‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 194 sur 210 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

L'armée des alliés, forte seulement de quatre mille chevaux et douze mille hommes de pied, se tenoit de l'autre côté du Pô sur les hauteurs, jusques à Moncalieri, [et communiquoit à la ville au moyen du pont sur cette rivière vis-à-vis la ville Neuve, et de deux autres qu'ils y tirent jeter. Ils avoient aussi un petit corps à Carignan pour garder le pont sur le Pô et couvrir Coni].

L'armée de France demeura dans l'inaction à son camp de Rivolte pendant tout le mois de juin et le commencement de juillet : ce qui donna beaucoup à penser. Enfin, le 12 du même mois, on publia dans l'armée de France et à Turin une suspension d'armes pour trente jours. Les otages furent livrés de part et d'autre V et, incontinent après, le duc de Savoie en informa le Pape, en le priant d'exhorter l'Empereur et le roi d'Espagne d'entrer en négociation de paix, ou du moins d'accepter la neutralité pour le Milanois [qu'il avoit stipulée avec la France pour ces deux princes plus par rapport à ses intérêts particuliers, ainsi qu'on le peut bien croire, que par ménagement pour eux]. Sur cela, il y eut beaucoup de négociations, tant de la part de ces deux princes que des autres alUés, qui mirent tout en usage pour regagner le duc de Savoie et lui faire rompre le traité ; mais, comme il s'étoit trop avancé pour pouvoir rompre, et que le maréchal de Catinat, également habile en négociations et en guerre, le serroit de près, tout ce qu'ils en purent obtenir, du consentement du maréchal, fut que la trêve seroit prolongée pendant tout le mois d'août, et

1. C'était le comte de Tessé et le marquis de Bouzols pour la France, le comte de Tana et le marquis d'Aix pour la Savoie.

enfin jusqucs au 16 septembre. Il déclara en même temps aux ministres de l'Empereur et du roi d'Espagne que, s'ils n'acceptoient la neutralité du Milanois avant l'expiration de la trêve, il joindroit ses troupes à celles de France et entreroit sur-le-champ à leur tête dans le duché de Milan. [Pendant que tout ceci se passoit, le maréchal de Gatinat fit sortir de l'arsenal de Pignerol une quantité de grosse ailillerie et beaucoup de munitions de guerre et de bouche, qu'il fit conduire à Villefranche et embarquer sur le Pô.]

Le comte de Mansfeld*, ministre de l'Empereur, étoit toujours à Turin, et sollicita inutilement le duc de Savoie, qui demeura inflexible. Ce ministre se réduisit à faire espérer que son maître et le roi d'Espagne pourroient consentir à la neutralité du Milanois, pourvu que la trêve fût prolongée jusqu'au mois d'octobre. Au refus qu'il en eut, il partit de Turin fort mécontent, et alla joindre l'armée de l'Empereur, qui s'étoit déjà retirée vers les frontières du duché de

Milan.

Celle de France, jointe par les troupes de Savoie, [et qui s'étoit déjà avancée à Crescentin,] vint camper aux environs de Casai, où le maréchal de Catinat [mit un détachement, qui s'y retrancha, et y] établit ses magasins [et l'hôpital. De là, l'armée alla camper à Candia sur la Sesia, dans le Milanois]. Les Impériaux s'étoient retirés derrière Novare et avoient jeté dans

1. Henri-François, comte de Mansfeld, conseiller intime et maréchal des armées de l'Empereur, avait rempli diverses missions diplomatiques en France avant d'être envoyé à Turin comme commissaire général de l'Empereur en Italie ; il mourut en 1715.

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Valence treize de leurs meilleurs bataillons, avec de bons officiers et les autres choses nécessaires à la défense.

Le maréchal de Catinat fit investir cette place ^ et s'y rendit avec le reste de l'armée, [qui faisoit plus de soixante mille hommes]. Le duc de Savoie y arriva le même jour et en prit le commandement en qualité de généralissime .

La tranchée fut ouverte la nuit du 23 au 24 septembre, et, ce même jour, le comte de Mansfeld fit demander au duc de Savoie la permission de le venir trouver pour faire de nouvelles propositions. Elle lui fut refusée ; mais ce prince, qui n'avoit pas envie que les François s'établissent dans le Milanois, lui envoya à Pavie le marquis de Saint-Thomas 2. Cependant le siège se poussoit avec vigueur ; le duc de Savoie y donnoit tous ses soins et exposoit tous les jours sa personne. Le temps devint fort phnaeux ; les assiégés se défendoient assez bien : ce qui fut cause que le marquis de Saint-Thomas revint de Pavie sans rien conclure de positif avec les Impériaux ; mais, comme la place devint fort pressée, et qu'ils se voyoient à la veille de perdre tout le Milanois, ils le rappelèrent bientôt, et acceptèrent la neutralité par un traité qui fut signé le 8 octobre ^ Le 9, on commença par lever le siège, et,

1. Sur le siège de Valence-du-Pô, investie le 19 septembre, \o\rl' Histoire militaire, p. 255-259, la Gazette, p. 315, 324-325, 331-333, 339-340, et le volume 1375 du Dépôt de la Guerre.

