‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 185 sur 210 · A trois kilomètres nord-est de Bruchsal · texte numérisé non relu

A trois kilomètres nord-est de Bruchsal

3. Jean-Charles, baron de Thungen (1648-1709), était gouverneur de Ma3ence depuis 1690 et avait eu en 1693 la charge de grand maître de l'artillerie impériale.

dant le bruit qu'il alloit passer le Rhin à cette hauteur, pour entrer dans l'Alsace ainsi qu'il avoit fait l'année précédente.

Le maréchal de Lorge, qui avoit rejoint l'arméeS en eut peur, et la partagea en deux corps, il marcha avec le premier du côté de Philipsbourg , pour s'opposer aux entreprises du prince de Bade; et l'autre, sous le maréchal de Joyeuse, alla camper à Kreuznach, afin d'empêcher que le général Thungen n'entreprît rien sur Ébernbourg et dans le pays des environs. [Le reste de la campagne se passa tranquillement dans les situations que je viens de décrire, et il n'y eut rien de vif; mais les houssards ne laissèrent pas de bien faire leurs affaires aux dépens de l'armée de France, à laquelle ils enlevèrent une grande quantité de chevaux aux

Campagne d'Italie. — Du côté du Piémont, M. de Catinat eut ordre de s'appliquer particulièrement à la conservation de Nice, de Pignerol et de Suse, [de garder les Vallées avec des forts et de les soutenir avec un camp qu'il établit à Dibbon,] et, au surplus, de laisser agir le duc de Savoie, qui devoit faire le siège de Casai; car on en étoit convenu secrètement avec lui, par préliminaire de paix, [et, de plus, que cette place capituleroit lorsque les travaux du siège seroient avancés jusques à un certain point,] à condition toutefois que cette place seroit incessamment démolie [par

1. C'est le 1" septembre que M. de Lorge revint à l'armée^ Il faut lire dans les Mémoires de Sainl-Simon (t. II, p. i9--^J7 et 334-335) les détails de sa maladie et de la joie de l'armée à son retour.

la garnison, qui n'en sortiroit pas que la démolition ne fût achevée].

Le duc ouvrit donc la campagne par ce siège, avec une armée de vingt-cinq mille hommes, composée d'Impériaux, d'Espagnols et de Savoyards. Il fit ouvrir la tranchée les premiers jours de juin*. M. de Crenan', gouverneur de cette place, se défendit d'abord assez vigoureusement pour mettre à couvert sa réputation et faire craindre aux alliés qu'ils auroient bien de la peine à la prendre de vive force ; [car elle étoit la meilleure d'Italie;] mais, les travaux du siège étant arrivés au point convenu, M. de Crenan fit battre la chamade et proposa de capituler sous condition que la place seroit démoHe, ou qu'autrement il la défendroit si bien, qu'ils courroient grand risque d'en lever le siège et d'y voir périr leur armée ^.

Je ne dirai point si les Impériaux disputèrent sur cette proposition, ou si M. de Savoie leur persuada de l'accepter, sans être soupçonné. Quoi qu'il en soit, elle fut accordée, et Casai rendu et démoli à la grande joie du duc et des Espagnols, qui étoient ravis de se voir cette épine hors du pied à cause de la proximité de leurs États, et surtout du duc, qui, pour toute chose au monde, n'auroit pas voulu qu'elle tombât au pouvoir des Impériaux ou des Espagnols, contre lesquels il n' étoit pas en état de la disputer.

1. La ville fut investie dès le mois d'avril; mais les opérations ne commencèrent réellement qu'en juin.

2. Pierre de Perrien, marquis de Crenan, était lieutenant général de la promotion de 1693 et avait succédé à Catinat, en 1687, comme gouverneur de Casai.

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