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Campagne de Catalogne. — On avoit voulu, cette année porter en Catalogne un coup sensible aux Espagnols pour les forcer à la paix. Le duc de Vendôme proposa le siège de Barcelone, qui fut accepté à la cour sur la seule caution de ce prince ; [car, de toutes apparences qu'il pût réussir, il n'avoit que celle que les ennemis n'auroient point, cette année, dans la Méditerranée, d'armée de mer capable de l'empêcher].
[Il est bien vrai qu'on étoit informé que les Espagnols ne pouvoient avoir une armée aussi forte que celle de France; mais aussi on ne pouvoit composer celle-ci d'assez de troupes pour bien circonvaller la place de manière que l'ennemi n'y pût introduire, toutes les fois qu'il lui plairoit, les secours de troupes et les rafraîchissements dont elle auroit besoin. On savoit bien aussi qu'elle n'étoit pas des meilleures, quoique bastionnée et revêtue, mais qu'elle étoit bien munie et que, dans les grandes villes comme celle-ci, lorsque les habitants en sont affectionnés, ceux qui les défendent Y trouvent beaucoup de ressources utiles. On pouvoit aussi supposer avec certitude que, dès que l'armée de France en approcheroit, le vice-roi^ y jetteroit sa meilleure infanterie et se camperoit en des heux avantacreux sur les montagnes près de Barcelone, avec le reste de son armée et tous les miquelets et milices qu'il rassembleroit, afin de donner à la place, au moyen du défaut de circonvallation, tous les secours dont elle auroit besoin, et harceler continuellement l'armée de France dans ses derrières : ce qui ne manqua pas d'ar-
1 C'était Don Francisco de Velasco, général d'artillerie en 1673, qui avait longtemps servi aux Pays-Bas, et qui était viceroi de Catalogne depuis l'année précédente : ci-après, p. 417.
river. Toutes ces difficultés n'arrêtèrent pas M. de Vendôme, qui voulut donner à sa fortune ce qui manquoit à sa prudence.]
[Il entra donc en Catalogne avec une armée de quarante-trois bataillons et de cinquante-cinq escadrons, dont vingt de dragons. Il partit aussi de Toulon et de Marseille, pour cette expédition, une petite armée composée de dix vaisseaux de guerre, quelques flûtes et galiotes à bombes, et trente galères, qui débarquèrent deux mille cinq cents hommes des troupes de la marine, dont on fit cinq bataillons. Elle apporta aussi les vivres, avec l'artillerie qu'on estima nécessaire ' ; cependant celle des assiégés fut toujours supérieure.]
A l'approche de l'armée de France 2, Don Francisco de Velasco, vice-roi de Catalogne, jeta dans cette ville la plus grande partie de son infanterie et les escadrons qu'il y jugea nécessaii^es, sous le prince de Darmstadt^. qui s'acquit beaucoup de réputation à ce siège. [Ces troupes furent toujours rafraîchies dans le besoin. Derrière le Mont-Juich, qui est un fort qui pourroit servir de citadelle à Barcelone, s'il n'en étoit pas si éloigné, et qu'on ne put mettre dans l'enceinte de