Vers du premier acte d'Ati/s, opéra de Quinault
3. M. de Luxembourg remonta au nord vers Boignée, puis sur Ligny, et atteignit la ferme ou château de Ghassard, en arrière de Saint-Amand.
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pouvoit en être secouru. S'il l'eût battu, comme il y a bien de l'apparence, il enferraoit l'armée de France dans le pays ennemi, prenoit ses ponts sur la Sambre et tous ses bagages, et lui ôtoit absolument les moyens de se retirer; mais le bonheur voulut que ce général ne s'en avisa pas, et que, au lieu de cela, il dégarnit beaucoup ses ailes droites pour en former une nouvelle ligne, qu'il envoya pour couvrir en retour ses derrières et s'opposer aux ailes droites de l'armée de France. Il ûl faire aussi un petit mouvement en arrière à sa gauche, afin qu'elle se joignît à cette ligne et que son flanc fût couvert. Cependant, le canon faisoit grand feu de part et d'autre, mais celui des François avec plus de succès, parce qu'il étoit posté de manière qu'il prenoit presque toutes les lignes des ennemis par le
11 étoit environ une heure après midi quand la gauche, ainsi que l'avoit ordonné M. de Luxembourg, commença le combat. Alors il s'avança à l'ennemi avec ses deux ailes droites, et le renversa absolument a la première charge. L'infanterie de la droite entra dans la plaine au-dessus du ruisseau de Saint-Amand, et celle de la gauche chercha à le passer devant elle, et combattit quelque temps l'ennemi, qui vouloit s y opposer. Notre aile gauche eut un peu de désavantage, et M. de Gournay y fut tué; mais, s'étant remise, elle fut chargée une seconde fois par les ordres de M. de Waldeck, cjui connut alors de quelle consé-
1 II y a dans le volume 952 du Dépôt de la guerre des Réflexions de M. de Guiscard sur la lactique des ennemis a Fleurus; voyez aussi ce que dit Feuquière dans ses Mémoires, t. m, p. 262-267.
quence il étoit de faire les derniers efforts pour la rompre. Mais il n'étoit plus temps; car toute sa gauche et son centre étoient dans un grand désordre. M. de Luxembourg, après avoir battu et dissipé toute la gauche de la cavalerie des ennemis, qui ne put se rallier du reste de la journée, arrivoit, par les derrières, sur celle de la droite, qui prit aussitôt la fuite, à la réserve de quelques escadrons qui se rallièrent. L'infanterie se trouva abandonnée dans la plaine par toute la cavalerie. Au lieu d'en perdre courage, elle ne songea plus qu'à bien combattre, pour en gagner l'autre extrémité et tâcher de faire retraite; mais elle eut bien à souffrir, cai' elle avoit en tête toute l'infanterie françoise, qui étoit entrée dans la plaine, et un grand corps de cavalerie qui la serroit de près. Cependant elle montroit un courage invincible ; et, comme les mouvements ne se faisoient plus avec justesse, et que les bataillons des deux partis étoient dispersés dans la plaine, il se faisoit des combats particuliers, que les Hollandois soutenoient avec toute la valeur imaginable. Trois ou quatre de leurs bataillons se trouvèrent dans la plaine, séparés des autres et hors d'état de les pouvoir joindre : ils se firent une espèce de retranchement avec des chevaux de frise portatifs dont leurs soldats étoient munis ; ils y enfermèrent deux petites pièces de canon et résolurent d'y tenir ferme et de ne recevoir aucun quartier. Ils furent bientôt enveloppés de plusieurs bataillons et escadrons, contre lesquels ils se défendirent jusqu'à la dernière extrémité. Ils furent forcés à la fin, et presque tous tués sans perdre leurs rangs. On sauva la vie à plusieurs officiers, qu'on fit prisonniers de guerre. Cinq ou six autres de ces batail-
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Ions, en voulant se retirer, gagnèrent la chapelle Saint-Fiacre S le jardin et un petit taillis qui la joint. Là ils tinrent ferme devant un gros corps d'infanterie et de cavalerie, et essuyèrent assez longtemps le feu de (luatre pièces de canon, qui tiroient, pour ainsi dire, à bout portant, et emportoient des rangs entiers. M. de Luxembourg, qui se rencontra en cet endroit, voulant sauver les restes de ces braves gens, leur fit crier de mettre les armes bas, et qu'ils auroient bon quartier; mais ils n'en voulurent rien faire, et aimèrent mieux se faire tailler en pièces.