2. Charles-Joseph-Victor Carron, marquis de Saint-Thomas, était alors le principal ministre de Victor-Amédée ; il reçut le collier de l'Annonciade en janvier 1697 et mourut en 1699.

3. La convention se trouve dans le Corps diplomatique de Du Mont, t. VU, 2'= partie, p. 375-376, et est résumée dans

conformément au traité, les troupes des alliés et celles de France commencèrent à se retirer en Dauphuie et en Allemagne le 20 de ce mois, et quittèrent l'Italie au -rand contentement du Pape et des autres prmces d'Italie, qui, par un accord fait avec les Impériaux, leur pa'yèrent huit à neuf cent mille livres. Le duc de Savoie n'en fut pas moins content, et, en deux mois de temps, on vit ce prince généralissime des deux partis opposés, ce qui n'avoit pas encore eu d'exemple [et qui ne sauroit lui faire d'honneur que par rapport a la politique la plus intéressée].

Par le traité de paix que le Roi fit avec ce prince , il s'engagea à lui rendre tout ce qu'il lui avoit pris pendant la guerre, [les places avec la même quantité d'artillerie, vivres et munitions de guerre qui s y étoit trouvée dans le temps de la prise, ensemble la ville et citadelle de Pignerol avec toutes ses dépendances, et les fortifications préalablement démolies]; a faire épouser au duc de Bourgogne la princesse de Savoie sa fille^ sans dot^ dès qu'elle seroit en âge [et de la tenir dès à présent à sa cour à ses Irais et

X Histoire militaire, p. 259-260; elle fut signée le 7 octobre à

^'f reTconventions préliminaires, qui avaient été conclues dès 'le 29 mai, furent complétées par le contrat de mariage du duc de Bourgogne avec la princesse de Savoie, qui fut signé solennellement le 15 septembre; les pièces relatives a ces longues négociations sont au Dépôt des affaires étrangères, vol. Turin 95 et 97 ; voyez aussi le Corps diplomatique, V-f^f^'/'

2 Marie-Adkïde de Savoie (1685-1712), fille aînée du duc et d'Anne-Marie d'Orléans, était cousine issue de germaine de son futur; le mariage fut célébré le 7 décembre 1697.

3. Le duc abandonnait à la France, comme dot, le comté de Nice, dont Louis XIV s'était emparé dès 1691.

dépens] ; et, pour réparer les pertes que le duc avoit souffertes pendant la guerre, le Roi s'obligea à lui payer quatre millions de livres. [De plus, le Roi s'obligea que, en cas qu'aucun prince entreprit de faire la guerre au duc de Savoie, il l'assisteroit de huit mille hommes de pied et de quatre mille chevaux entretenus à ses dépens, et encore que le Pape et la république de Venise se rendroient garants du traité.] Le duc voulut avoir des otages de l'exécution de ce traité, et le Roi lui envoya les ducs de Foix^ et de Choiseul^, qui restèrent à Turin tant qu'il plut au duc de Savoie. [Il peut bien y avoir eu quelques autres articles secrets qui ne sont pas encore venus à ma connoissance^.]

Campagne de Catalogne. — L'armée de Catalogne, forte de vingt-cinq bataillons et de trente-quatre escadrons, fut commandée par M. le duc de Vendôme. Il lui fit passer le Ter le 5 mai, pour la mener aux ennemis, [dont l'infanterie étoit retranchée contre Hostalrich, et la cavalerie, au nombre d'environ quatre mille chevaux sous le prince de Hesse-Darmstadt*, campée en une petite plaine à deux lieues en avant pour la commodité de la subsistance, chose souvent dano^ereuse. Elle avoit devant elle un bois et un défilé qu'il falloit passer]. Mais, comme M. de Vendôme se doutoit que la cavalerie espagnole ne l'attendroit pas, à moins que d'aller diligemment à elle et de la sur-

1. Henri-François, duc de Foix-Randan, avait eu le cordon du Saint-Esprit en 1688 et mourut en 1714.

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