La Gazette (p. 67-68) donna le récit de cette première
séance.
le trouveroient toujours prêt à sacrifier sa vie pour leur procurer un calme heureux, mais aussi qu'il les prioit de prendre de justes mesures pour assurer le dedans et le dehors avec la diligence nécessaire à l'état présent des affaires, et de considérer le péril que l'on couroit à ne pas exécuter au plus tôt les résolutions qu'il y avoit à prendre.
Il fut remercié, selon la coutume, au nom des deux chambres, qui le prièrent d'être persuadé qu'elles ne manqueroient pas de résoudre prompteraent ce qui étoit le plus convenable aux intérêts particuliers et au bien commun du royaume. Voilà ce qui se passa en cette première séance; mais, dans les suivantes, la brigue du prince d'Orange fit mettre sur le tapis la grande cjnestion, savoir : si le trône étoit vacant ou non'. Les avis turent partagés : la chamlire basse, pour mieux désigner l'évasion du roi et prouver que le trône étoit vacant, prétendoit se servir du terme d'abdication et découvroit par là ses vues pour le prince d'Orange ; la chambre haute vouloit se servir du terme de désertion et soutenoit qu'on ne pouvoit dire que le trône fût vacant puisqu'il se trouvoit un successeur habile; que son intention, au surplus, n' étoit pas de porter préjudice au prince et à la princesse d'Orange, mais d'empêcher seulement que la monarchie héréditaire ne devînt élective.
Les opinions sur cette matière restèrent partagées pendant huit jours, au bout desquels la chambre des Seigneurs revint, à la pluralité des voix, au sentiment
1. Les correspondances de la Gazette racontent en détail toutes ces séances (p. 80-84 et 92-96) ; mais notre auteur a certainement utilisé aussi d'autres sources, anglaises ou hollandaises.
des Communes. On publia un acte qui portoit que, le roi Jacques II ayant renversé les lois du royaume et violé le contrat originel entre lui et le peuple [par le conseil des jésuites et autres mauvais conseillers et mal intentionnés, qu'ayant aussi violé les lo,s de Mat] en se retirant hors du royaume, il étoit clau-qu il avoit renoncé au gouvernement, et que le trône étoit vacant. Après cette décision, il s'éleva d'autres disputes : les uns disoient que, le trône ayant été déclaré vacant il falloit le remplir, et que ce ne pouvoit être qu'en y p açant le prince et la princesse d'Orange, qui étoient les plus proches héritiers, puisque la nouvelle loi dressée en cette Convention en excluoitles catholiques; et les autres étoient seulement d'avis qu'on le confirmât régent iusques à ce qu'on eût le temps de mieux digérer une affaire de si grande conséquence, d'autant plus que, le roi Jacques ayant un fils proclame et reconnu prince de Galles, on ne pouvoit donner atteinte aux droits de l'hérédité avant que la Convention, [ayant é-ard aux bruits qui couroient de sa supposition et a ce que le prince d'Orange en avoit allégué dans son manifeste,] n'eût statué sur cet article, et qu'on eut attendu que ce prince fût en âge et en liberté de déclarer sa religion.
Ceux qui ouvrirent ce conseil hardi étoient en petit nombre, et le firent plutôt pour l'acquit de leur conscience que par l'espérance d'y entraîner les autres, dont le grand nombre prévalut et les ramena bientôt à leur opinion. Ainsi il fut arrêté qu'il falloit remplir le trône puisqu'il avoit été déclaré vacant, qu autrement ce seroit donner lieu à de nouveaux troubles et a des espérances continuelles au roi Jacques d'y remonter.
1689] irÉMOIRES DE SAINT-HILAIRE. 103
Élévation du prince et de la princesse d' Orange sur le trône d'Angleterre. — Les deux chambres furent réunies, et, s'étant rassemblées à Westminster le 16 février, elles passèrent l'acte de proclamation', qui portoit que, le roi Jacques ayant renoncé à la couronne en s'efiorçant de détruire le gouvernement au prqudice des lois, et le sérénissime prince d'Orange, en vertu de l'autorité qui lui a été ci-devant conférée, ayant fait nommer les députés pour former cette Convention, la chambre des Seigneurs et celles des Communes protestent de s'attacher à la déclaration du prince de maintenir les lois et la religion, et consentent que le prince d'Orange et la princesse son épouse soient déclarés roi et reine d'Angleterre pendant tout le cours de leur vie; et, en cas que cette princesse vienne à mourir sans enfants, la couronne passera à la princesse de Danemark et à ses enfants, et, après eux, aux enfants du prince d'Orange, en cas qu'il en ait d'un second mariage, [ce prince ayant toujours, préférablement à tous, l'administration de l'État sa vie durant]. A ce titre de roi et de reine d'Angleterre sera ajouté celui de France^ et d'Irlande, et la Convention, étant persuadée que le prince achèvera de sauver le royaume d'Angleterre, ainsi qu'il a si heureusement commencé, consent et désire que Leurs Altesses soient sans délai élevées sur le trône.
Cet acte étant conclu, les deux chambres députèrent au prince pour lui annoncer son exaltation et celle de la princesse sa femme. Alors il ne se souvint plus de