Une grande partie des pièces diplomatiques relatives a
s MÉMOIRES DE SAINT-IIILAIRE. [1680-1681
l'el(P l'ureiil employés pour traiter cette affaire et firent deux Noyages près de ce prince, étant travestis, et con- \ini'ei)t de tout avec lui; mais, malgré ces précautions, les Espagnols, qui avoient eu vent de ce qui se tramoit, tirent arrêter M. d'Asfeld, qui passoit, à son retour, sur les terres du Milanois, et le firent conduire à Milan, d'où M. de Louvois le tira peu après avec beaucoup de peine ^. M. de Catinat, qui avoit pris une autre route, échappa à la vigilance des Espagnols ^ Pendant cette négociation, le duc de Mantoue balança beaucoup à se déterminer : il craignoit que les Espagnols et l'Empereur ne se vengeassent dans l'occasion, et que les autres princes de l'Italie ne lui reprochassent d'y avoir attiré les François. Enfin l'envie d'obliger le Roi et de toucher une grosse somme d'argent qui lui fut promise, le détermina, avec les assurances qui lui furent données que Sa Majesté le prenoit, et ses États, en sa protection, et l'assisteroit envers et contre tous^.
Sur le point de la conclusion, le Roi fit passer dix à
cette négociation ont été publiées par M. le comte Horric de Beaucaire dans le Recueil des instructions pour la Savoie, la Sardaignc et Mantoue, p. 247-290.
1. Alexis Bidal, baron d'Asfeld, alors brigadier de dragons, était le frère cadet du futur maréchal; nous le verrons mourir en 1689.
2. M. d'Asfeld, caché sous le nom de Bellefontaine, fut arrêté en mars 1679, au village de la Canomca, par suite de la trahison du comte Mattioli, et ne fut relâché que plusieurs mois après [Histoire de Louvois, t. III, p. 101-112).
3. Catinat ne courut pas le risque d'être arrêté; car il était resté à Pignerol pour y achever les préparatifs militaires de l'entreprise.
4. Le traité fut signé le 8 juillet 1681; le texte en est donné dans le Recueil des instructions, t. il, p. 274-276, note.
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douze mille hommes en Dauphiné; le marquis de Boufflers, maréchal de camp, en eut le commandement*. D'un autre côté, M. de Catinat étoit entré incognito dans la citadelle de Pignerol, où il se tenoit enfermé comme un prisonnier d'État 2, n'étant connu que de M. de Saint-Mars^ qui y commandoit. De là il entretenoit commerce, par son moyen, avec les correspondants qu'il avoit en Italie, touchant ce qui s'y pourroit passer. On fit cadrer le jour de la prise de possession de Casai avec celui auquel les troupes françoises dévoient entrer dans Strasbourg, afin que deux coups si importants, frappés le même jour, fussent de plus grand éclat et inspirassent plus de terreur.
Prise de possession de Strasbourg. — Pour cet effet, on avoit fait de longue main, en Alsace, les préparatifs
1. Saint-Hilaire fut, à cette occasion, envoyé d'abord à Lyon, puis à Pignerol. Louvois lui écrivait le 19 août 1681 : ,, Je vous fais ce mot pour vous dire de ne pas manquer de vous rendre le 20'^ du mois de septembre prochain à Pignerol, sous prétexte de visiter les munitions de guerre des magasins de ladite place, et, en efTet, d'y travailler. Il faudra que, en partant de Lyon, vous meniez avec vous un bon charpentier, deux bons charrons et deux bons forgerons, et, au surplus, que, lorsque vous serez audit Pignerol, vous exécutiez tous les ordres qui pourront vous être donnés dans la suite par M. le marquis de Boufflers. Louvois. » (Vol. Guerre 657, n° 416; voyez aussi vol. 658, n" 291.)
2. Sous le nom de Guibert et comme étant un ingénieur enfermé dans le donjon pour avoir voulu livrer aux étrangers des plans de forteresses françaises (vol. Guerre 664, 6 septembre
3. Bénigne d'Auvergne de Saint-Mars avait le commandement de Pignerol depuis 1665 ; il obtint le gouvernement des îles Sainte-Marguerite en 1687 et celui de la Bastille en 1698. C'est le geôlier de Foucquet, de Lauzun, du Masque de fer.
nécessaires à une grande expédition, et on y fit filer quantité de troupes. M. de Louvois s'y rendit en personne, et se présenta devant Strasbourg à la tête d'une bonne armée, [et en état de n'en point avoir le démenti]. Il fît d'abord sommer la ville, et les principaux habitants, dont il s'étoit assuré de longue main, profitèrent si habilement de l'épouvante de leurs concitoyens, qu'ils les déterminèrent à se rendre sans coup férir. Ainsi les troupes du Roi entrèrent dans la ville ^ et le gouvernement en fut donné à M. de Chamilly, qui avoit défendu Gravée
Prise de possession de Casai. — Il en arriva autant de Casai le même jour. Le marquis de Boufflers, qui s'y étoit acheminé avec les troupes de Dauphiné, donna au gouverneur de M. de Mantoue les douze cent mille livres dont on étoit convenu pour l'achat de cette place. Puis, [ayant vu que rien ne branloit du côté du Milanois et des princes d'Italie,] il ramena ses troupes en France, après avoir laissé une bonne garnison dans Casai 3 sous M. de Catinat, qui en fut gouverneur avec le brevet de maréchal de camp. Le Roi fît aussi M. de Boufflers lieutenant général de ses armées.
Toute l'Europe fut fort attentive à ces deux grands événements; mais pas un des intéressés n' étoit en
1. Toute cette affaire a été racontée en dernier lieu par A. Legrelle, Louis XIV et Strasbourg, p. 169 et suiv. C'est le 30 septembre que les Français entrèrent à Strasbourg pour exécuter l'arrêt de réunion rendu par le conseil souverain siégeant à Brisach.