Lingard, Histoire (V Angleterre , t. XIV, p. 189 et
nemcnt plutôt que d'obéir à ses ordres sur le fait de la religion. Sur cela, il leur renvoya leurs commissions, leur faisant dire que le terme qu'il leur avoit marqué pour une aussi importante affaire lui paroissoit trop court, qu'ainsi il vouloit bien le prolonger, comptant qu'ils en profiteroient et le serviroient fidèlement.
De retour à Londres, il ordonna de publier une liberté de conscience dans toutes les églises de l'étendue de son royaume ^ Quelques-unes obéirent à ses ordres ; mais l'archevêque de Cantorbéry-, cala tète de plusieurs autres évèques, s'y opposa formellement^. Là-dessus, ils furent cités à la cour du Banc du roi, où ils comparurent, et déclarèrent avec fermeté que, bien loin de se rendre complices des nouveautés qu'on vouloit introduire dans l'église et le gouvernement, ils étoient engagés, par leur serment et le devoir de leurs charges, de veiller à la conservation des lois et de la religion. La cour, comme il est d'usage en Angleterre, leur demanda caution; et, sur le refus qu'ils en firent en qualité d'évêques et de pairs du royaume, le roi ordonna qu'ils fussent arrêtés et conduits à la Tour de Londres par la Tamise, afin d'éviter l'émotion popu-
1. C'est ce qu'on appela la seconde déclaration d'indulgence (27 avril 1688).
2. William Sancroft (1617-1693), doyen de Saint-Paul de Londres en 1664, archidiacre de Cantorbéry en 1668, devint archevêque en 1677, mais fut déposé en 1690.
3. Compton, évêque de Londres, Turner, évêque d'Ely, et White, évêque de Peterborough, se réunirent à Lambeth chez l'archevêque de Cantorbéry (11 mai 1688) et rédigèrent une pétition au roi, que d'autres cvêques signèrent les jours suivants, et qui fut remise ensuite au monarque.
laire qui auroit pu survenir, si on les eût menés par la ville, qu'il eût fallu traverser. La détention des évêques causa un murmure général par toute l'Angleterre. Il fut encore augmenté par la conduite des commissaires ecclésiastiques, qui déposèrent l'évêque de Londres ^ et quelques ecclésiastiques qui étoient dans les mêmes sentiments que les évêques prisonniers. L'affaire fit si grand bruit, et tant de seigneurs s'y intéressèrent, que le roi fut obligé de les relâcher peu de jours après leur détention, à condition toutefois qu'ils répondroient devant la cour du Banc du roi, où leur cause fut fort débattue, et eux absous. Le roi en témoigna beaucoup de chagrin, et cassa plusieurs des juges^.
Le prince de Galles^ naquit peu de jours avant la délivrance des évêques, et l'on fit à ce sujet de grandes réjouissances par toute l'Angleterre; mais les mal intentionnés, qui étoient entrés grand nombre, disoient hautement qu'ils dirigeoient mentalement leurs feux de joie en faveur de la liberté rendue aux évêques. Ils firent courir des libelles séditieux et remphs de calomnies, et, non contents de cela, ils affichèrent partout des placards, et même à la porte du roi, dans lesquels ils exposoient, entre autres choses, que le
1. Henri Compton (1632-1713), chanoine de Christ-Church (1669), évêque d'Oxford (1674), puis de Londres (1675), couronna le roi Guillaume à Westminster en 1689, et devint en 1702 grand aumônier de la reine Anne.
2. Toute cette affaire des évêques et leur procès a été raconté en grand détail par Macaulay, Histoire cV Angleterre, t. III, p. 126-138 et 142-145.
3. Jacques-Édouard-François, né au palais de Saint-James le 10 juin 1688.
nouveau prince de Galles étoit un enfant supposé, se fondant en cela sur ce qu'il y avoit plusieurs années que la reine étoit mariée, et qu'elle n'avoit pas encore eu d'enfants*.
Le prince d'Orange, qui entretenoit de longue main des correspondances secrètes en Angleterre, fut averti fidèlement de tout ce qui s'y passoit^, et prenoit ses mesures à l'avenant avec tant de dextérité, que son dessein ne fut connu que sur le point de s'exécuter, [quoiqu'il fallût qu'il préparât les matériaux de longue main et de pièces empruntées, n'ayant de son chef aucuns moyens pour l'exécution d'une si grande entreprise, si ce n'est son grand courage et une étendue d'esprit infinie] .
Plusieurs conjonctures lui aplanirent beaucoup de difficultés. La Hollande avoit quantité de vaisseaux armés, l'Angleterre, depuis quelque temps, paroissant lui chercher querelle sous plusieurs prétextes, et principalement pour le commerce des Indes et le roi de Bantam^. Elle donnoit même retraite dans ses ports aux corsaires d'Alger, qui avoient été appelés dans l'Océan pour pirater sur les Hollandois ; ce qui leur por-
1. Il existe au British Muséum une collection considérable des pamphlets publiés à cette occasion.
2. Néanmoins, au premier moment, ignorant l'état des esprits en Angleterre, il fit faire des prières pour son nouveau beaufrère.
3. La compagnie anglaise des Indes orientales se plaignait depuis longtemps du tort que lui causaient les établissements hollandais aux Indes, et notamment à Bantara et à Masulipatam, contrairement aux traités conclus, et .Jacques II, dans le courant de 1688, exigea des satisfactions immédiates; les Etats- Généraux cherchèrent à gagner du temps en arguant de la nécessité de se renseigner auprès de leurs agents.
toit un grand préjudice*. Mais, dans le temps que le roi d'Angleterre dressa son armée de terre et de mer-, les États-Généraux, divisés entre eux, se réunirent par le moyen du prince d'Orange, qui leur remontra la conséquence de cette division, et que la bonne politique vouloit que, puisque les Anglois armoient et les menaçoient depuis longtemps, ils se missent promptement en état de n'être point surpris et de repousser la force par la force.
[Il aiTiva encore que le Roi, sur des prétextes assez légers, fit ain^êter dans les ports de France plusieurs vaisseaux marchands hollandois. Le prince d'Orange se servit encore utilement de cette conjoncture près des États-Généraux, qui conclurent de redoubler l'armement de mer, et le pressèrent avec grande diligence ; mais le prince d'Orange n'avoit encore fait là que le premier pas, et il retardoit de déclarer son secret, si nécessaire pour un bon succès, craignant que les États-Généraux ne s'opposassent à l'exécution de son entreprise dans l'incertitude de l'événement et la crainte que, s'il n'étoit pas heureux, ils ne s'attirassent sur les bras toutes les forces de France et d'Angleterre.] Aussi, sous d'autres prétextes, il se mit à préparer utilement les esprits en insinuant, tant par lui que par ses émissaires, [aux députés des États, et particulièrement à ceux de la ville d'Amsterdam, qui lui étoit contraire,] que les rois de France et d'Angleterre, étroitement unis ensemble, avoit conjuré la perte de la Hollande et de toute la religion protestante, et qu'il n'y avoit qu'une diligente précaution qui l'en put