‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 36 sur 210 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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garantir; qu'ainsi il ctoit absolument nécessaire de mettre promptement en exécution les clauses de la li"ue d'Augsbourg, et même de prévenir les deux rois, [tandis que l'un avoit les nouveaux convertis à redouter et toutes ses forces maritimes dans la Méditerranée, que celles du Turc étoient moins considérables à cause de la grande réforme qu'il en avoit faite à la paix, et que l'autre souverain s'étoit taillé de la besogne en Angleterre^].

Le prince d'Orange fut bien secondé par les ministres de l'Empereur et ceux d'Espagne, qui ajoutèrent qu'on voyoit bien, pai' ce qui se passoit à l'égai^d de l'électorat de Cologne et du cardinal de Fûrstenberg, que le dessein étoit pris d'attaquer une seconde fois les Provinces-Unies du côté du Rhin, [qui étoit l'avenue la plus dangereuse, et dont le passé servoit de preuve,] afin de porter ensuite la guerre dans les États des princes protestants de l'Empire, afin de parvenir enfin à la monarchie universelle, ce qui étoit le but de la France.

Quand le prince d'Orange eut ainsi mis les affaires en mouvement, il en instruisit l'Empereur et le roi d'Espagne par le canal de l'envoyé Coloma^ et du marquis de Gastanaga, gouverneur des Pays-Bas espa-

1. Les États votèrent la levée de neuf mille marins et l'armement de vingt vaisseaux; mais Guillaume d'Orange en fit réparer vingt autres sous main, et eut l'adresse d'obtenir que cette flotte serait réunie à Flessingue et à Willemstadt, deux ports où ils avaient une autorité presque absolue.

2. Manuel Coloma, connu plus lard sous le nom de marquis de Canalès, avait été envoyé d'Espagne à Gênes avant de venir en 1684 en Hollande ; il jouera un rôle important au début du règne de Philippe V.

gnols*, auxquels il avoit grande confiance, et il envoya M. Bentinck^ prendre les dernières mesures avec l'électeur de Brandebourg*.

Le comte d'Avaux, ambassadeur du Roi en Hollande^ pénétra bientôt le but du grand armement qui s'y faisoit, et en donna avis au Roi, et sur-le-champ Louis XIV en fit part au roi d'Angleterre. Le monarque anglois répondit qu'il étoit bien informé que les Hollandois n'en vouloient pas à l'Angleterre, mais qu'il croyoit que leur dessein étoit de faire quelque descente sur les côtes de France pour soulever les nouveaux convertis et exciter une guerre civile dans le royaume. Le Roi ne prit point le change, et persista dans son premier sentiment, offrant du secours à celui d'Angleterre, qui le refusa. Tout ce que Sa Majesté put faire en cette occasion fut de déclarer aux États-Généraux que, les grands armements de la Hollande ne pouvant regarder que l'Angleterre, les liaisons d'amitié et d'alliance cpi'elle avoit avec le roi de ce pays l'obligeoient à lui faire savoir que non seulement elle lui donneroit toute sorte de secours, mais qu'elle regarderoit comme une infraction de la paix et une

1. François- Antoine de Agurto, marquis de Gastanaga, eut en 1685 le gouvernement général des Pays-Bas espagnols, et en 1694 la vice-royauté de Catalogne; il mourut en 1702.

2. Jean-Guillaume, comte de Bentinck, était gentilhomme de la chambre de Guillaume d'Orange et son confident très intime; après la révolution d'Angleterre, il fut créé conseiller privé et comte de Portland, vint en France, comme ambassadeur, en 1698, et mourut en 1709.

3. Frédéric III (1657-1713), électeur en 1688, roi de Prusse en 1701.

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