires de Saint-Simon, t. Il, p. 328-332 : « Cette violence se passa avec toute la politesse, les égards et le respect que les ennemis y purent mettre. »
conduisit à Maëstricht\ où il fut traité fort honnêtement par l'ordre du prince, qui permit d'envoyer un courrier au Roi. Sa Majesté, par le retour du courrier, lui permit d'engager sa parole que les prisonniers de Dixmude et de Deynze seroient relâchés incessamment. Cette parole étant donnée, le prince d'Orange fit élargir le maréchal, qui s'en revint à la cour^. Le Roi le reçut bien au-dessus de sa pensée et le fit duc [à lettres^]. Il honora aussi du collier de son Ordre le comte de Guiscard^ qui avoit commandé dans Namur sous M. de Roufflers, et qui lui étoit venu rendre compte de ce qui s'y étoit passé. On disoit alors qu'il avoit fort chargé M. de Mesgrigny, principal ingénieur^, avec lequel il avoit eu de fortes prises. Celui-ci lui rendit la pareille à son retour, et le Roi connut qu'ils pouvoient tous
1. D'abord à Huy, puis à Maëstricht, où il ne resta qu'un jour ou deux.
2. Il arriva à Versailles dans l'après-midi du 21 septembre [Dangeau, t. V, p. 281).
3. C'est-à-dire dont les lettres d'érection étaient vérifiées au parlement de Paris, ce qui comportait l'hérédité, mais sans pairie; les ducs à brevet n'étaient qu'à vie.
4. Louis, comte de Guiscard (1651-1720), avait été colonel du régiment de Normandie et était lieutenant général de la promotion de 1693; c'est en 1692 que le Roi lui avait donné le gouvernement de Namur, et ce choix avait fait beaucoup de jaloux.
5. Jean, comte de Mesgrigny, s'était distingué comme ingénieur, surtout pour les travaux de mine, dans la plupart des sièges faits par Louis XIV, et il y avait gagné le grade de maréchal de camp et le gouvernement de la citadelle de ïournay; lors de la prise de cette place par les alliés en 1709, il passa à leur service pour conserver son gouvernement, et ne mourut qu'en 1720, retiré aux Pays-Bas.
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deux avoir tort^ Ayant fait l'un chevalier de l'Ordre, il fit l'autre lieutenant général et commandeur de l'ordre de Saint-Louis. Les principaux officiers subalternes qui avoient servi en ce siège eurent aussi part aux récompenses et furent élevés en grade. Il est certain qu'ils servirent tous avec beaucoup de valeur, et que, si la tête avoit bien secondé leur courage, Namur auroit tenu plus longtemps, et le prince d'Orange n'auroit pu se vanter d'avoir pris cette place en moins de jours que le Roi n'v en avoit employés, quoiqu elle fût beaucoup meilleure et défendue par un maréchal de France à la tête d'une garnison de quinze mille hommes de bonnes troupes, abondamment pourvue de toutes les choses nécessaires à une longue subsistance et à une bonne défense 2. , j j 1
M de Villerov ayant appris, sur les bords de la Méhaigne, la reddition de Namur, fit décamper son armée avec un peu trop de précipitation, a ce quil nous parut; car il ne manquoit point de vivres, et l'ennemi n'auroit point passé la rivière devant lui pour l'attaquer, ni risqué une conquête glorieuse par 1 événement incertain d'un combat. Quoi qu'il en soit, l'armée francoise décampa et marcha toute la nuit pour passer la Sambre à Clwleroy; [puis elle la repassa à la Bus-
1. Il n'y a pas de trace de ces dissentiments dans les correspondances du Dépôt de la guerre.
■> « Le prince dOrange, tout mesuré qu il fut, ne put s empêcher d'insulter à notre perte..., et dit que sa condition etoU bien malheureuse d'avoir toujours à envier le sort du Roi, qui récompensoit plus libéralement la perte d'une place que ui ne pouvoit faire tant d'amis et de dignes personnages qui lui en avoient fait la conquête » [Mémoires de Sainl-Simon, p. 333-334).
sière, pour venir dans la plaine de Binche. Peu de jour après, elle fut passer l'Escaut et la Lys. M. de Villeroy la mit dans des quartiers de fourrages du côté de Dixmude et Furnes, où elle resta jusques à l'arrivée des ordres pour les quartiers d'hiver, qui ne tardèrent pas à venir.]
Pendant ce temps-là, le prince d'Orange envoya le duc de Wurtemberg, avec un corps de quinze mille hommes, couvrir Bruges, Nieuport et Ostende, [et les troupes de Brandebourg et d'Hanovre subsistèrent à FallaisS sur la Méhaigne, et aux environs d'Huy, pendant qu'il fit, avec le reste de son armée, raser les travaux et les retranchements qu'il avoit ordonnés pour le siège de Namur], Il pourvut aussi à tout ce qui regardoit la conservation de cette place, et il mena le reste de son armée camper à Hal, où elle se sépara quelques jours après qu'il en fut parti pour s'en retourner en Hollande, d'où il se rendit bientôt en Angleterre. Les troupes de Brandebourg et de Hanovre passèrent la Meuse à Vizé, et poursuivirent leur chemin vers leurs pays.
[Le marquis d'Harcourt, qui resta pendant une quinzaine de jours avec un petit corps d'armée sous Philippeville, en partit, et passa aussi la Meuse à Givet, d'où il s'avança à Rochefort et Fronville en Ardenne, pour observer les susdites troupes et couvrir le Luxembourg. Sitôt qu'elles furent hors de portée, il rompit son armée, qui entra en quai^tiers d'hiver.]
Campagne d'Allemagne. — Le maréchal de Lorge commanda toujours l'armée d'Allemagne, qui fut de