Il restoit une ligne des ennemis de douze à quinze bataillons et de quelques escadrons, laquelle tenoit toujours ferme, et, en se retirant, faisoit des décharges par rang sur la ligne des François qui lui étoit opposée, et qui la pressoit fort; faisant ensuite demi-tour à droite, elle marchoit une centaine de pas en arrière, puis elle faisoit demi-tour à gauche, et recommençoit les mêmes décharges. La cavalerie, prenant le temps que celle de France en étoit ébranlée, la chargeoit et la mettoit hors d'état d'aider à rompre cette infanterie, qui continuoit sa retraite, se retournant à mesure qu'elle se sentoit pressée, et se resserrant avec une intrépidité merveilleuse lorsque des coups de canon la rompoient et emportoient des rangs entiers. A la fin, ils attrapèrent l'extrémité de la plaine; le reste de leur cavalerie se jeta à bride abattue dans les bois, et cette valeureuse infanterie se mit en colonne et prit le même chemin, en coulant le long des haies du village
1. Cette chapelle était à quelques centaines de mètres au nord d'Heppignies.
d'Heppignies. Elle souffrit encore beaucoup du canon des François, qui ouvroit entièrement les bataillons de leur arrière-garde et les mettoit en fuite : de manière que je crois que, si, dans ce temps-là, un corps de cavalerie se fût trouvé à portée et l'eût chargée, elle eût été défaite malgré tout le bon ordre que M. de Waldeck lui-même et quelques-uns de ses officiers généraux apportoient en cette retraite, qui n'a presque point eu sa pareille dans un aussi grand désordre. C'est une louange due à M. de Waldeck et à la fermeté de cette brave infanterie, qu'on laissa aller sans l'inquiéter davantage, car toute l'armée étoit fort fatiguée et de la longueur et de l'àpreté du combat, qui dura jusques à sept heures du soir. La cavalerie françoise se trouvoit considérablement diminuée par ceux qui avoient été tués ou blessés par le grand feu de l'infanterie ennemie, [joint à cela que plusieurs s'étoient débandés pour le pillage, et que ceux qui s'étoient mis en devoir de secourir et d'emmener les blessés n'étoient pas revenus au combat, ainsi qu'il arrive toujours en pareilles occasions, où la charité a la moindre part].
M. de Luxembourg fut averti que M. de Vaudémont arrivoit des environs de Gand avec quatre mille chevaux, à dessein de joindre l'armée hollandoise. Ainsi il craignit qu'on ne le rencontrât, si on la poussoit plus longtemps, et qu'il n'altérât sa victoire, qui devint encore plus complète ; car, après la fin du combat, on trouva dans les haies de Saint-Amand quatre ou cinq mille hommes d'infanterie des ennemis, qui, s'étant trouvés coupés dès le commencement du combat, n'avoient pu rejoindre le gros de leur armée. On leur
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fit mettre les armes bas, et on les prit à discrétion. On en usa de même à l'égard de mille hommes qui étoient dans le château de Saint-Amand, [et qui voulurent se faire battre le reste de la soirée par le canon, espérant s'échapper pendant la nuit; mais on leur ferma si bien les passages, qu'ils ne purent en venir à bout et furent forcés de se rendre à discrétion le matin suivant] . L'armée campa la nuit sur le champ de bataille, et en partit après la réduction du château de Saint-Amand, pour retourner dans son camp de Velaine. Elle emmena avec elle quarante-huit pièces de canon prises sur l'ennemi, cent cinquante chariots à porter des munitions, plusieurs pontons', beaucoup d'armes, cent cinquante drapeaux ou étendards, et neuf mille prisonniers, parmi lesquels il y avoit quatre cents officiers de tous grades, excepté qu'il ne s'en trouva point de généraux.
Il demeura environ sept mille morts sur le champ de bataille, dont il y eut à peu près deux mille François. Le nombre des blessés fut grand de part et d'autre 2; plusieurs des HoUandois périrent dans les chemins en se retirant : tellement que cette armée, qui étoit de trente-cinq à trente-six mille hommes avant la bataille, et d'égale force à celle de France, se trouva réduite à la moitié lorsqu'elle se rassembla derrière Bruxelles, où elle alla camper.
1 Saint-Hilaire envoya au ministre un état des quaranteneuf pièces de canon prises avec cinq pontons de fer-blanc (vol. Guerre 954, n» 20). . , ,
2. Il y a des listes très détaillées des blessés français dans le
volume Guerre 958.
Les principaux officiers hollandois qui furent tués étoient un prince de Saxe-Mersbourg * , un comte de Styrum-, un comte de Nassau^, le baron de Heide*, et d'autres que je ne me rappelle pas. Du côté des François : M. de Gournay, lieutenant général, dont j'ai déjà parlé, et qui étoit un excellent officier et un grand homme de bien; M. du Metz^, autre lieutenant général, qui commandoit l'artillerie de l'armée de M. de Luxembourg. Il fut tué dans un bataillon des ennemis, qu'il prit pour un bataillon françois, et où il alla demander du monde pour aider à servir le canon qui en manquoit. La conformité des habillements et la manière dont on étoit mêlé fut cause de cette méprise; et, pour qu'elle n'eût plus lieu désormais, on a mis des banderoles de taffetas blanc aux hampes des drapeaux et aux lances des étendards, pour qu'on se reconnût mieux. Pour en revenir à M. du Metz, c'étoit un très brave homme et un bon serviteur du Roi : à la vérité, il étoit un peu trop chaud dans l'action; mais il avoit mille bonnes qualités qui réparoient ce défaut avantageusement®.
1. Philippe, prince de Saxe-Mersbourg, né en 1657, était mestre de camp dans les troupes de Liinebourg.