Pour le récit de la révolution de 1688 en Angleterre
le prince d'Orange avoit formé un dessein qui lui réussit parfaitement et mit son parti en état de soutenir la guerre contre la France avec plus d'égalité : je veux parler de son invasion d'Angleterre; mais, avant d'en décrire les particularités et la conduite que tint ce prince pour venir à bout de cette fameuse entreprise, il est à propos de détailler les choses principales qui lui donnèrent les moyens de la mettre à fin.
Si Jacques II, roi "d'Angleterre, avoit tenu la même conduite avec les grands et les peuples de ce royaume que celle du roi son frère, auquel il avoit succédé faute d'enfants légitimes, il est à présumer cju'il se seroit maintenu sur le trône aussi tranquillement que lui et auroit toujours tenu un grand rang entre les têtes couronnées; mais, au lieu de cela, il voulut tout d'un coup rendre son pouvoir arbitraire, et, par un zèle tout paiiiculier pour sa religion, rétablir la catholicité en Angleterre, et l'y rendre dominante, [deux grands points^certes, et qui requéroient sans doute moins de célérité et d'action avec une nation si jalouse de sa liberté et de sa religion]. Il commença cet ouvrage dès qu'il se crut affermi sur le trône, après la mort
Saint-Hilaire a pu se servir de V Histoire des ré.'olutions d'Angleterre du P. dOrléans, dont la seconde édition parut à Pans en 1693-1694, trois vol. in-4°. Peut-être aussi a-t-il utilisé VHistoire d'Angleterre du chevalier Temple, dont une traduction française avait été publiée à Amsterdam en 1695, et les correspondances de la Gazette: mais, à considérer le caractère plutôt favorable au prince d'Orange de sa narration, il n'est pas douteux qu'il connaissait les récits et documents anglais et hollandais publiés à l'époque, et dont une partie est indiquée dans le Catalogue de l'histoire de la Grande-Bretagne, à la Bibliothèque nationale, série Nb, n- 105-107, et série Ne, n- 1455 et suivants.
du duc de Monmouth et d'un grand nombre de ses adhérents ^ Et, pour imposer plus facilement à ses sujets le joug qu'il leur avoit destiné, on dit, dans ce temps-là, qu'il avoit pris secrètement ses mesures avec Louis XIV, n'ayant pas à choisir un plus grand exemple de pouvoir absolu et de catholicité, [après ce qui venoit de se passer en France au sujet des huguenots^].
Quoi qu'il en soit, le roi d'Angleterre, immédiatement après son couronnement, débuta par dépouiller de leurs privilèges les villes principales, et plaça les catholiques, contre les lois, dans les emplois supérieurs et subalternes, par la destitution de ceux qui les occupoient, et qui lui étoient suspects. Il fit premier ministre le P. Peter, jésuite, qui étoit déjà son confesseur ^ et établit à sa persuasion, dans les villes des collèges de son ordre, d'autres couvents de moines et quantité d'églises, où l'on célébroit publiquement le service divine II reçut un nonce du Pape dans