C'est le 11 juillet que fut signée la capitulation
Campagne de Catalogne. — Les commencements de la campagne, du côté de la Catalogne, ne furent pas avantageux aux François. Un de leurs détachements, de six ou sept cents hommes, commandé par le sieur de Juigné, brigadier d'intanterieS fut attaqué par un plus o-TOS corps. 11 se jeta dans un couvent qu'il trouva sur sa retraite, et s'y défendit quelque temps; mais, les Espagnols ayant trouvé le moyen d'y mettre le feu, Juigné se vit contraint d'en sortir et d'ouvrir la porte pour se faire jour à travers les troupes espagnoles. Il fut tué en exécutant cette courageuse résolution, avec la plupart de son monde; le reste fut fait prisonnier, il s'en sauva peu^.
[Un autre détachement, de cinq ou six cents chevaux et d'environ mille hommes de pied, qui escortoient un convoi de vivres qu'on vouloit introduire dans Castelfollit, fut aussi attaqué en chemin par un plus gros corps de miquelets et de troupes espagnoles, qui prirent une centaine de bêtes de somme chargées de fainne, et firent quelques prisonniers. Le reste entra ; mais, comme il n'étoit pas suffisant pour nourrir la gaiMiison pendant toute la campagne, et qu'on craignoit qu'elle ne fût contrainte de se rendre faute de ^^^Tes, M. de Saint-Silvestre, lieutenant général, voulut y introduire un second convoi. Il rencontra les Espagnols, qui lui barrèrent les chemins; il les attaqua
1. Urbain Le Clerc de Juigné, brigadier depuis 1690, était lieutenant-colonel du régiment d'infanterie de Blainville.
2 C'est dans les premiers jours de mars qu'eut lieu ce fait d'armes; M. de Juigné, ayant été blessé à mort en se défendant dans le couvent des carmes de la petite ville d'Olot, où il s'était réfugié, capitula [Gazette, p. 116-117).
par deux endroits et força un des passages, sur lequel il avoit jeté la moitié de son convoi, qui entra heureusement dans Castelfollit ; mais il ne put venir à bout du second, perdit quelque monde, et fut contraint de s'en revenir avec ses troupes et l'autre partie de son convoi'.]
Tous ces petits désavantages mortifièrent le duc de Noailles, qui commandoit en Catalogne en qualité de vice-roi de la part de la France ; on lui imputa bien des fautes, et, ne se sentant pas assez fort pour rétablir les affaires, il prétexta une maladie, et demanda son congé. Le Roi envoya M. de Vendôme à sa place ^.
Ce prince, ayant pris le commandement de l'armée, marcha pour dégager Castelfollit, que les Espagnols tenoient investi [par plusieurs troupes retranchées, et fit venir le chevalier d'Aubeterre, gouverneur de Collioure^, avec quatre mille miquelets ou milices du Roussillon. Toutes ces troupes marchèrent sur Castelfollit et attaquèrent des retranchements des Espagnols,
1. Ces escarmouches se passèrent en mai et juin; voyez le récit de V Histoire militaire (t. III, p. 170-171), qui ne les présente pas comme désavantageuses.
2. Notre auteur est d'accord avec Saint-Simon [Mémoires, t. II, p. 285-291) sur la maladie simulée du duc de Noailles; il semble bien néanmoins, d'après les documents publiés dans les Mémoires de Noailles, et par M. de Boislisle dans son commentaire de Saint-Simon, que c'est là une pure calomnie; mais il est non moins certain que ce bruit courut à la cour, et l'on en retrouve la trace dans les chansons du temps.
3. Léon d'Esparbès de Lussan, chevalier d'Aubeterre (1620- 1707), était un des plus vieux lieutenants généraux des armées (1655) et avait depuis 1656 le gouvernement de Port-Vendres et de Collioure ; il commandait en Roussillon pendant les absences de M. de Noailles.
qui les défendirent mal. Ils en furent entièrement chassés, et M. de Vendôme jeta quelques vivres dans la place' qu'il fit démolir peu après, aussi bien qu'Hostalrich']. Puis, les grandes chaleurs étant survenues, il se retira sur Girone, et sépara son ai-mée pour la mettre dans des quartiers de rafraîchissements [depuis Torroelle-de-Montgri jusques à Palafrugell, près Pala-
mos
La flotte angloise et hoUandoise, sous le commandement de l'amiral RusselP, ayant débarqué quatre ou cinq mille hommes en Catalogne, les Espagnols rassemblèrent leur armée, et se crurent assez forts pour venir assiéger Palamos. Le duc de Vendôme, qui fut aussi fortifié de quelques troupes françoises, marcha a eux et leur fit lever le siège. [Ils se retirèrent à Hostalrich dont ils relevèrent les fortifications.] Pendant ce temps-là, M. de Vendôme fit démolir Palamos^, en retira la garnison, les ^^vres et les munitions, et ramena l'armée du côté de Girone, où elle se sépara bientôt pour aller prendre ses quartiers d'hiver.
Campagne de mer. — Outre cette armée navale que les ennemis eurent cette année dans la Méditerranée, [qui fut de trente-cinq vaisseaux de ligne, vingt frégates, dix-neuf galères, et quelques autres bâtiments j'usques au nombre de cent-dix voiles,] et avec laquelle