Calais fut bombardé le 27 août [ibidem, p
et se retirèrent]. Toute l'armée disparut bientôt et reo-agna les ports d'Angleterre, où elle désarma. Celle que Tes ennemis avoient dans la Méditerranée repassa le Détroit et revint peu de temps après : en sorte que la prodigieuse dépense de cet armement aboutit à très peu de chose.
[Affaires. — Outre les édits bursaux qui alloient toujours grand train pour fournir aux dépenses de la guerre et à l'activité de ceux qui aiment à pêcher en eau trouble, on introduisit en France une taxe annuelle par tète, que l'on appela capitation, non pas selon les facultés de chacun, mais suivant les différents degrés des professions, sous la promesse que le Roi fit de retrancher tous ces édits, qui faisoient beaucoup murmurer, et que ladite capitation n'auroil plus Heu sitôt que la paix seroil faite, à laquelle on songeoit sérieusement en France 1.] Les Anglois même et les Hollandois, fatigués de la grosse dépense qu'ils faisoient sans en tirer tout le profit qu'ils en avoient espéré, avoient grande envie d'en venir aussi à ce pomt; mais le prince d'Orange, ne voyant pas encore les affaires en l'état qu'il les désiroit, quoiqu'il n'ignorât pas le traité qui s'étoit commencé en Suisse l'an passé, et étant enflé de la conquête de Namur qu'il venoit de faire, entraîna ces deux États à la continuation de la guerre, dans l'espérance qu'il
1. La capitation fut établie par la déclaration du 18 janvier 1695, dont le texte a été publié en dernier lieu, avec les tarifs, par M. de Boislisle, dans la Correspondance des contrôleurs généraux, t. I, Appendice. On voit que Saint-Hilaire n'accuse pas BâviUe d'être le père de cette imposition, comme le fait à tort Saint-Simon [Mémoires, t. H, appendice IV).
avoit que la campagne suivante seroit de plus en plus avantageuse à sa gloire. [Cependant il venoit de la beaucoup risquer en la présente ; car, s'il avoit échoué devant Namur, comme il le devoit si le maréchal de Villeroy n'eût pas manqué le coup sûr que la fortune lui présentoit de défaire le prince de Vaudémont à Aerseele, il est à croire que les Anglois, du naturel dont ils sont, l'auroient très mal reçu à son retour, et que, malgré lui, la paix s'en seroit ensuivie à des conditions moindres que celles qui avoient été offertes en Suisse, et même qui auroient pu devenir désavantageuses à sa personne. Mais le bon succès de sa campagne précédente lui ramena les esprits, et les porta à la continuation delà guerre, quoique le roi de Suède, qui recevoit des mémoires des uns et des autres, intervint par ses bons offices pour la finir.] Ainsi la campagne de 1 696 s'ouvrit de part et d'autre.
Année 1696 . — Campagne de Flandres^. — Le Roi eut deux armées en Flandres, de soixante mille hommes chacune, et en donna le commandement aux maré-
1. La campagne de Flandre ne se passa, cette année, qu'en marches et contremarches, sans aucune action. Aussi l'édition de 1786 avait-elle beaucoup écourté le récit de Saint-Hilaire; nous le rétablissons d'après les manuscrits. Le détail de la composition des armées, tant françaises qu'étrangères, est donné par le marquis de Quincy dans son Histoire militaire, t. III, p. 208-211; le récit des opérations s'y trouve aux pages 212- 230, comme dans les correspondances de la Gazette ; les lettres et relations sont dans les volumes 1355-1359 du Dépôt de la Guerre. Saint-Hilaire, cette année ainsi que la précédente, servit sous le maréchal de Boufflers, à l'armée de la Meuse, oii il conimandail l'artillerie.
chaux de Villeroy et de Boufflers. Le premier assembla la sienne aux environs de Valenciennes, et vint camper sur la Lys; il eut en tête le prince de Vaudémont, qui, n'ayant pas tant de troupes que lui, se tint campé derrière Gand pendant les trois mois entiers que le maréchal de Villeroy demeura dans son camp [de Machelen sur la Lys ' , sans faire autre chose que manger dans le pays et faire des détachements de son armée pour joindre le maréchal de Boufflers en cas de besoin]. Celui-ci assembla son armée vers Maubeuge et alla camper dans la plaine de Fleurus. Il eut en tête le prince d'Orange, avec soixante-dix mille hommes réunis en son camp de l'abbaye du Parc près Louvain, [et qu'il fit marcher ensuite à Wavre et Limai 2. Alors le maréchal de Boufflers décampa de Fleurus et vint à Gosselies, où il fit faire quelques retranchements;] mais, sur les nouvelles qu'il y eut que l'ennemi venoit camper à Sombreffe et avoit quelque dessein de passer la Sambre [vers Mosse et Froidmont], pour faire le siège de Binant, il [décampa de Gosselies et] passa cette rivière [sur les ponts de Charleroy et sur d'autres qu'on fit faire au-dessus et au-dessous joignant cette place. Le même jour, il] vint camper à Gerpinnes, [où il fit coucher l'armée sous les armes, sur les faux avis qu'il eut qu'une bonne partie de l'ennemi avoit déjà passé la Sambre et s'avançoit vers Saint-Gérard. Ayant connu, le lendemain matin, qu'il n'en étoit rien, il marcha lui-même à Saint-Gérard avec la meilleure partie de l'armée, laissant l'autre à Gerpinnes sous le commande-