Dangeau, t. I, p. 354, 364, 370, 37.5, 377 et
toit nullement sa barbarie, [au moins si on en croit la traduction que le P. Tachard en fit courir] '. Le Roi y fit une réponse honnête, et les ambassadeurs se retirèrent à reculons jusqu'à ce qu'ils fussent au bout de la galerie et qu'ils eussent perdu le Roi de vue. Je dis tout ceci à cause de sa singularité. Ils firent, de la part de leur maître et du sieur Constance, de riches présents des raretés de leur pays à Sa Majesté et aux princes et princesses du sang ; et les ministres achevèrent avec eux le traité commencé à Siam par le chevalier de Chaumont^. Il portoit que la religion catholique seroit publiquement enseignée et protégée dans tout le royaume de Siam; que les François, à l'exclusion des autres Européens, y feroient tout le commerce et y seroient maintenus et protégés par la puissance royale, et enfin qu'on leur remettroit quatre places, où ils feroient leurs établissements, et y seroient gardés par des troupes que le Roi y enverroit. Le traité ainsi conclu, les ambassadeurs siamois allèrent visiter les conquêtes du Roi. Ils y furent reçus partout avec des honneurs infinis, et ils partirent pour leur pays peu de temps après leur retour de Flandres ^ Le Roi fit embarquer avec eux trois mille hommes % sous les ordres de
1. Elle fut imprimée en quatre pages in^" et parut chez Mabre-Cramoisy ; elle fut même traduite en latin.
2. Le texte en est donné dans le Corps diplomatique, t. VII, 2= partie, p. 120-121.
3. Leur voyage en Flandre dura des premiers jours d'octobre au 20 novembre [Dangeau, p. 395-396 et 419).
4. Le registre B'' 11 des archives de la Marine contient (fol. 503) un état des officiers, soldats, équipages et passagers qui s'embarquèrent pour aller à Siam; le nombre ne s'en élève qu'à treize cents personnes.
r,o MÉMOIRES DE SAINT-HILAIRE. [1686
M Desfarges, qu'il nomma maréchal de camp^. Quand il fut à Siam, on lui livra ponctuellement les places dont on étoit convenu; mais, environ un an après, il survint une révolution dans ce royaume, dont le sieur Constance fut la victime : le roi de Siam étant venu a mourir, celui qui lui succéda fit courir sus aux François. Je ne sais s'il en échappa quelques-uns; mais je n'ai point appris qu'il en soit revenu aucun en France pas même M. Desfarges^ Voilà le succès de ce bel étabhssement et de ces belles ambassades!
Mort de Monsieur le Prince. — Le prince de Conde finit cette année sa vie [par un trait de parfait courtisan]. Le duc de Bourbon, son petit-fils, avoit épouse
1 N Desfarges, capitaine d'infanterie depuis 1661, était lieutenant-'colonel^du régiment de la Reine depuis 1^70 lorsqu tl fut choisi pour commander les troupes qu on envoyait a Siam, il fut nommé maréchal de camp le 26 janvier 1687.
2 C'est en novembre 1689 qu'on apprit en France la révolution qui coûta la vie à Constance. Les Français, assièges dans le fort qu'ils s'étaient construits à Bangkok, résistèrent trois mois, obtinrent une capitulation et s'embarquèrent pour revenir en France; mais une partie fut capturée par les Hollandais et internée au cap de Bonne-Espérance ; d autres après de nombreuses vicissitudes, finirent par revemr en France en 1691 M. Desfarges et un grand nombre d officiers moururent en mer, pendant la traversée, de maladies contagieuses contactées au' Brésil [Dangeau, t. 111, p. 18 et 297; Sourc>,es t UT B 171-172 et 362). Constance avait ete cruellement tor-
u"; un arrêt du Conieil du 12 décembre 1690 (Archives nationales, reg. E 1858) attribua à ^'^^sf^y'^^'^^r^tl biens qu'il pouvait avoir en France. Dans le registre B^ 12 des a ch ives de'la Marine, il y a (fol. 150-153) le résumé de deux c^Lses relations du sieur Chanlatte, lieutenant de vaisseau Z, Dictionnaire critique, col. 34-42, a donné un article très complet sur la venue des ambassadeurs siamois.
une des filles naturelles du Roi et de M"' de Montespan. Cette princesse tomba malade de la petite vérole à Fontainebleau, où la cour étoit alors^ Dès que Monsieur le Prince en eut appris la nouvelle, il partit de Chantilly, où il s'étoit retiré depuis plusieurs années pour y vivre en philosophe, et s'en vint en relais à Fontainebleau, s'enfermer avec la princesse. Le Roi lui-même, étant venu pour la voir, trouva à la porte Monsieur le Prince, qui, par ses instances, persuada à Sa Majesté de ne point entrer, à cause de la contagion du venin 2; mais il en fut lui-même surpris, et une petite fièvre mit en peu de jours ce grand guerrier au tombeau^.
Mort et caractère du maréchal de Créquy. — Le Roi perdit encore cette année le maréchal de Créquy, [qui mourut de maladie à Paris et survécut le prince de Condé de peu de jours*.] Ce général avoit fait son apprentissage sous plusieurs grands capitaines, et, par son mérite et par son ancienneté de lieutenant général, il étoit parvenu au bâton de maréchal de France en 1669^ Il avoit toutes les parties d'un grand capi-
1. Le premier symptôme fut un évanouissement qui lui survint pendant la représentation que donnaient à la cour les acteurs de la Comédie-Française, le samedi 9 novembre [Dangeau, t. I, p. 412; Sourches, t. I, p. 455).